Lettre du Cermam

Notes de lecture

L'islam, la République et le monde de Alain Gresh

Après les débats passionnes qui ont secoue tant bien l'opinion publique que les responsables politiques français sur la question du voile a l'école et la quasi-unanimité qui s'en est degagee, Alain Gresh se penche, dans son dernier livre, sur le theme de l'islam en France et notamment de sa représentation.

Il explique,

Chapitre 6 : Alarmes Françaises

p. 211 « En arrière-plan se dresse le minaret d'une mosquée. En surimpression, cette profession de foi de Hussein Moussawi, « chef Hezbollah d'Amal islamique » (11 septembre 1986) : « Dans vingt ans, c'est sur, la France sera une république islamique », ponctuee d'un « InchAllah ». Cette affiche non signée a été placardée dans le bouches-du-Rhone a la fin des années 1980. Probablement réalisée par l'extreme-droite, elle exprime avec force un fantasme qui, depuis se répand : La République est menacée de perdre son identité, d'être submergée par la présence musulmane. »

p.87 « la peur est rare, voyez-vous…Et pourtant cette denrée-la est vitale. Dans une société de liberté, c'est la seule chose qui fait tenir les gens ensemble. Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, pourquoi travailler, pourquoi accepter l'ordre des choses ? Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d'une société équilibrée. » Jean-christophe Rufin « Tout est bon pour faire peur »…et vendre. La peur, en effet, permet de contrôler les esprits, de les diriger, en fait de les soumettre, et surtout elle fait vendre.

Dans son livre, Alain Gresh étudie la perception de l'islam en France (ou au problème de la représentation de l'islam en France par les medias, intellectuels et hommes politiques français) et les difficultés pour la population musulmane française de se construire et de s'organiser dans le cadre des lois de la république et de trouver sa place dans une société qui tend à l'exclure.

Il tente de déconstruire le fantasme de cette « menace islamique », cette peur de l'islam, créée volontairement et entretenue dans les esprits de la société française. Il met en cause les medias qui véhiculent une image souvent erronée et subjective de la religion musulmane et son impact sur la société française. Et pourtant, ce discours médiatique est dans la plupart du temps relayé par les intellectuels, et plus grave encore par les autorités publiques. En témoigne ces propos tenus par Ivan Rioufol dans Le Figaro ; Il faut « s'inquiéter de la montée de l'islamisme en France. S'inquiéter de sa régression démocratique, qui privilégie la volonté d'allah sur celle du peuple […] S'inquiéter de ses discours conquérants, qui refusent de s'intégrer a une France laïque et égalitaire. S'inquiéter aujourd'hui, avant qu'il ne soit trop tard. […] Le risque existe de voir, demain, un islam rétrograde s'eanouir en France, en utilisant notamment les voies légales des élections. D'autant que nul ne sait la puissance demograpique que représentera dans vingt ans la communauté musulmane dans le pays. »

Il tente de démontrer la construction dans l'esprit de l'opinion publique de « l'idée que l'islamisme est devenu la menace essentielle pour la République. » p.220 Ils créent une peur de l'islam et l'exploitent a des fins diverses, notamment afin de détourner l'attention de la population française des problèmes de fond, tels que le chômage, les retraites, l'enseignement...

Le rôle des medias dans cette entreprise est central et grave dans la mesure ou ils entretiennent volontairement la confusion (dans la présentation de l'actualité) et manipulent l'opinion publique afin d'inspirer la peur de l'islam, le rejet a l'égard des Français musulmans. « Souvent le même journal télévise met bout a bout des sujets sur ces différents thèmes, passant d'une action d'Al-Qaida a un casse en banlieue et renforçant ainsi les confusions. »
La majorité des medias, qui suivent une position commune, établit des amalgames, des rapprochements entre terrorisme international, islam de France, et banlieues qui n'a pour conséquence que de créer et renforcer la confusion dans l'esprit de l'opinion publique.

Poids/ importance des mots : Il insiste sur l'emploi détourne de certains mots par les medias et responsables politiques afin de servir le discours médiatique dans son entreprise de désinformation de l'opinion publique ou de la surinformation ad nauseam. Il revient sur la définition exacte de certains termes tels que fatwa, communautarisme, islamisme, islamophobie, laicite, sur l'historique de la loi de 1905 souvent utilises a tort.

Chapitre 7 : Du foulard, de l'inégalité des sexes et de la laicite

p.263 « Dans un pays ou le chômage frappe 10% de la population, ou un million d'enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté, ou les nouveaux demandeurs affluent aux Restos du cœur, ou le nombre des surendettés a atteint un niveau record en 2003, ou le travail a temps partiel, les contrats a durée déterminée, l'insécurité sociale s'étendent, ou les discriminations a l'embauche et au logement frappent des millions de Français et d'étrangers, ou les inégalités entre les sexes persistent, quelque centimètres xarres de tissu ont suscite des clivages tels que le pays n'en avait pas connu depuis longtemps. »

Alain Gresh établit son analyse et son argumentation a partir de multiple propos et points de vue de diverses personnes qu'il rapporte de manière méthodique, comme une réponse a ses avis infondés et souvent infidèles a la réalité qu'il démonte ainsi.

Les responsables politiques qui ont contribue ou sont même parfois a l'origine de ce fantasme de la menace islamique sont parvenus a l'imposer sur la société française.

Mais cette vision de l'islam en France n'échappe pas a la rhétorique du « choc des civilisations » et l'idée que l'islam n'est pas compatible avec les valeurs universelles de démocratie…

Chapitre 8 : une commission au-dessus de tout soupçon

Il revient sur la commission Stasi, du nom de son président, ou la commission de réflexion sur l'application du principe de laicite dans la République, mise en place en juillet 2003, et a l'origine de la proposition sur la nécessite d'une loi sur l'interdiction des signes religieux a l'école.
p. 300 « Au lendemain de l'adoption du rapport, Bernard Stasi lui-même proclame : « Il fallait qu'indiscutablement on marque un coup d'arrêt. […] il y a en France […] des forces qui cherchent à déstabiliser la République. » »
« La commission s'est en fait ralliee a cette vision selon laquelle la France fait face a une « agression » (terme utilise par Jacques Chirac a Tunis en décembre 20030. »

Alain Gresh expose et critique la manière dont cette commission a choisi ses témoins (des personnes, pour la plupart, n'exprimant qu'un seul et unique point de vue, c'est-à-dire, opposées au voile a l'école et adhérant au discours de la menace islamiste) et qui a fortement influence les positions de la commission, alors que la commission a refuse, au moins jusqu'au dernier jour, d'entendre des femmes qui portaient le foulard, « alors que la commission avait auditionne sans état d'âme le Front national », et au climat médiatique de l'époque avec des medias multipliant les confusions renforçant ainsi l'idée du danger que présente l'islam pour la république.

D'où l'idée que cette commission a été instrumentalisée par les détracteurs de l'islam. « Il faut reconnaître que les « sages » qui la composaient ont été manipules par les politiques et depasses par les medias, qui ont centre le débat sur la seule question du foulard. » p.320

« Une femme refuse d'être examinée par un gynécologue homme, c'et une intégriste qui veut imposer la charia ; une jeune fille porte le foulard, elle cherche a tester les défenses de la République ; une femme dans un quartier décide, après plusieurs années, de porter le foulard, c'est la preuve que l'intégrisme se répand partout. » p.313

« En réalité, le président de la république, la majorité des medias et le principaux partis politiques-renfrces par les conclusions de la commission Stasi ont pris le risque d'une extension des discriminations envers les populations qualifiées de ‘musulmanes'. Et cela, encore une fois, au nom de la défense des femmes musulmanes. » p.327

Il revient, dans son chapitre 9, sur le thème de l'oppression de la femme musulmane, que s'obstinent a invoquer les medias abrutissants car il fait si bien vendre, et démontre que, dans les faits, s'affirme, dans la majorité des pays musulmans, un féminisme islamique énergique.

Chapitre 10 Amnesie coloniale

Alain Gresh souligne enfin le poids de la mémoire coloniale dans la représentation des Arabes et musulmans francais par les hommes politiques et intellectuels français. En effet, l'image associee aujour'dhui aux Arabes et musulmans d'aujourd'hui reste inconsciemment dominée par l'image que se faisait le colonisateur du colonise.

Dans le chapitre 11, Alain Gresh pose une question essentielle « Et si l'hystérie politique autour du foulard avait simplement cache une profonde insecurite des Français face a leur avenir ? » et notament leur crainte de perdre leur identite ?

A la fin de son livre, il plaide pour une révision de l'histoire qui tiendrait compte du rôle de l'immigration dans la construction nationale, et qui s'attacherait a créer une « memoire commune ».

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/notes/lislam_la_republique_et_le_mon_1/
  • Publié le 9 septembre 2005