Lettre du Cermam

Le Dossier

Union méditerranéenne : mythe ou réalité

Djamila Youcef-Khodja, Doctorante à Paris VIII. Titulaire d'un DEA sur les relations euro-méditerranéennes
Hasni ABIDI, Directeur du CERMAM-Genève

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Dans un discours prononcé à Toulon le 17 février 2007, le candidat Nicolas Sarkozy évoquait pour la première fois un projet d'Union méditerranéenne (UM). On a eu l'impression d'une campagne parallèle, d'une offensive de charme destinée non plus aux électeurs français mais aux gouvernants du bassin méditerranéen. Alors que moult tables rondes et assemblées avaient été organisées en vue d'une refonte du Partenariat Euromed (appelé aussi Processus de Barcelone), cette initiative vient prendre de court toutes les réflexions qui avaient déjà été entamées. De quoi s'agit-il donc et qu'est-ce qui est en jeu ?

Après le discours de Toulon, M. Sarkozy est passé à la vitesse supérieure. Multipliant les visites auprès de ses homologues, le nouveau président français tente de convaincre de la pertinence d'instaurer « une Union méditerranéenne pour les pays du sud de la Méditerranée comme on a construit l'Union européenne il y a soixante ans ». L'Espagne et l'Italie ayant réagi avec tiédeur, l'Algérie est le point de départ d'une tournée de l'hôte de l'Élysée au Maghreb. Une tournée pourtant déjà marquée par la défection du Maroc, ce qui témoigne de l'hésitation du Sud. Bien que les avis divergent quant à la faisabilité de l'Union méditerranéenne, celle-ci présente le double attrait de ressusciter le vieux rêve d'une Méditerranée enfin unifiée, ayant dépassé ses clivages, et de relancer la dynamique voulue par le Processus de Barcelone, lequel ne cessait de s'enliser depuis sa création en 1995.

Le projet UM veut séduire par les innovations qu'il comporte : création d'un Conseil de la Méditerranée et d'une Banque méditerranéenne d'investissement, tenue de sommets périodiques des chefs d'Etat et de gouvernement, etc. On doterait ainsi les Pays tiers méditerranéens (PTM) d'outils institutionnels propres, du même type que ceux de l'Union européenne. Par ailleurs, l'ordre du jour reste relativement proche de celui du Partenariat, mais sa formulation a été mise à la mode : codéveloppement, protection de l'environnement, développement économique et commercial, promotion de l'État de droit dans la région, politique commune d'immigration concertée. Pour faire avancer le projet, on table sur la convergence autour de thèmes consensuels, comme l'environnement, tout en prenant soin d'éviter ou d'aplanir les sujets qui fâchent, comme la question israélo-arabe. Certains outils un peu émoussés semblent faire place à d'autres plus tranchants. A la tactique du déverrouillage des régimes politiques par la libéralisation des économies se substitue une stratégie de l'ouverture par le haut, à savoir le pouvoir exécutif. Ces deux approches ne s'excluent pas l'une l'autre mais, désormais, c'est le politique qui aura l'initiative et qui sera censé faciliter l'évolution économique. Par exemple, l'établissement d'une zone de libre-échange d'ici 2012 n'est pas abandonné mais il est à présent considéré comme un volet concomitant de la régulation des flux migratoires.

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Si l'UM est parfois présentée comme une chance d'apporter un nouveau souffle au Partenariat, elle ne vient aucunement se greffer à ce dernier. C'est même l'inverse qui, manifestement, est envisagé. Lors de sa rencontre avec M. Zapatero à Madrid fin mai, Nicolas Sarkozy a en effet déclaré : « Notre idée est d'intégrer le Processus de Barcelone à l'Union méditerranéenne ». Ce qui est loin de plaire à l'Espagne, dont le gouvernement souhaite que l'UM se fasse dans le cadre du Processus et non au détriment de ce dernier. Si l'inscription de ce projet politique dans l'agenda semestriel européen suit son cours sans trop d'embûches, ses modalités de mise en œuvre ne font donc pas l'unanimité.

Mais les Européens restent d'accord sur le fond. Les ambitions de l'Union européenne en Méditerranée prennent de l'ampleur avec ce projet. Une course à l'hégémonie semble se profiler avec le grand frère américain, qui a déjà bien investi les lieux. La signature récente d'un accord entre les États-Unis et l'Algérie sur le nucléaire civil a peut-être incité le président français à incorporer ce domaine dans les propositions relatives à l'UM. Face au dessein du « Grand Moyen-Orient » cher à Washington, l'Union méditerranéenne constituerait ainsi, en quelque sorte, une « feuille de route » au service des intérêts européens.

Enfin, concernant l'évolution future du projet, deux inconnues méritent d'être mentionnées. Premièrement, sachant que l'ALENA a permis aux États-Unis de se constituer un marché intéressant dans leur voisinage, et compte tenu du fonctionnement de « l'Europe de Bruxelles » et du poids des milieux d'affaires, l'UM ne risque-t-elle pas de s'acheminer malgré tout vers ce modèle qui fait primer l'économique sur le politique ? Deuxièmement, la question turque est primordiale. Beaucoup en effet voient dans ce projet une solution de rechange au refus français de voir la Turquie adhérer à l'Union européenne. Au Sud, certains redoutent même que l'UM ne permette à Ankara de jouer un rôle prépondérant dans les relations euro-méditerranéennes. Est-ce le retour de l'Empire ottoman ?

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/dossier/union_mediterraneenne_mythe_ou_2/
  • Publié le 11 juillet 2007