Le Dossier
La Suisse face au monde arabe
Les facteurs de confrontation entre l'Orient et l'Occident sont traditionnellement nombreux. Ils puisent leurs racines loin dans l'histoire. Aujourd'hui, ils s'alimentent de forts ressentiments, liés en particulier aux événements d'Irak et du Proche-Orient. S'y ajoutent le fossé économique qui ne cesse de se creuser entre la plupart des pays du sud et de l'est de la Méditerranée et ceux du nord, ou encore la modernité qui est ressentie comme une forme d'agression de type néocolonialiste. Tout cela entretient un climat de rancœurs explosif, qui nourrit la fibre du "terrorisme".
Face à cette situation, la nécessité d'instaurer un dialogue équitable et sérieux entre les deux rives, occidentale et méridionale, de la Méditerranée est devenue urgente. Il s'agit notamment de soutenir, partout où ils se manifestent, les courants favorables à la promotion de la démocratie et du pluralisme politique. Il s'agit également de mieux intégrer les musulmans dans les pays occidentaux, sans toutefois transiger sur les principes fondamentaux de nos sociétés. Telles sont les quelques tâches auxquelles notre pays doit s'atteler, car celles-ci servent nos intérêts, non seulement dans le sens de la construction d'un monde plus stable, mais aussi pour mieux relever sur notre propre sol le défi de l'intégration des communautés immigrées.
La nécessité d'instaurer un dialogue équitable et sérieux entre les deux rives, occidentale et méridionale, de la Méditerranée est devenue urgente
La Suisse n'est pas partie au "processus de Barcelone" et sera donc absente des festivités qui marqueront ses dix ans d'existence en novembre prochain. En effet, ce partenariat n'est réservé qu'au pays membres de l'Union Européenne ainsi qu'à leurs douze partenaires méditerranéens. Nous nous trouvons toutefois dans une relation d'interdépendance étroite avec les pays du Maghreb et du Proche-Orient pour des motifs de proximité géographique, mais aussi en raison de facteurs économiques, politiques ou encore humains. En marge de l'Union Européenne, nous devons donc développer avec cette partie du monde une stratégie qui soit distincte et non moins active.
Notre engagement dans le monde arabe est important. Bien que focalisée sur les questions d'actualité au Proche-Orient et en Irak, notre approche se veut globale, prenant en compte l'ensemble de l'espace Maghreb / Machrek, que nous considérons d'ailleurs comme l'un des axes prioritaires de notre politique étrangère.
Nous considérons le Maghreb et Machrek comme des axes prioritaires de notre politique étrangère
Sur le plan multilatéral, nous sommes actifs au sein de nombreuses organisations internationales travaillant à la promotion de la paix ainsi que du droit international, en premier lieu aux Nations Unies. A l'OSCE, dans le cadre des réunions à Vienne du "groupe de contact", nous entretenons également un dialogue avec les six partenaires méditerranéens que sont l'Algérie, l'Egypte, Israël, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie. Sur le plan bilatéral, nous bénéficions de rapports ouverts avec la plupart des acteurs de l'espace méditerranéen. Ceux-ci nous donnent l'occasion d'affirmer notre présence, en particulier dans les domaines où nos compétences sont reconnues (aide au développement, maintien de la paix et respect des droits de l'homme).
Nous disposons d'une image positive dans des domaines aussi divers que l'éducation, la science, le dialogue interculturel ou encore l'aide humanitaire.
Sur le plan économique, notre poids n'est pas moins important, puisque nos relations commerciales avec le bassin méditerranéen sont analogues – toutes proportions gardées – à celles de l'UE : le montant de nos exportations s'est ainsi chiffré pour l'année 2004 à 4,1 milliards de francs suisses, contre 2,2 milliards pour nos importations. Nous avons par ailleurs conclu des accords de libre-échange avec un nombre important des pays de la région. Nous disposons enfin d'une image positive dans des domaines aussi divers que l'éducation, la science, le dialogue interculturel ou encore l'aide humanitaire.
Notre diplomatie s'applique à intensifier les contacts et les échanges à l'étranger, en particulier avec les pays méditerranéens du sud et de l'est. Pour aider à réduire le fossé existant entre l'Orient et l'Occident, la Suisse peut et doit fournir sa part d'effort. Cela va clairement dans le sens de ses intérêts, mais aussi dans celui de ses responsabilités internationales.

-- Micheline Calmy-Rey
Conseillère fédérale, chargée du Département fédéreal des Affaires étrangères
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/dossier/la_suisse_face_au_monde_arabe/
- Publié le 15 septembre 2005
