Lettre du Cermam

Le Dossier

Condoleezza Rice au Maghreb : les dessous d’une tournée

Dans un entretien accordé à « El Khabar », Hasni Abidi, directeur du Centre d’Etudes et de Recherche sur le Monde Arabe et Méditerranéen à Genève, n’écarte pas la possibilité que la Secrétaire d’Etat des Etats-Unis demande aux chefs d’Etat du Maghreb la réouverture de leurs ambassades en Irak, comme elle l’a déjà fait avec leurs homologues au Proche-Orient et au Golfe. Propos recueillis par Jalal Bou Ati.

Quelles sont les significations de la tournée de Condoleezza Rice au Maghreb ?
La visite de la Secrétaire d’Etat américaine a une signification importante. Il ne faut pas oublier que la politique étrangère américaine ne change pas avec le changement d’administration : même si le parti républicain demeure à la Maison Blanche ou la quitte au profit du parti démocrate, cela ne changera rien. Autrement dit, ce sont les deux faces d’une même pièce… L’administration américaine veut profiter des grandes réussites qu’elle a accomplies dans le monde arabe et plus précisément en Libye, pour ainsi dire le seul dossier où Washington réussit, comparé aux échecs enregistrés en Irak, en Afghanistan, en Iran, en Corée du Nord et même en Afrique. La Libye de Mouammar Al-Kadhafi a accepté toutes les conditions américaines et est même allée plus loin en donnant des informations sur son programme d’armement, ce dont Washington n’osait rêver.


Pour l’Algérie, que signifie cette visite à ce moment précis ?
Washington a maintenu une sorte de stabilité dans ses relations avec l’Algérie. Je pourrais même dire de bonnes et régulières relations, surtout durant le mandat du président Abdelaziz Bouteflika, au cours duquel ont eu lieu de multiples visites entre les responsables des deux pays. Dans le domaine de la sécurité, la coopération a été revigorée d’une manière remarquable et s’est traduite par l’ouverture d’une branche du Bureau Fédéral d’Investigation « FBI » en Algérie. Il est utile de signaler que la visite de Condoleezza Rice en Algérie dans le cadre de sa tournée maghrébine est aussi un symbole de remerciement à l’égard des dirigeants algériens et de volonté de maintenir de bonnes relations… Ceci s’applique également à la Tunisie et au Maroc.


rice 2.jpg


Cependant, Washington a échoué dans d’autres affaires et il n’y a pas que des succès…
C’est vrai… Washington n’a pas réussi à convaincre l’Algérie d’abriter ou d’accueillir le siège principal du commandement militaire unifié en Afrique « AFRICOM », ni de préserver ou créer une coopération entre les Etats du Maghreb arabe (Mauritanie, Maroc, Tunisie, Libye et Algérie) et les Etats de l’OTAN dans une sorte de partenariat entre les deux parties.


N’y a-t-il pas d’autres dossiers secrets que Condoleezza Rice essayerait d’exploiter au profit des Républicains pour les élections de novembre prochain ?
Je pense que Condoleezza Rice essayera de convaincre les dirigeants des Etats du Maghreb de rouvrir leurs ambassades en Irak et d’y envoyer des ambassadeurs et, sans aucun doute, ceci sera compté au profit de l’administration Bush et des Républicains dans les élections présidentielles attendues dans deux mois.


Où se situe le problème du Sahara occidental dans cette tournée, sachant que la position de Washington ne plaît pas à l’Algérie ?

Malgré le fait que les Etats-Unis aient accepté la proposition marocaine sur le principe de l’autodétermination pour traiter le conflit avec le Polisario, Washington ne veut pas abattre toutes ses cartes avec l’Algérie et essayera donc d’éviter l’embarras. Elle essayera aussi d’utiliser tout son pouvoir afin de trouver une solution satisfaisante à toutes les parties.


La visite a un aspect économique : en tant qu’observateur, comment le percevez-vous ?

L’économie et les affaires sont sans doute fortement présentes dans les négociations entre Condoleezza Rice et les dirigeants et responsables des pays du Maghreb arabe, comme c’était le cas pour la région du Proche-Orient et du Golfe […]. Nous devons nous rappeler que lorsque Condoleezza Rice quittera le Département d’Etat, elle retournera à sa vie normale en tant que citoyenne américaine… c’est-à-dire en tant que professeur à l’université et en tant que membre dans le conseil de direction de la compagnie pétrolière que la famille Bush possède au Texas. Garder de bonnes relations avec les dirigeants de la région est nécessaire, voire indispensable… d’où l’importance économique de cette visite.

Lien permanent vers cet article (permalink)

  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/dossier/condoleezza_rice_au_maghreb_le_1/
  • Publié le 18 septembre 2008