Le Dossier
Liban: une paix fragile
Le Liban fait face aujourd'hui à un conflit civil larvé dans lequel des puissances régionales tentent d’imposer leur influence ; dans lequel les libanais se déchirent entre eux ; et où la religion joue un enjeu majeur. Y a-t-il eu des changements depuis 1990 ? Le Liban est-il incapable de se gérer seul ? En est-il empêché par des voisins trop inquiets de leurs propres intérêts ?
le 7 mai 2008, de violentes confrontations éclatent a Beyrouth entre les partisans du Hezbollah et ceux de Saad Hariri (Moustaqbal). Deux jours plus tard, le Hezbollah contrôle Beyrouth ouest. Les combats se dirigent alors vers d’autres régions, tel tripoli dans le nord du pays et les montagnes du Shouff, point stratégique car surplombant Beyrouth et ses alentours. Le Shouff, ou les heurts entres les membres de l’opposition et les miliciens druzes de Walid Jumblatt se sont multipliés au début de la semaine, détient aussi pour le Hezbollah un intérêt stratégique particulier : la route qui mène a la frontière syrienne y passe. Contrôler cette route revient à sécuriser l’approvisionnement d’armes et munitions pour le Hezbollah.
En plus des violents combats qui secouent le pays, les routes majeures ont été bloquées ainsi que le port et l’aéroport de Beyrouth.

Le Hezbollah, groupe Shiite soutenu par l’Iran et la Syrie, émerge au Liban dans les années 80, en parti en réaction aux récurrentes attaques israéliennes. Depuis lors, le groupe a pris de l’importance jusqu'à compter une relativement forte popularité au sein du pays, et plusieurs sièges au sein du Parlement. Les tensions entre le parti de la majorité de Saad Hariri, et le Hezbollah ne cessent de s’intensifier. Par ailleurs, l’instabilité règne au Liban depuis maintenant plusieurs années. Des tensions aussi bien internes, qu’externes affaiblissent le pays. Pays multi-confessionnel, le Liban ne s’est jamais véritablement remis de la guerre civile de 1975- 1990, et les tensions d’alors entre chrétiens et musulmans, Shiites et Sunnites, continuent de diviser le pays. Le rôle de la Syrie dans les affaires libanaises continue de l’affaiblir. Depuis son retrait en 2005, les assassinats politiques se succèdent, éliminant petit a petit chaque opposant au régime syrien. Depuis septembre 2007, les élections présidentielles ont déjà été repoussées 19 fois. Israël aussi continue de jouer un rôle perturbateur au Liban, comme l’a démontré la guerre de juillet 2006, qui, en détruisant les majeures infrastructures du pays, a replongé le Liban dix ans en arrière. C’est aujourd’hui au tour du spectre de la guerre civile de resurgir violemment.
Les affrontements à Beyrouth, puis dans le reste du pays, ont été déclenchés après que le gouvernement ait déclaré le renvoi du chef de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth, proche du Hezbollah, ainsi que la mise hors la loi du réseau de télécommunication du groupe. Une semaine après, le gouvernement libanais a cependant décidé d’abroger les deux mesures controversées afin de restaurer la paix civile, accordant ainsi un certain degré de victoire au Hezbollah. Suite à ces mesures, les affrontements ont cessé, et les routes, ainsi que le port et l’aéroport de Beyrouth ont de nouveau ouverts.
La communauté internationale a condamné, à l’unanimité, la réaction violente du Hezbollah. Les pays arabes, ont de même reprouvé la réponse du Hezbollah aux mesures prises par le gouvernement. Le 14 mai, une délégation dirigée par le premier ministre du Qatar s’est rendu à Beyrouth afin d'essayer de trouver une solution raisonnable à la crise qui satisferait tous les partis concernés. Sheikh Hamad bin Jassim bin Jabor Al-Thani, représentant de la ligue Arabe et Premier Ministre du Qatar, accompagné du Secrétaire de la Ligue Arabe, le Général Amr Moussa se sont entretenus successivement avec Fouad Siniora, Premier Ministre libanais, Nabih Berri, Chef du Parlement, ainsi que Naim Qassem, Secrétaire Général du Hezbollah.
Les leaders des différents partis libanais se sont ensuite rendus a Doha pour discuter de trois issues clefs: le désarmement du Hezbollah, les élections présidentielles libanaises, et la création d’un gouvernement d’unité nationale.
Les négociations se sont cependant bloquées dès samedi sur le sujet du désarmement du Hezbollah. Depuis les accords de Taef en 1989, toutes les milices libanaises sont désarmées sauf le Hezbollah qui base son refus sur la nécessité de garder ses armes pour protéger le Liban des agressions des forces israéliennes, présentes au sud du pays jusqu’en 2000.
Selon la majorité gouvernementale, la stabilité du Liban repose, entre autre, sur le désarmement total de tout groupe ne faisant pas parti de l’armée. Le représentant du Hezbollah à Doha maintient cependant que le désarmement du groupe n’est pas négociable.
Le Liban semble sombrer dans un état d’instabilité similaire a celui des années de guerre civile, amplifié cette fois par 18 ans de tensions sous sous-jacentes. L’accord de Doha sera-t-il en mesure d’instaurer la paix politique et sociale tant attendue par les libanais ?
Dalia Bahous
Assistante de Recherche
Lien permanent vers cet article (permalink)
- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/dossier/liban_une_paix_fragile/
- Publié le 22 mai 2008
