Lettre du Cermam

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Rencontre au CERMAM avec l'imam Mohamed Bashar Arafat, le 20 octobre 2006

Le CERMAM a reçu l'imam Arafat, établi en Amérique depuis une vingtaine d'années et qui est en Suisse afin de mettre en place un dialogue avec les représentants de l'islam ainsi que ses adeptes, et de faire connaître la situation de cette religion et des musulmans en Amérique. Comme il s'amuse à le dire, les frais de déplacement de l'imam sont assumés par le gouvernement étasunien, mais il est libre de ses propos. A noter qu’une importante délégation de l'ambassade l'accompagnait lors de son exposé au CERMAM...

Le discours est simple: la position des Etats-Unis en cette période de guerre au Moyen-Orient est de démontrer qu'en son sein, les musulmans ne sont pas assimilés à des terroristes et que leur bonne intégration est en cours. Aussi, le message de l'imam Arafat est que l'Amérique est en pleine ouverture, en quête de dialogue, à la recherche de ponts à construire entre les différentes religions.

Il affirme que la radicalisation (qui n'est pas la norme) chez les jeunes américains est due au fait qu'au niveau spirituel, l'Occident ne leur apporte pas ce que leurs parents ont pu connaître dans leur patrie avant d'émigrer. C'est cette inadéquation entre un monde moderne, superficiel, et leur désir d'élévation morale qui est à l'origine notamment de la multiplication des foulards (notamment chez les nouvelles converties, désireuses d'affirmer leur foi), et de la hausse d'intérêt pour les discours et prêches d'imams originaires de pays arabes. Pour autant, il est affirmé que les positions qui sont répandues par les imams est celle d'une tolérance interreligieuse, d'un islam qui serait le reflet des évolutions de la société. En effet, comme l'avance l'imam Arafat, Mahomet n'était-il pas homme de changements, soit à leur origine, soit prompt à s'en accommoder?

Notre invité insiste sur la situation particulière des musulmans en Amérique, affirmant que malgré tout, quiconque paye ses impôts aux U.S.A. se sent américain au même titre qu'un autre, quelle que soit son appartenance religieuse. Pour autant, dans un pays où l'immigration a été synonyme de diversification, l'attachement aux origines est grand, mais n'amenant pas un repli communautaire, du moins chez les musulmans.

Afin que la modération soit la norme, il est primordial que les musulmans aient accès à une littérature qui reflète les visions modérées qui, à l'entendre, sont de mise aux Etats-Unis. La mise en contact des musulmans de tous les continents est capitale, afin que la tolérance et la compréhension soient réalisables.

L'imam Arafat insiste sur le lien unissant religieux et politiques: bien que voulant exister indépendamment les uns des autres, leur association est impérative pour que leurs programmes respectifs soient un succès et résonnent face à la population.

En marge de cela, une évolution intéressante a été constatée; en effet, des Etats-Unis a émergé une nouvelle doctrine musulmane, qui regroupe et mélange les différentes écoles existantes. Pour M. Arafat, une réforme de l'islam est en marche, et lorsqu'elle touchera les pays arabes, l'on pourra tracer son origine à l'Amérique, où les imams sont bien plus libres de s'exprimer. En effet, dans certains pays arabes, une interprétation hétérodoxe des textes peut être non seulement prohibée, mais sévèrement réprimandée. Aux Etats-Unis en revanche, la Constitution protège à la fois le droit à l'expression et la liberté de culte.

Pour conclure, l'imam nous a présenté dans quel contexte s'inscrit son voyage en Suisse et quelle aide il reçoit des Etats-Unis pour ses déplacements et ses colloques. Ainsi, nous apprenons que le gouvernement en place ne dépêche pas seulement des religieux aux quatre coins du globe pour démontrer sa volonté d'ouverture, mais que la présence de M. Bashar s'inscrit dans un programme plus vaste, qui concerne les domaines les plus variés, allant de la musique aux intellectuels et aux chercheurs qui sont mobilisés pour faire entendre la voix américaine. Les U.S.A. sont au cœur de l'actualité, jouissant d'une exposition inégalée. Cependant, celle-ci reste impersonnelle. Mais en profondeur et avec moins de couverture médiatique, l'administration Bush a entamé un travail de fond, dont le but est que le monde, par le biais de ses institutions et de sa société civile, soit mis au courant de la vérité étasunienne, celle de ses minorités religieuses dont on n'entend rien dans les médias.

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-- Marguerite Cornu

Assistante de recherche stagiaire au CERMAM

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/event/rencontre_au_cermam_avec_limam/
  • Publié le 9 novembre 2006