Lettre du Cermam

Livre

Ramon Llull, mystique de la conciliation

Raymond Lulle

Cerf | Collection Sagesses chrétiennes, 1993 | Amazon (fr)

Book cover: Ramon Llull, mystique de la conciliation par Raymond Lulle

Comme son contemporain Dante, il a fondé une langue moderne avec sa plume. De plus, il a été un écrivain prolifique en deux langues anciennes, sacrées et savantes, qu'on ne trouve pas souvent dans l'œuvre d'un même auteur. Ramon Llull, ou Raymond Lulle, est cet oiseau rare qui s'est exprimé aussi bien en catalan, en latin et en arabe. Naturellement, il lisait aussi l'hébreu : ses écrits nous le montrent familier du Talmud et de la Kabbale. Llull aimait faire l'original. Né en 1233, il a vécu jusqu'en 1316, à une époque où les octogénaires ne couraient pas les rues. La première partie de son existence a été celle d'un courtisan au service des rois d'Aragon. Vers la trentaine, il renonce à sa position sociale, jette ses richesses aux orties, rejoint le tiers-ordre franciscain : bref, il devient mystique. Mystique et hyperactif (ce qui n'est pas incompatible). Désormais, il va sillonner la Méditerranée pour gagner princes et pontifes à sa cause, fonder une école de langues, écrire des centaines d'ouvrages, touchant à tous les domaines : poésie, philosophie, théologie, politique…

Sa cause ? C'est ce qu'on a appelle aujourd'hui le « dialogue des cultures ». Sans relâche, il organise des rencontres entre savants juifs, chrétiens et musulmans. Il veut que l'action des intellectuels permette aux trois religions du Livre de dépasser leurs oppositions par ce qui (ou Celui qui) les rassemble. Peu à peu, ce souhait de conciliation devient chez lui un rêve d'unification, et c'est là que le personnage peut cesser de plaire. Il reste qu'en un temps où l'on ne prônait partout que conversions forcées et croisades, la figure de Ramon Llull apparaît comme exceptionnelle, et pour longtemps. Son désir de paix a mobilisé tout son être, et pour le suivre il n'a pas hésité à subir le mépris : le choc mystique qui a déterminé son destin pendant un demi-siècle n'a pu relever de la simple autosuggestion.

On peut lire aujourd'hui avec profit son premier ouvrage, Le Livre du gentil et des trois sages (1270), antérieur à sa période "unificatrice" : il y dépeint un Gentil, c'est-à-dire un non-croyant, au caractère très moderne, qui souffre à l'idée de disparaître après sa mort, et qui est réconforté par trois Sages représentant chacun l'une des religions monothéistes et s'associant pour lui montrer le bien-fondé de leur foi en la résurrection.

Raymond Lulle, Le Livre du gentil et des trois sages, Traduction du catalan, introduction et note par Armand Llinarès, Paris, Editions du Cerf, 1993.

-- Philippe Jacques

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/book/ramon_llull_mystique_de_la_con/
  • Publié le 5 septembre 2005