Le Dossier
Le Détroit d’Ormuz, un passage sous haute surveillance
Si le Golfe Persique est le cœur énergétique du monde, le détroit d’Ormuz en est l’artère principale. Les pays du Golfe possèdent 61,1% des réserves pétrolières exploitables et 40% des réserves de gaz. Aujourd’hui ils produisent 30% du pétrole mondiale et 12% du gaz mondial. Le plus grand champ pétrolier du monde est celui de Ghawar en Arabie Saoudite, et le champ de Gaz South Pars/Asalouyeh partagé entre l’Iran et le Qatar est la plus grande découverte gazifière. En matière énergétique, le Golfe Persique tient une place prépondérante.
En matière énergétique, le Golfe Persique tient une place prépondérante. Place qu’il entend exploiter d’avantage par des projets d’exploitation de gisement et de construction d’oléoducs et gazoducs. Entre 2005 et 2006 la construction de ces derniers a doublé passant de 3'742 à 6'645 milles ! Or tout ce pétrole et ce gaz s’exportent principalement par voie maritime. Pour cela des énormes pétroliers et méthaniers appelés VLCC (very large crude carrier) et ULCC (ultra large crude carrier) sont employés. Tous les jours des centaines de ces navires énormes entrent dans le Golfe Persique par le détroit d’Ormuz, et contribuent à congestionner d’avantage ce Golfe.
La particularité d’Ormuz réside dans son extrême vulnérabilité. A son point le plus étroit le détroit fait 34 milles, mais les eaux territoriales iraniennes sont peu profondes et inaptes à la navigation, les navires sont donc obligés de transiter entre les îles Quoin et Ras Dobbah en Oman. A cet endroit, les passages maritimes font 1 mille de large en chaque direction. Mais ce n’est pas le seul passage étroit pour accéder au Golfe Persique, les navires doivent encore transiter entre les îles de Jazireh-ye Tonb-kuchek, de Jazireh-ye Tond e-Bozorg et Abu Musa. Or ces trois îles ont été prisent de force en 1971 par les Iraniens.
17,4 Millions de barils de pétrole passent tous les jours par le détroit d’Ormuz, soit 33,1% du commerce de pétrole mondial. Ce point de passage peu connu est un des points les plus névralgiques du monde, mais aussi un des plus vulnérables puisqu’il suffit de couler quelques navires pour le fermer.
Ce passage sensible demeure bien évidemment sous haute surveillance. Ce sont les britanniques qui l’ont contrôlé jusqu'à l’année 1971, date à laquelle ils se sont retirés du Golfe Persique. Les Etats-Unis ont repris leur place de gardiens et comptait sur le Shah d’Iran pour préserver la sécurité régionale. La Révolution Iranienne a changé les données. Aujourd’hui les Américains ont une base navale au Bahreïn où siège la 5e flotte, ils ont installé une base militaire au Qatar, deux porte-avions nucléaires patrouillent les eaux du Golfe, et un troisième demeure à disposition dans la Mer Arabe. A cela s’ajoute les manœuvres militaires dans le Golfe entre les Marines des Etats-Unis et celles d’autres pays comme les Puissances Européennes, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan et la Chine.
Pourtant, les Iraniens menacent de fermer le Détroit d’Ormuz si leur programme nucléaire est attaqué. L’Ayatollah Ali Khamenei a averti les Américains, lors d’un discours prononcé le 4 Juin 2004, “Si les Américains commettraient un faux pas à l'égard de l'Iran, la cargaison d'énergie serait définitivement mise en danger, et les Américains ne pourraient plus protéger les réserves énergétiques dans la région”. Les Iraniens peuvent mettre en œuvre cette menace. Le port militaire de Bander Abbas se trouve juste à l’entrée du détroit, des bases militaires protègent les deux îles Tond et Abu Mussa. Les Iraniens ont acheté aux Chinois des missiles surface à surface qui peuvent couler des pétroliers. L’Iran a acheté à la Corée du Nord de petits sous- marins. Avec son industrie d’armement, l’Iran possède un arsenal militaire très complet. La fermeture du détroit par les Iraniens semble donc poser peu de difficultés.

La fermeture du détroit d’Ormuz, ne serait-ce que pour une période de deux semaines, entraînerait des conséquences catastrophiques sur l’économie mondiale. Les premiers à souffrir seraient les pays du Golfe Persique, car ils ne pourraient plus exporter leurs ressources énergétiques. Pour l’Arabie Saoudite cela représente 70% à 80% des revenus de l’Etat en pertes, pour le Qatar 60% des recettes gouvernementales, pour l’Oman 40% de son PIB, pour l’Irak les pertes équivaudrait à 95% des rentes du gouvernement, etc. Les plus touchés seraient les Iraniens eux-mêmes puisqu’ils ne pourraient plus importer le pétrole raffiné dont ils ont besoin. Les Etats-Unis, l’Europe mais surtout l’Asie se verraient confrontés à une pénurie énergétique sans précèdent. Le prix du baril, déjà élevé aujourd’hui, atteindrait des nivaux dérisoires. Sans pétrole, la mondialisation telle que nous la connaissons aujourd’hui risque de se retrouver paralysée. Nous ferions face à une crise économique sans précédents.
Des mesures sont envisagées pour empêcher cette situation. Il existe des voies alternes pour sortir le pétrole du Golfe Persique. Le plus important est l’oléoduc traversant d’est en ouest l’Arabie Saoudite débouchant sur le port de Yanbu’al Bahr en Mer Rouge, doté d’une capacité de 5,5mb/j et qui se trouve sous-utilisé. L’oléoduc « transarabian pipeline » relie l’Iraq avec la Méditerranée mais se trouve fermé à cause de la situation instable en Irak. C’est le cas de plusieurs autres oléoducs en Irak. Hélas tout ceci ne pourra pas compenser la perte de 17,4 mb/j qui sortent par le détroit. Aucun pays au monde n’a la capacité aujourd’hui d’accroître sa production de pétrole pour compenser la pénurie de pétrole qui se produirait en cas de fermeture d’Ormuz.
Il est plus réaliste d’avoir recours aux Réserves Stratégiques de Pétrole. Tout les pays membres de l’AIE sont obligés d’avoir des réserves stratégiques de pétrole pouvant approvisionner leur pays en cas de perturbation soudaine dans l’offre de pétrole mondiale. Ces réserves sont estimées à 90 jours. A l’heure actuelle, il n’existe toujours pas de position commune sur le déploiement collectif de ces réserves. Les pays Asiatiques comme la Chine et l’Iran aujourd’hui se constituent aussi des réserves stratégiques. En fin de compte, les réserves stratégiques sont une bonne solution à court terme, pour les pays qui les possèdent.
La meilleure solution demeure l’option militaire : empêcher par les armes la fermeture éventuelle du détroit. Telle semble être l’intention des Etats-Unis qui serait entrain de préparer une « shock and awe » attaque pour empêcher les Iraniens d’agir militairement. Ils seraient prêts à employer des moyens militaires accablants, ne se contentant pas d’éliminer les plans nucléaires iraniens, mais également leur capacité de réponse en détruisant les forces militaires et l’infrastructure de l’Iran. Des plans seraient aussi envisagés pour s’approprier de la région du Khurzestan, où se trouvent la plupart des réserves pétrolières de l’Iran. Les Français partagent la même optique, ils ont conclu un accord avec les Emirats Arabes Unis afin de construire une base navale située à l’entrée du détroit d’Ormuz.
Fermer le détroit d’Ormuz serait suicidaire pour les Iraniens. Non seulement cela plongerait l’économie mondiale dans une crise sans précédents, mais l’avenir du régime des Mollah lui-même serait compromis. D’ici là, l’Iran se contente d’exprimer des menaces qui font grimper le prix du pétrole et qui inquiètent la Communauté Internationale. Les Américains eux demeurent toujours sur le qui-vive, comme l’atteste récemment la soi disante confrontation navale qui eut lieu entre les deux flottes au détroit d’Ormuz en Janvier 2008.
Ines Ward
Assistante de recherche stagiaire au CERMAM
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/dossier/le_detroit_dormuz_un_passage_s_2/
- Publié le 5 mars 2008
