Lettre du Cermam

Portrait

Barack Hussein Obama

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Le 44ème président des États-Unis est né en 1961 à Hawaï d'un père kenyan de confession musulmane et d'une mère américaine chrétienne, et s'est converti au christianisme à l'âge adulte. En 2003, Obama est l'un des rares élus américains à participer à des manifestations pacifistes et à prendre clairement position contre la guerre en Irak. Il est prêt à dialoguer avec les « ennemis » de l'Amérique et estime que les soldats américains doivent évacuer le pays au plus tôt. Sa mission peut se résumer en une formule simple : « Restaurer l'image de l'Amérique ». Mais que peut-on dire, plus précisément, sur son positionnement par rapport aux principaux enjeux de l'actualité politique du Moyen-Orient ?

Au cours de sa campagne électorale, après s'être montré ambivalent au sujet du conflit israélo-palestinien, il prononce un discours dans lequel il apporte son soutien au statut de Jérusalem comme capitale d'Israël. Mais ce soutien à l'État hébreu ne signifie pas qu'il approuve les idées du Likoud. Concernant l'Iran, qui n'a pas de relations diplomatiques avec les Etats-Unis, Obama souhaite le commencement d'un dialogue sur le double registre de la fermeté et de l'ouverture, car avec ce qui reste a faire en Irak et en Afghanistan, bien peu de responsables politiques ou militaires jugent aujourd'hui possible, avec des finances et une armée à bout de souffle, d'ouvrir un troisième front en Iran. Pour l'Irak, il propose un retrait total des troupes en 16 mois, en insistant sur le fait que la guerre a été une erreur et que les Américains devraient aujourd'hui s'efforcer de chasser Al-Qaïda d'Afghanistan et du Pakistan. De cette manière, Obama tâche de diriger les foudres du Pentagone vers l'Afghanistan et prévoit déjà un triplement des forces américaines dans ce pays, ce qui équivaudrait à une véritable occupation et à une traque sans merci de Ben Laden, jusqu'au Pakistan.

Obama a choisi le sénateur Joseph Biden comme colistier afin de se prémunir contre l'accusation d'« inexpérience » pendant sa campagne présidentielle. En effet, Biden lui apporte 36 années d'expérience en matière de politique étrangère au Congrès, ce qui le rend plus précis et plus expert dans ce domaine. Mais c'est aussi pour Obama une façon indirecte de reconnaître qu'il a des lacunes à combler. Il est intéressant de relever que, bien qu'élu sur le même « ticket », Biden n'a pas vraiment le même point de vue qu'Obama en ce qui concerne l'Irak : en 2002, il vote en faveur de la résolution autorisant le président Bush à engager les opérations militaires ; il n'en devient pas moins l'un des critiques les plus virulents de la gestion de l'après-guerre, proposant en 2006 une partition de l'Irak entre chiites, sunnites et Kurdes ainsi que la prise en charge par la communauté internationale de l'occupation du pays ; par la suite, il s'oppose au renforcement militaire des troupes américaines, déclarant que le renforcement des effectifs sur place n'est « pas dans l'intérêt de la nation ». De plus, s'agissant du conflit israélo-palestinien, Biden, contrairement à Obama, déplore explicitement la colonisation en Cisjordanie.

L'élection de Barack Obama est saluée sur toute la planète comme un signe de changement et d'espérance. En particulier dans le monde arabe, car il comprend l'urgence, pour les États-Unis, de renouer le dialogue. Le secrétaire de la Ligue arabe, Amr Moussa, souligne d'ailleurs le message qu'Obama n'a « cessé de mettre en avant : "nous avons besoin de changement" (...) Nous, au Proche-Orient, dans le monde arabe, ressentons cela très fortement ». Il est devenu ainsi le candidat favori des Arabes. En Amérique d'abord, des sondages ont montré que, pour la première fois, 54% des étasuniens d'origine arabe ont voté démocrate, alors qu'ils votaient traditionnellement républicain, par conservatisme ou à cause des positions pro-arabes de certains représentants du Grand Old Party. Mais la politique menée par George W. Bush depuis le 11 septembre 2001 a entraîné leur désaffection. Le quotidien panarabe Al-Hayat note que 31 candidats d'origine arabe participaient aux élections sénatoriales et législatives qui ont eu lieu en même temps que les présidentielles : 18 se présentaient sous la bannière démocrate contre 10 pour les républicains. En d'autres termes, Obama représente une réelle rupture avec la politique des années Bush. Il fait souffler un vent nouveau sur un pays qui a besoin de changement et de détermination. Avec la victoire d'Obama « c'est le vrai rêve de l'Amérique qui se réalise. Cela veut dire que ce n'est pas la race, la religion ou la couleur de peau qui importe, mais les idées. On aura une autre image des Etats-Unis que celle que nous connaissons », dit la journaliste et écrivain arabe Abdel Nabi Hedayat. D'ailleurs en Syrie, pays en froid avec les USA, on espère que cette élection contribuera à un « changement de la politique extérieure de Washington et permettra de passer d'une politique de guerre et d'embargo à une politique de diplomatie et de dialogue », d'après le ministre syrien de l'Information, Mohsen Bilal.

Mais les réactions dans le monde arabe peuvent aussi être mitigées. Le cheikh Mohammad Al-Sabah, chef de la diplomatie koweïtienne, espère que la prochaine administration américaine « aura une stratégie pour établir la paix sur la terre des religions, la Palestine ». Sur le même ton, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, « espère qu'il va accélérer les efforts déployés en vue de parvenir à la paix, d'autant que le règlement du problème palestinien et du conflit israélo-arabe est la clef de la paix mondiale ». Le mouvement islamiste palestinien Hamas est encore plus sceptique : son porte-parole Fawzi Barhoum affirme que le nouveau président américain « doit tirer la leçon des erreurs des précédentes administrations, notamment celle de Bush qui a détruit l'Afghanistan, l'Irak, le Liban et la Palestine. Il doit tâcher d'améliorer les relations des Etats-Unis avec le reste du monde au lieu de continuer à agiter le gros bâton américain. Nous voulons qu'il soutienne la cause palestinienne ou au moins ne pas être partial en faveur de l'occupant israélien. Nous n'avons aucun problème pour établir des relations normales avec les Etats-Unis pour expliquer la justesse de notre cause. Nous demandons à Obama de réexaminer la politique étrangère des Etats-Unis à l'égard des Palestiniens. Nous le jugerons en fonction de ce qu'il fera et dira sur cette question ». Enfin, du coté irakien, les commentaires sont encore plus mesurés, comme le montrent les propos du chef de la diplomatie, Hoshyar Zebari, qui déclare, tout en respectant le choix des Américains, ne pas penser « qu'il y aura un brusque changement politique, ni de désengagement américain rapide d'Irak ».

Finalement, ces réactions a travers le monde arabe nous prouvent qu'il ne faut pas se méprendre, car malgré tout Obama « ne réagira pas comme un Africain ou un Arabe (...) Il est comme tous les Américains. À la fin, il va défendre les intérêts américains et donc les intérêts d'Israël » confie un diplomate arabe. En effet, comme le rappelle justement Abdel Nabi Hedayat, l'expérience a montré qu'à ce jour ni les républicains ni les démocrates n'ont réussi à faire la paix au Moyen-Orient ..

Veronica Pinto
Assistante de Recherche

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/portrait/barack_hussein_obama/
  • Publié le 19 novembre 2008