Lettre du Cermam

Analyses

La position de l'Algérie envers le conflit lybien vu par des experts

Lors du conflit libyen, l’Algérie s’est entêtée à soutenir le «guide» de la révolution libyenne Mouammar El Gueddafi, une position qui signe l’échec de la diplomatie algérienne. Tiraillée à l’ouest par sa frontière avec le Maroc et maintenant à l’est avec la Libye, l’Algérie risque de connaître des troubles, selon les exper

Hasni Abidi. . Directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) : ... et a manqué d’anticipation et de vision

Pour le politologue Hasni Abidi, la diplomatie algérienne a fait montre sur le cas libyen d’un amateurisme inquiétant. « La diplomatie n’a jamais été dictée par des principes moraux ou politiques et encore moins éthiques, mais elle s’appuie sur la préservation des intérêts de chaque Etat et dans le cas libyen, l’Algérie a été à contre-courant de ses intérêts.» Ce manque de discernement a fait perdre à l’Algérie la possibilité de jouer un rôle comparable à celui tenu par l’Arabie Saoudite lors des événements de Bahreïn. «L’Algérie avait la possibilité de devenir la locomotive du Maghreb et de jouer un rôle prépondérant et de devenir l’interlocuteur privilégié grâce à ses relations privilégiées avec le colonel El Gueddafi et les rebelles du CNT, qui ont, pour la grande majorité d’entre eux, servis l’ancien régime et qui connaissent bien l’Algérie. », analyse le directeur du Cermam.


Manque de vision et d’anticipation de la part de l’Algérie


L’Algérie n’a plus la capacité d’agir, elle va plutôt subir les conséquences de ses positions lors du conflit Libyen. Pour le politologue Hasni Abidi, l’Algérie va y laisser des plumes et va se retrouver rapidement en concurrence directe avec le nouveau régime libyen dans la région. «Le changement de régime en Libye ne peut que favoriser les intérêts de tous les autres pays, au détriment de ceux de l’Algérie. Il ne faut pas perdre de vue que la Libye a les mêmes atouts qu’utilisent l’Algérie depuis de nombreuses années, pour s’imposer en tant qu’interlocuteur privilégie de l’Europe et des Etats-Unis. A moyen terme, la Libye va ravir cette position stratégique à l’Algérie. .»


L’Algérie a l’arrêt


L’Algérie, qui était le pays le plus avant-gardiste dans la région en termes de transition démocratique, va devenir le pays le plus en retrait. Vingt ans plus tard, l’Algérie est le dernier de la classe. «Cette régression est déjà visible avec les événements du printemps arabe», confirme Hasni Abidi.


Et maintenant…


La grande maladresse de la diplomatie algérienne durant la crise libyenne a été l’entêtement du régime à refuser d’entreprendre des négociations avec le CNT sous prétexte qu’il n’était qu’un mouvement de rebellion «Je comprends la position algérienne mais en même temps rien n’empêchait le pouvoir algérien d’ouvrir une fenêtre de négociation avec les rebelles. Il suffit de voir comment la diplomatie marocaine a réagi avec l’arrivée au pouvoir de la CNT, elle a immédiatement envoyé une délégation à Benghazi.»


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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/analysis/la_position_de_lalgerie_envers/
  • Publié le 26 août 2011