Analyses
Le Cristal Rouge, emblème de la discorde
Une conférence diplomatique rassemblant les 192 Etats signataires des Conventions de Genève s'est clôturée sous l'égide de la Suisse, après avoir adopté un emblème supplémentaire pour le mouvement de la Croix-Rouge. On satisfait ainsi aux demandes des Etats qui ne se reconnaissent ni dans le croissant rouge, ni dans la croix rouge. Malgré les réticences de la Syrie, ce nouvel emblème, le cristal rouge, carré rouge sur fond blanc reposant sur l'une de ses pointes, a été choisi parce qu'il ne possède pas de connotation religieuse, culturelle ou politique. En outre, il n'empêchera en aucun cas l'usage des emblèmes précédents : il n'est qu'un signe de plus, venant s'ajouter à la croix et au croissant rouges.
Utilisés depuis le XIXe siècle, la croix rouge et le croissant rouge sont les symboles universels du secours aux victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles, de même que des signes visibles de la neutralité absolue et de l'universalité de la mission humanitaire. L'emblème de la croix rouge sur fond blanc a été officiellement adopté en 1864, un an après la création du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour rendre hommage à l'engagement de la Suisse en faveur de cette organisation. Mais à l'époque, personne ne se doutait que le choix d'une croix rouge pourrait donner lieu à des contestations lorsque l'œuvre, à caractère exclusivement humanitaire, franchirait les limites du « vieux continent ». En 1929, c'est au tour des pays musulmans de faire reconnaître leur emblème, le croissant rouge.
Un pas important vers l'adoption du nouvel emblème de la Croix-Rouge a été franchi, fin novembre, avec la signature d'un accord de reconnaissance mutuelle et de coopération entre les sociétés de secours israélienne et palestinienne. Le « cristal rouge » devra permettre au mouvement israélien, le Magen David Adom (MDA), de rejoindre, enfin, le CICR. En effet, le MDA n'en avait jamais fait partie car son signe distinctif, l'étoile de David, n'était pas reconnu. Par cet acte, le Magen David Adom reconnaît la souveraineté du croissant rouge palestinien dans les territoires occupés ; en même temps, le MDA peut intervenir là où la société de secours palestinienne n'a pas accès – principalement dans les colonies.
Au-delà de la création d'un nouvel emblème, c'est la reconnaissance mutuelle des organisations de secours nationales qui ouvre désormais la voie à une normalisation technique et logistique au sein du CICR. Mais la paix passera-elle nécessairement par l'adoption d'un énième emblème ?
Le cristal rouge risque d'ouvrir la voie à une polémique qui banalisera non seulement l'emblème historique du CICR, mais aussi l'action même d'une organisation à la croisée des chemins et dont la feuille de route est plus que jamais critiquée.
-- Yasmine Chikhi
Assistante de recherche stagiaire au Cermam
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/analysis/le_cristal_rouge_embleme_de_la/
- Publié le 1 janvier 2006
