Lettre du Cermam

Edito

La Turquie sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne

Le 4 octobre 2005 est une date importante dans l'histoire des relations intra-méditerranéennes. Après plusieurs jours de négociations frénétiques de dernière minute, de compromis latéraux extraordinaires dont on ne connaîtra vraisemblablement qu'une petite partie, et des prises de position intempestives, l'Union européenne (UE) a décidé de lancer les négociations pour l'adhésion de la Turquie. Il s'agit d'une adhésion pleine : on ne parle plus de « partenariat privilégié », position défendue par l'Autriche jusqu'à une heure avancée de la nuit du 3 octobre.

On s'en doute, le problème de fond demeure : selon un sondage cité par The Economist, seuls 35% des citoyens de l'Union sont favorables à cet élargissement. De même, du côté turc, il n'est pas certain que l'acquis communautaire passe comme une lettre à la poste. Les négociations risquent d'être longues et ardues.

Quel est le vrai problème ? S'agit-il d'un problème essentiellement économique ? Ou d'un problème plus profond, culturel ? Sans doute les deux problématiques coexistent, ce qui explique pourquoi l'adhésion de la Turquie est si controversée.

Pourtant je suis prête à parier que, le temps venu, la réalité de l'interaction humaine normale dominera, à savoir, le désir d'échanger sur la base de l'avantage réciproque. Prenons comme exemple les nouveaux membres de l'UE. Au moment de l'effondrement de l'Union soviétique, en 1991, de savantes études économiques leur prédisaient une longue période de rattrapage, de 20 à 40 ans au minimum, avant qu'ils ne sortent de la misère communiste et puissent accéder à la prospérité du libre marché, définie comme 75% du niveau du revenu des Portugais. Or, le marché a anticipé l'adhésion dès l'ouverture des négociations en 1998. Le niveau des échanges, les investissements et les taux de croissance ont connu un développement fulgurant. Sept ans plus tard, le spectre du plombier polonais ne fait plus peur, sauf peut-être en France. Ce n'est pas que les niveaux de vie aient convergé – pour cela il faudra effectivement encore du temps – mais les taux de croissance réels (4% et plus) attestent de l'existence de nombreuses possibilités d'échanger et d'investir, en tout cas beaucoup plus que la croissance zéro affichée par la « vieille Europe ».

La même dynamique va s'emparer, vraisemblablement, de la Turquie. Non seulement le marché anticipera l'adhésion, quelle que soit sa date effective, mais tous les petits pas que la Turquie va entreprendre, d'ici là, pour intégrer l'acquis communautaire, renforceront les institutions si chères au marché que sont le droit de propriété, l'État de droit et la liberté d'entreprendre. Non seulement la Turquie attirera les investisseurs, mais elle offrira de nombreuses places de travail pour ses citoyens, qui ne demandent qu'à améliorer leurs conditions de vie. Qui alors s'opposerait à l'adhésion d'une Turquie prospère et dynamique ? En tout cas pas une majorité d'Européens.

-- Victoria Curzon Price
Présidente du CERMAM
Professeur d'économie politique à l'Université de Genève

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  • http://www.cermam.org/fr/logs/editorial/la_turquie_sur_la_voie_de_ladh/
  • Publié le 1 octobre 2005