Lettre du Cermam

Le Dossier

Elections iraniennes

De la destitution du chah d'Iran en 1978 et l'arrivée de l'ayatollah Khomeyni instaurant une République islamique en 1979, en passant par Rafsandjani et de Khatami, jusqu'à la présidence d'Ahmadinejad, les Iraniens auront voté une trentaine de fois . Cette année, les électeurs auront un choix à faire entre des factions aux options sensiblement diverses, et ils pourraient surprendre leurs élites politiques, comme ce fut le cas lorsqu’ils désignèrent l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à l'élection présidentielle de 2005. Cette dernière victoire marque le retour de la rigueur religieuse et la fin du processus de libéralisation du régime des mollahs entamé sous la présidence du réformateur Mohammad Khatami depuis 1997 .

Mohammad Khatami est l’antithèse politique de Ahmadinejad. Le premier appartient aux courants les plus ouverts aux réformes, prônant la liberté d’expression et la tolérance. De plus, il a construit des relations diplomatiques avec de nombreux Etats, comme l’Union européenne et l’Asie. Cet ancien chef de l’Etat, qui a dirigé le pays de 1997 à 2005, s’était lancé dans la course à la présidentielle 2009. Cependant, il a déjà annoncé le retrait de sa candidature, en apportant ainsi son soutien au camp des réformateurs dans l’optique de faire barrage au président actuel en s’unissant derrière un seul candidat . En effet, dans sa situation, il n’avait pas d’autre choix, les deux autres réformateurs ayant refusé de se retirer en sa faveur. Ainsi, Khatami a cherché à éviter que ne se répète le scénario de 2005, où aucun candidat modéré n’avait été capable de rassembler son camp. “ C’est maintenant une tâche bien difficile qui attend Karoubi et Moussavi.” . Ce dernier, premier ministre de 1981 à 1989, bénéficie d’une image positive pour avoir su gérer le pays au plus fort de la guerre contre l’Irak. Toutefois, “Moussavi part avec un handicap, car sa démarche a totalement manqué de moralité”, note le quotidien Hammihan. “Après s’être comporté de la sorte vis-à-vis de Khatami, il n’est pas certain que Mir Hossein Moussavi réussisse à mobiliser toutes les voix du camp réformateur.” Beaucoup de partisans des réformateurs pourraient choisir de voter pour l’ancien président du Parlement Mehdi Karoubi, un autre candidat modéré .


iran1.jpg

Néanmoins, l’homme fort du pays s’appelle Ali Khamenei, c’est lui qui représente la plus haute autorité politique et religieuse d’Iran. Le guide est un gardien des valeurs de la révolution islamique de 1979, qui il contrôle directement les relations extérieures, la défense, les services de sécurité, la justice et les medias. En d’autres mots, il est comparable au président de la république dans un régime présidentiel fort. Ainsi, il ressort clairement que ce n’est pas le président qui décide mais le guide suprême. D’ailleurs, durant la présence du réformateur Khatami, Khamenei est réputé comme hostile à sa doctrine. C’est pourquoi, il a souvent freiné sa politique d’ouverture de la société et des institutions voulues par le président. Même avec Ahmadinejad, il n’hésite pas à utiliser son veto contre les décrets qui lui déplaisent.

Lors du message de félicitations des responsables américains au peuple iranien à l'occasion de Nowrouz, le nouvel an iranien, le guide Suprême fait allusion à la question de la négociation proposée par les Américains et au slogan du nouveau président américain qui prétend les changements en soulignant que juste une petite partie de leur littérature a été changée à l'encontre de l'Iran, sans que ceux-ci oublient leur hostilité envers la nation iranienne, qu'ils remboursent les biens des Iraniens, qu'ils arrêtent les sanctions, qu'ils cessent de faire des publicités pourries contre nous et sans enfin finir d'apporter leur soutien au régime sioniste. En faisant allusion au fait que les Américains sont alors obligés de changer ce pays et ses politiques, L'honorable Ayatollah Khamenei a souligné : « Si vous ne changez pas, soyez sûrs que les traditions divines et internationales ne changeront pas envers vous » .

Donc, le changement de président lors des prochaines élections ne sera pas un réel synonyme de changement. Tout d’abord, car ce n’est pas le président qui décide mais le guide. Ensuite, il ressort que rien ne semble être sur le point de changer.


Veronica Pinto
Assistante de recherche

Lien permanent vers cet article (permalink)

  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/dossier/elections_iraniennes_1/
  • Publié le 8 avril 2009