Lettre du Cermam

Edito

Ça bloque...

Le premier forum du Dialogue euro-arabe s’est déroulé à Paris du 26 au 28 avril 2006 sur le thème « Perspectives et contenu d’un partenariat stratégique euro-arabe ». Les enjeux sont considérables : comment articuler des relations « stratégiques » entre l’Union européenne et le monde arabe ? D’un côté, l’UE peine à obtenir un mandat de négociations de ses Etats membres, de l’autre le monde arabe n’est pas suffisamment structuré pour présenter un mandat de négociations cohérent à travers une représentation légitime. Résultat : de belles paroles sans effets et le renvoi aux relations bilatérales. Entre-temps, le processus de Barcelone, qui représente un effort de structurer les relations de l’UE avec la rive sud de la Méditerranée souffre de la même maladie. Devant l’incapacité des dirigeants actuels de faire avancer les relations euro-arabes, nous n’avons d’autre choix que de nous en remettre à la société civile, aux entrepreneurs et aux associations. Au moins celles-ci, en poursuivant des buts plus modestes, évitent les écueils politiques d’aujourd’hui.

Le commerce marche déjà assez bien ; on pourrait sans doute faire mieux du côté des investissements directs, mais ici le cadre juridique joue un rôle important, et il n’est pas entièrement indépendant des décisions de nos dirigeants. C’est un domaine d’action possible pour les négociations à venir. Mais il me semble qu’il est un domaine peu connu et qui pourrait faire avancer à terme la cause du dialogue euro-arabe, sans passer par le politique : les universités européennes sont en train de se transformer, par le système de Bologne, pour rendre leurs programmes transparents et comparables, et pour faciliter la mobilité des étudiants. Elles en ont profité pour moderniser leurs filières de formation, car elles savent que « Bologne » les met en concurrence les unes avec les autres, ce qui est évidemment une excellente chose pour tout le monde.

Et les universités arabes ? Que font-elles ? Sont-elles également en train de passer au système des crédits ? Leurs crédits seront-ils comparables avec ceux du système européen ? Leurs filières de formations seront-elles modulables ? Il me semble que rien n’est plus opportun que d’explorer cette piste si l’on veut favoriser le dialogue euro-arabe, car elle ne demande pas d’action particulière de la part de nos gouvernements, et elle concerne la partie de la population la plus importante pour l’avenir : nos futurs dirigeants !

-- Victoria Curzon Price
Présidente du CERMAM
Professeur d'économie politique

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/editorial/ca_bloque/
  • Publié le 18 juin 2006