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The Enigma of Islamist Violence

Amélie Bloom, Laetitia Bucaille, Luis Martinez, Jan Eric Lane : "The Enigma of Islamist Violence", Hurst & company, London, 2007
Si l'on peut faire remonter au Coran la violence dans l'Islam, les attentats du 11 septembre 2001 ont fait de cette violence une inquiétude contemporaine. Pourquoi les sociétés musulmanes ont-elles produit de la violence terroriste ces trente dernières années ? Le protagoniste de cette violence est-il un stratège pathologique ou sophistiqué ?
Telles sont les questions qu'un groupe d'experts comprenant entre autres Amélie Bloom, Laetitia Bucaille, Luis Martinez et Jan Eric Lane a décidé d'affronter dans cet ouvrage.
Certaines des explications avancées sont déjà connues. Parmi elles nous retrouvons l'argument de la pauvreté des pays musulmans, qui mène à l'instabilité sociale et donc à la violence ; ou celui d'une nation arabe qui se perçoit comme perpétuellement assiégée et qui, ayant subi les invasions successives des Croisés, des Mongols et des Turcs, voit dans l'Occident son nouvel ennemi. Au niveau micro-analytique, ont parle aussi de la pression des proches, qui incite de jeunes musulmans à commettre des attentats terroristes, ou de l'importance des liens et des réseaux sociaux, qui agit dans le même sens.
Mais nos experts s'efforcent d'aller plus loin. Ils nous montrent qu'il est impossible d'étudier la violence islamiste en tant que telle, qu'aucune explication à elle seule n'est valable pour l'ensemble des attentats terroristes survenant dans des pays différents. Chaque type de violence islamiste doit être étudié individuellement. La "violence islamiste" en elle-même est d'ailleurs un cliché, et si les explications mentionnées ci-dessus sont utiles, elles ne suffisent pas pour comprendre le phénomène.
Ainsi nous apprenons, par exemple, à différencier les martyrs palestiniens et les fedayin Pakistanais. L'indifférence de la communauté internationale envers leur mort, les Palestiniens peuvent se sentir eux-mêmes indifférents à la vie. Naguère, le martyr était celui qui mourait sous les balles des soldats israéliens après leur avoir jeté des pierres. Il se sacrifiait pour la cause nationale. Mais les islamistes ont crée un nouveau type de martyr, qui recherche la mort avec fierté. Pour lui, la supériorité morale des Palestiniens est prouvée par la peur de la mort qui est celle des Israéliens. Cette peur est le point faible de l'ennemi, la cible à atteindre. D'où l'intérêt des attaques suicides sur des civils. Le martyr qui était autrefois une victime devient un héros.
Au Cachemire, la situation est différente. L'Etat pakistanais encourage et même finance, sur son territoire, des armées irrégulières de djihadistes. Ceux-ci sont poussés à devenir des martyrs par l'efficacité des forces anti-insurrectionnelles indiennes. Ce n'est pas une simple rhétorique de combat mais une force de motivation, le but étant d'affronter l'armée indienne. Le fedayin se sacrifie pour une cause, mais le suicide, contraire aux enseignements de l'Islam, est perçu comme honteux. La différence, subtile, réside dans la façon d'approcher la mort. Un fedayin ne va pas à une mort certaine, ses chances de survie étant de 70%. Ceux qui ne survivent pas tombent en combattants, devant l'armée indienne. La mort est un moyen, pas un but.
De la même manière, cet ouvrage collectif nous apporte un éclairage nouveau et affiné sur la violence en Tchétchénie, au Kurdistan, en Algérie, au Yémen ... Chaque contribution étudie un cas de façon scientifique et détachée. Il reste que la réalité étudiée est une réalité brutale, et que les résultats de ces études, qui sont intéressants et méritent d'être connus, sont déconcertants et n'incitent pas à l'optimisme.
Ines Ward
Assistante de recherche au CERMAM
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/kiosque/the_enigma_of_islamist_violenc/
- Publié le 4 février 2008
