Portrait
Abdul Aziz al-Hakim : un lourd héritage
Le 4 décembre dernier, quelques jours seulement après avoir publiquement manifesté sa confiance en l'actuel Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, à l'occasion d'une rencontre officielle en Jordanie, le Président américain George Bush a reçu à Washington Abdul Aziz al-Hakim, leader du CSRII (Conseil supérieur de la révolution islamique en Irak) et concurrent politique de M. al-Maliki. Confronté à l'impuissance du gouvernement irakien devant l'intensification du conflit confessionnel et à ses défaillances en matière de sécurité, qui expliquent la présence prolongée des forces de la Coalition, l'administration étasunienne cherche à tisser des nouvelles alliances en Irak et dans la région.

Abdul Aziz al-Hakim, né 1953 et fils du très respecté grand Ayatollah Muhsin Baqir al-Hakim – guide suprême de la communauté chiite entre 1955 et 1970 – fait ses études à la hawza (faculté de théologie) de Najaf. Fuyant la persécution du régime baasiste qui l'emprisonne trois fois dans les années soixante-dix et qui frappe sa famille (six de ses frères seront tués), il s'exile en Iran en 1980. En 1982, il est membre fondateur du CSRII, qui constitue alors un mouvement d'opposition. Il préside aussi la Brigade Badr, bras armé du parti, qui combattra aux cotés de l'Iran pendant la première guerre du Golfe dans les années quatre-vingts, et qui est toujours activement soutenue par la Garde révolutionnaire islamique iranienne. Al-Hakim revient en Irak en avril 2003 ; il entre dans l'arène politique internationale suite à la mort de son frère Mohammed Baqir al-Hakim, son prédécesseur à la tête du CSRII avant d'être tué dans un attentat après son retour à Najaf en août 2003. Malgré la victoire électorale de l'AIU (Alliance irakienne unifiée) dont le CSRII fait partie, et bien qu'il ait été membre et président du Conseil de gouvernement irakien en 2003, al-Hakim ne détient actuellement aucune fonction gouvernementale. Il est favorable au fédéralisme et partisan d'une action militaire plus dure contre les insurgés. En août dernier, il souhaitait la création, à coté des forces de sécurité officielles, de comités populaires régionaux pour la défense de la population contre les terroristes.
Les contacts directs entre le gouvernement américain et le leader du CSRII s'inscrivent dans une logique de rapprochement avec l'Iran envisagée dans le rapport Hamilton-Baker en vue d'un désengagement progressif des États-Unis. L'urgence d'engager un changement de cap à cette fin explique le pragmatisme de Washington, peu soucieux, par exemple, de la controverse concernant les violences interconfessionnelles dont est accusée la milice armé du parti CSRII, violences apparemment perpétrées sous couvert de l'appareil sécuritaire de l'État, qu'elle aurait infiltré. Par ailleurs, en raison du mécontentement à l'égard du gouvernement al-Maliki, al-Hakim représente pour les États-Unis une solution prudente sur le plan interne, surtout à cause de son soutien à la présence des troupes américaines en Irak, à laquelle s'opposent avec véhémence les alliés de Sadr, qui soutenaient le Premier ministre jusqu'à la veille de sa rencontre avec Bush à Amman. Au sein d'un bloc chiite déjà profondément divisé, les nouvelles alliances qui se profilent risquent à l'avenir d'isoler al-Maliki et de compromettre son difficile programme de réconciliation nationale, notamment au vu de la position intransigeante d'al-Hakim, qui fait porter la responsabilité de la violence interconfessionnelle aux seuls (insurgés) sunnites. Dans une région dominée par les régimes sunnites, l'ascension du CSRII pourrait générer des tensions. Si, d'une part, al-Hakim jouit naturellement de liens étroits avec l'establishment iranien, que l'administration américaine espère mettre à profit, d'autre part, il insiste – afin de faire taire les critiques qui s'élèvent tant à l'intérieur du pays que dans la région – sur la souveraineté inaliénable de l'Irak et sur l'idée que celui-ci doit résoudre en toute indépendance la crise qui le meurtrit.
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-- Chiara Sulmoni
Assistante de recherche au Cermam
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/portrait/abdul_aziz_alhakim_un_lourd_he/
- Publié le 13 mars 2007
