Lettre du Cermam

Edito

La Turquie et l’Europe : Ô rage! Ô désespoir!

Les amis de la Turquie sont parfois désespérés ! Il leur semble évident qu’elle a sa place dans l’Union européenne. Elle a participé à l’histoire européenne depuis l’Antiquité. Depuis le Congrès de Vienne, la Turquie fait partie du concert des nations. Plus récemment, elle a joué un rôle particulièrement important dans la défense de l’Occident pendant la Guerre froide, de par son appartenance à l’OTAN, en faisant office de bouclier face à la menace soviétique. Une partie de son territoire est géographiquement sur le continent européen. Plus important encore : depuis 1923, la Turquie se tourne résolument vers l’Europe lorsqu’il s’agit de trouver de l’inspiration pour ses institutions. Elle a adopté l’alphabet latin ; elle est républicaine et laïque ; elle est démocratique – peut-être pas parfaitement.

Si tous ces arguments positifs n’étaient pas suffisants, il existe un argument négatif de taille : est-il dans l’intérêt de l’Europe de maintenir à l’écart un voisin aussi important, si unique du point de vue culturel ? La Turquie représente une chance inespérée de montrer à qui veut l’entendre que l’Europe ne se limite pas aux seuls héritiers d’un christianisme deux fois millénaire, qu’elle a réussi à dépasser les clivages religieux pour que ses divers peuples puissent vivre en harmonie dans la paix et la prospérité. Si la Turquie reste à l’écart, la « paix européenne » risque de n’être que de courte durée, une simple trêve entre deux guerres. Qui d’ailleurs a peut-être été rompue le 11 septembre 2001. En un mot, le fait religieux risque de devenir source de conflit s’il devient un principe organisateur de l’Union européenne.

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Mais il se trouve que le gouvernement turc fait preuve actuellement d’un manque de savoir-faire diplomatique. En Plus du problème chypriote et la question délicate du génocide arménien, ce sont des intellectuels et des journalistes qui font régulièrement l’objet de procès pour avoir critiqué le kémalisme, doctrine officielle de la république turque. Pour un observateur occidental, ces procès sont une aberration, un déni de la liberté d’expression.

La question est la suivante : quelle est la force dominante : la tradition kémaliste, ou l’attrait de l’Europe ? Pour tous les amis de la Turquie, il devient urgent de proposer des voies d’évolution pour la pensée kémaliste, afin de la rendre compatible avec les notions de la démocratie moderne.

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  • Origine CERMAM
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  • Publié le 13 février 2007