Lettre du Cermam

Analyses

Après l'Irak, quel avenir pour l'ONU?

Deux mois après Le début de la guerre en Irak, la communauté internationale ne cesse de comptabiliser les victimes collatérales de cette crise. L'ONU figure en tête de liste. Le système multilatéral et le règlement pacifique des crises ne font plus recette. La référence au droit international et à la légalité dans les relations internationales est désormais discutable. La France et l'Union européenne ont misé sur les organisations internationales, le droit humanitaire international et le rôle de pacification que joue les Nations Unies et les organisations qui gravitent autour d'elles pour devenir le paramètre universel d'un monde meilleur.

Aujourd'hui, côté américain, la diplomatie et la négociation sont synonymes d'une théorisation de la faiblesse. La chute éclair du régime irakien et la victoire écrasante de Georges Bush ont confirmé la volonté américaine de priver l'ONU de son cahier de charge : la paix et la sécurité dans le monde. Force est de constater que Washington a osé demander le départ de Saddam Hussein du pouvoir, alors que d'autres pays étaient sur le point de normaliser leurs relations avec le régime de Bagdad. Contre la volonté ONUsienne et le camp hostile à la guerre, les forces américano-britanniques ont libéré le peuple irakien d'une des plus grandes dictatures de ce siècle. Quand à l'ONU, sa politique en Irak s'est résumée tantôt à le condamner tantôt à redistribuer sa rente pétrolière. Le régime des sanctions, le programme Pétrole contre nourriture géré par ses soins a profité au régime de Bagdad, au Koweït et à certains employés de l'ONU, plus que aux civils irakiens. Pire, les conséquences économiques de l'embargo ont empêché l'émergence d'un embryon de classe moyenne irakienne en mesure de revendiquer un rôle politique ou préparée à prendre le relais après le départ de Saddam.

L'ONU a brillé par son absence dans les grandes crises qui ont secoué les Balkans, l'Afghanistan et l'Afrique, elle peine aujourd'hui dans les crises dites de basse intensité, la crise chypriote et le conflit du Sahara Occidental ont témoignent. Une issue pacifique du conflit soudanais qui oppose le pouvoir militaire islamiste à l'Armée du Sud se dessine sous les auspices de Washington et non pas de Kofi Annan. Enfin, quel crédit donner à la conscience morale du monde, la Commission des droits de l'homme de Genève, quand la Libye, un pays où les droits les plus élementaires de la personne humaine sont bafoués, accède à sa présidence sans qu'aucun pays européen ne s'émeuve ?

Au delà de ses calculs politiques et de ses intérêts économiques, l'Administration américaine se fait l'avocat inconditionnel de la démocratisation au Moyen-Orient ! Contrairement aux Européens, perdus entre les bonnes intentions de processus euro méditerranéen de Barcelone et l'élargissement vers l'Est, Washington, vient de proposer une zone de libre échange dans la région d'ici 2013 ! Elle veut s'attaquer à la question des armes interdites que certains pays arabes affectionnent au détriment du développement interne. Que dire de ces centaines de réunions organisées à Genève, à vienne et à New York, par les Nations Unies, dans le cadre de sa commission de désarmement, et qui n'ont jamais abouti à des résultats tangibles. Pire, l'Irak de Saddam, n'était-il pas sur le point de diriger cette commission en mars 2003 ? Il n'en demeure pas moins que l'ONU et un nombre important d'ONG militent en faveur des causes hautement humanitaires, comme la famine dans le monde, la protection des réfugiés et la lutte conte les mines antipersonnel. Mais là encore, Comment faire confiance à des organisations ou à des mouvements à la limite de la légalité et en quête de reconnaissance, pour parapher des beaux préambules sans des mécanisme fiables de contrôle. N'est ce pas une naïveté politique que demander à M, Aïdid, Caïd de Mogadishu, un engagement solennel, alors que sa milice armée fait régner la terreur en Somalie ?

L'affaiblissement de l'ONU souhaité par les faucons de Washington, est plus qu'un échec de l'approche multilatérale des relations internationales. C'est un grand défi pour l'avenir des Nations Unies. Quelle mission pourra t-elle remplir avec des moyens démentis par l'actualité ? Que reste t-il de se force de persuasion face à l'efficacité militaire et les limites de la diplomatie moue? Il est temps d'engager une réflexion audacieuse sur des nouvelles pistes d'intervention pour sauvegarder les acquis d'une si belle instance. La famine, les réfugies, la construction de la paix sont des causes nobles qui méritent toute l'attention. Mais, tenter de les résoudre ne doit pas nous détourner de l'origine du mal : la dictature et l'autoritarisme. Le respect des droits de l'homme et la défense de l'Etat de droit sont des valeurs non négociables. Elles sont l'essence de la nouvelle feuille de route des Nations Unies ou celle des prochaines Nations Unies.

-- Hasni Abidi. Politologue.
Directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, CERMAM, Genève

Lien permanent vers cet article (permalink)

  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/analysis/apres_lirak_quel_avenir_pour_l/
  • Publié le 9 septembre 2005