Le Dossier
Processus de Barcelone : quel bilan ?
Du 27 au 29 novembre 2005, le dixième anniversaire du Partenariat euro-méditerranéen sera célébré à Barcelone. Quelle est votre lecture personnelle de ce processus ?
Roberto Aliboni: Les dix années passées depuis le lancement du processus de Barcelone n'ont pas permis aux partenaires méditerranéens d'identifier un véritable terrain d'entente. Le point d'achoppement fondamental reste la nature autoritaire des régimes en place dans les pays arabes et leur réticence face aux exhortations de l'Europe aux réformes. Avec sa politique de proximité et ses plans d'action, l'Union européenne (UE) est en train d'élaborer une nouvelle stratégie à l'égard du Sud. On attend d'en voir les résultats pour l'apprécier. Cela dit, le Partenariat n'est pas assimilable à une communauté, même s'il en est très proche sur le plan des relations intergouvernementales. Des liens très étroits ont été établis et, sur ce point, le Partenariat constitue un cas unique au niveau international. Pour qu'il y ait communauté, il faut que le Partenariat aille au-delà des excellentes relations intergouvernementales qu'il a permis d'établir. Il faut que de grands progrès soient accomplis sur le plan des relations entre les sociétés civiles, les cultures, les hommes. C'est là que réside le véritable défi, plutôt que dans une improbable démocratisation à court terme.
Fifi Benaboud: Barcelone n'a pas répondu aux énormes attentes qu'elle a suscitées en novembre 1995. Dès le début, d'ailleurs, les priorités des Quinze et celles des Douze n'étaient pas les mêmes : les questions sécuritaires et migratoires d'un côté, celles du développement et de la mise à niveau, de l'autre. La mise en œuvre des trois volets d'action ne s'est pas faite au même rythme. Et force est de constater que le troisième volet, dit « humain », a été le plus difficile à mettre en œuvre, du fait de la complexité de ses composantes : démocratie, droits de l'homme, libertés individuelles, etc. La Déclaration de Barcelone constitue un très bon cadre pour le partenariat Euromed. Et s'il fallait le réinventer, on ne ferait pas plus complet. Les lacunes sont liées au manque de volonté politique, des deux côtés de la Méditerranée, et à la mise en œuvre des mécanismes. Espérons que les célébrations de novembre 2005 ouvriront un chemin constructif pour ce partenariat absolument crucial pour la région, du fait de la proximité structurelle, géographique, historique, culturelle entre l'Europe et ses voisins du Maghreb et du Machreck … mais aussi à cause des potentialités conflictuelles de leurs relations.
Ghazi Hidouci: Le bilan n'est pas flatteur pour l'Europe. Sur le plan économique, le cadre et les modalités des accords d'association sont apparus plus contraignants encore que les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). De plus, l'élargissement de l'UE fait perdre de l'importance à ces accords. Sur le plan politique, l'Europe a manifesté avec éclat, plus que jamais, son inexistence dans la région. Sur le plan des droits de l'homme, tout en essayant, ici et là, d'apporter une aide, les institutions et les structures sont en général restées marquées par l'exclusivisme culturel et l'idéologie. Dans leurs interventions, elles sont restées éloignées des préoccupations réelles des sociétés. Elles ont manqué le coche et c'est bien dommage. L'avenir immédiat ne montre aucune éclaircie. Les pays membres du Partenariat vont être bien déçus fin novembre.

Roberto Aliboni
Vice-président de l'Institut des relations internationales (IAI) à Rome et directeur du programme sur la Méditerranée et le Moyen-Orient. Fondateur et membre de la Commission d'étude sur la Méditerranée (MeSCo).

Fifi Benaboud
Coordinatrice du Programme Transmed au Centre Nord-Sud du Conseil de l'Europe.

Ghazi Hidouci
Economiste et ministre algérien de l'Economie et des Finances de 1989 à 1991, exilé en France depuis l'arrêt du processus électoral en janvier 1992. Professeur à l'Université d'Artois et président de l'AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs en économie). Consultant pour l'ONU et la Banque Mondiale, et pour diverses ONG.
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/dossier/processus_de_barcelone_quel_bi/
- Publié le 1 novembre 2005
