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Les rencontres du CERMAM

L’autre Algérie

Dans le cadre du Salon du livre et de la presse de Genève, qui s’est tenu du 27 avril au 1er mai 2006, la FNAC-Suisse a organisé, en collaboration avec le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM), deux tables rondes sur le thème « Dessine-moi l’Algérie ».


Algérie

Ont participé à la première rencontre, intitulée « Algérie, construire la paix », Souâd Belhaddad, auteur d’Algérie, le prix de l’oubli, Malek Chebel (Anthropologue et psychanalyste, auteur de L’Islam des lumières, Boualem Sansal, auteur de Harraga, Luis Martinez, auteur de La guerre civile en Algérie et directeur de recherches au CERI-Sciences Po (Paris) et Robert Ménard, Secrétaire général de Reporters sans frontières. Au cours des débats, animés par Akram Belkaid, rédacteur en chef adjoint du quotidien La Tribune et auteur d’Un regard calme sur l’Algérie, les intervenants ont relevé que la réussite de la construction de la paix en Algérie leur paraissait improbable. À l’appui de cette conclusion pessimiste, plusieurs explications étaient avancées : flou des conditions dans lesquelles la paix est proposée, absence de consultation et de participation du peuple dans le processus, caractère unilatéral de celui-ci, manque d’espaces d’expression à même de permettre des catharsis. Plusieurs participants ont insisté sur les expériences de réconciliation dans d’autres pays et sur l’aspect singulier de la voie choisie par le pouvoir algérien, qui s’érige en juge alors qu’il devait rendre des comptes à son peuple et lui demander pardon. Or ce qu’il lui demande, par référendum, c’est de pardonner à des criminels non identifiés. L’assistance qui a suivi cette table ronde était nombreuse et a débattu avec les intervenants.

La deuxième table ronde a été consacrée à la bande dessinée, avec pour titre « L’Algérie à travers la BD ». Elle a également rassemblé une kyrielle de spécialistes de l’Algérie : Tahar Houchi, journaliste et directeur artistique du Festival du film oriental de Genève, Véronique Bonnet, maître de conférences en littérature française et francophone à l’Université de Paris XIII, Ali Dilem, dessinateur et journaliste, Luis Martinez, directeur de recherche au CERI. Le débat a été animé par Hasni Abidi, directeur du CERMAM, auteur d’Algérie : comment sortir de la crise ?

Dans son intervention, Tahar Houchi a d’abord relevé le rôle de l’humour, et par là même des caricatures, dans la résistance à la violence, en soulignant surtout leur dimension cathartique. Pendant les années du socialisme, la blague a permis de torpiller la violence étatique. Durant les années du terrorisme, la blague, et aussi le dessin humoristique, ont permis à la population de surmonter la peur d’une mort qui rôdait partout. Ali Dilem, le plus connu des dessinateurs de presse et caricaturistes algériens, a fait part de son expérience et raconté son parcours de caricaturiste. Le public a compris que sa position, et celle de ses confrères, étaient loin d’être faciles. Au contraire, ces journalistes sont soumis à une double pression, celle du gouvernement en place et celle des mouvements politiques qui s’estiment visés par ce qu’ils font. Ali Dilem a tenu à rappeler que la liberté de la presse en Algérie avait beaucoup reculé depuis l’arrivée au pouvoir du président Bouteflika : « Mon confrère et ami Mohamed Benchikou, directeur du quotidien algérien Le Matin, croupit toujours dans les geôles de Bouteflika ! » a-t-il lancé à l’auditoire attentif. Véronique Bonnet a procédé à l’analyse des bandes dessinées de Jacques Ferrandez, chez qui elle a décelé une aspiration irrésistible vers un retour aux sources orientales. L’Orient qu’elle perçoit chez Ferrandez est un Orient riche, diversifié et multiple sur les plans culturel, linguistique et religieux. Véronique Bonnet a tracé un beau parallèle entre le regard porté sur l’Algérie par Albert Camus et celui de Jacques Ferrandez. Luis Martinez, pour sa part, a souligné le rôle du dessin de presse et de la presse en général dans le processus démocratique en Algérie et dans la résistance contre la domination que le pouvoir a toujours cherché à imposer au peuple. Il a souligné notamment l’intérêt scientifique des dessins de presse dans un conflit opaque et difficile à interroger. Les dessins de presse, a-t-il ajouté, ont apporté un éclairage original à la scène algérienne et ont permis aux observateurs de suivre l’évolution du pays grâce à des dessins portant plusieurs lectures, toutes utiles. Enfin, Hasni Abidi a donné la parole au public qui a eu un moment d’échanges, notamment avec Ali Dilem.

-- Hasni Abidi
Directeur du CERMAM
-- Tahar Houchi

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/kiosque/les_rencontres_du_cermam/
  • Publié le 22 mai 2006