Lettre du Cermam

Portrait

Cheikh Jaber al-Ahmed al-Sabah

Avant de devenir le treizième émir de la dynastie al-Sabah du Kuwait en 1977, feu Sheikh Jaber al-Ahmad al-Sabah, prince héritier depuis 1966, avait occupé la charge de premier ministre des Finances et de l'Economie suite à l'indépendance du pays en 1961, et celle de Premier ministre de 1965 à 1978. Fort d'une grande expérience politique et administrative, gagnée au cours des années 50 et 60 pendant la transformation du Kuwait de pays pauvre à pays riche - et urbanisé grâce aux revenus du pétrole -, on lui reconnaît d'avoir favorisé le développement des infrastructures et de les avoir rétablies après la seconde Guerre du Golfe au début des années 90. Il a aussi réussi à préserver l'unité nationale sous le guide des al-Sabah, malgré les nombreuses tensions internes et les sérieuses menaces externes qui se sont présentées au cours d'un règne de 28 ans.

Le parcours politique du Sheikh Jaber consiste dans des impulsions démocratiques prudentes; si l'émir a fait partie du comité de rédaction de la Constitution du 1962, dotant le Kuwait du premier Parlement élu dans la région, le droit au suffrage reste en fait jusqu'à nos jours très exclusif. Le désaccord entre le Sheikh Jaber et l'Assemblée nationale, déjà quand il était Premier ministre, a mené à la dissolution fréquente et de longue durée de cette institution, générant un mécontentement public, surtout en 1986, dans un contexte social déjà enflammé par les tensions du début de la décennie, issues de la récession économique et des répercussions du conflit Iran-Iraq. Le Kuwait soutenait ce dernier quand les influences de la Révolution islamique de 1979 se répercutaient sur toute le région, en exposant le petit émirat aux attaques de groupes pro-iraniens, à la dramatique prise en hôtage d'un avion de la Kuwait Airlines en 1988 et à un attentat personnel contre l'émir en 1985.

La visibilité internationale acquise par le Kuwait pendant l'invasion irakienne des années 90 a exposé le pays aux pressions réformatrices des alliés occidentaux, des Etats-Unis en particulier, et de l'opposition interne. En exil temporaire en Arabie saoudite, l'émir promettra la réintégration du Parlement après la libération. En 1999, il proposera d’étendre le vote aux femmes, mais la lutte constante entre forces conservatrices et forces libérales au Parlement, emblématique de la société fortement traditionnelle du pays, repousseront cette concession jusqu'en mai 2005. Entretemps, à partir de 2001, les demandes pressantes pour une progressive démocratisation au Moyen-Orient, qu’elles soient d'origine interne aux pays arabes ou externe, s’intensifient. C'est dans ce contexte qu'on peut situer la concession combattue du suffrage féminin, comme aussi la décision de l'émir, en 2003, de détacher la charge de Premier ministre de celle de prince héritier, réduisant ainsi le contrôle de ce dernier sur le gouvernement.

L’avenir des réformes au Kuwait passera maintenant dans les mains du successeur du Sheikh Jaber, Sheikh Sabah, et pourrait dépendre de sa capacité à cultiver ses alliances et donc à influencer le Parlement, plutôt conservateur, sorti des dernières élections en 2003.

-- Chiara Sulmoni
Assistante de recherche au Cermam

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/portrait/cheikh_jaber_alahmed_alsabah/
  • Publié le 21 avril 2006