Portrait
Liban : Michel Sleimane, le Général du Consensus

C’est après 19 reports de l’élection du président libanais que, le 25 Mai 2008, le général Michel Sleimane a été élu par le parlement Libanais avec une majorité de 118 voix sur 127. Cette élection attendue depuis septembre 2007, date depuis laquelle le poste de président est vacant, a été possible suite aux accords de Doha du 21 Mai 2008, qui ont un tant soit peu dénoué la crise Libanaise. Le choix de Sleimane en tant que futur président avait déjà été fait depuis plusieurs mois. C’est l’une des seules figures perçues en tant que neutre : ni pro-syrien, ni anti-syrien, ni proche, ni opposé a aucun des majeurs mouvements libanais. Son apparente neutralité lui a accorde une certaine confiance des libanais, et lui confère le titre de candidat ‘idéal’.
Né en 1948 à Amshit In Jbeil, près de Byblos, dans le nord du Liban, Sleimane poursuivit toute son éducation au Liban. Il commença à l’université libanaise d’où il obtint une licence en sciences politiques administratives. Il décida ensuite d’entreprendre une carrière militaire; en 1970, il sort de l’académie militaire libanaise avec le grade de sous lieutenant des forces armées libanaises. Sa carrière commence à sérieusement prendre de l’importance à partir des années 90. De 1991 à 1993, il devient le secrétaire général du personnel de l’armée. Il est ensuite promut, commandant de la 11ème brigade d’infanterie, poste qu’il occupe jusqu’en 1996. Il dirige ensuite la 6ème brigade d’infanterie les deux années suivantes. Enfin, en 1998, Emile Lahoud le nomme chef de l’armée libanaise, poste qu’il a occupé jusqu'à son élection.
Si Sleimane a finalement été élu après 8 mois de blocage politique, malgré ses qualités et l’espoir qu’il suscite pour beaucoup, sa candidature a aussi relevé beaucoup de controverses. Plusieurs questions se posent au sujet du nouveau président, et ce, tant au niveau de son allégeance, qu’au niveau de ses capacités à gérer le pays. Sa candidature même a été remise en question pour des raisons constitutionnelles. En effet, pour élire Sleimane en tant que président, la constitution libanaise qui stipule que seul un fonctionnaire de l’Etat qui n’est plus en fonction depuis au moins 2 ans peut être élu a la présidence du pays, a dut être changé. C’est ainsi la deuxième fois que la constitution est pliée aux exigences du pouvoir. En 2005, la constitution avait en effet été modifiée afin d’allonger le mandat d’Emile Lahoud de 3 années supplémentaires. Il est clair que la constitution Libanaise est vielle et qu’il arrive de devoir changer certaines règles en fonctions d’événements inattendus. Deux changements en l’espace de trois ans concernant la présidence constituent cependant une forte entorse a la constitution.
Par ailleurs, si le régime syrien n’est pas opposé à la présidence de Sleimane à la tête du Liban, est-ce à cause de la neutralité de l’ancien chef de l’armée, ou est-ce plutôt à cause de sa proximité avec le régime de Bachir Al-Assad ? Ses critiques insistent sur le fait que son beau frère, Gebran Kuriyyeh, est le porte parole officiel du président syrien.
Sleimane est aussi amplement critiqué pour ses relations avec le Hezbollah. Le comportement de Sleimane vis-à-vis du Hezbollah est relativement ambivalent et porte certains à se poser des questions. Sleimane n’a pas engagé l’armée dans les combats de 2006 contre Israël, puis a ensuite déclaré le Hezbollah vainqueur et loué ses accomplissements. Malgré son récent éloignement du groupe shiite, il est aussi accusé par certains de fermer les yeux sur les trafics d’armes de la Syrie au Hezbollah.
Sleimane n’est toutefois pas uniquement la cible de critiques. Il a été admiré pour son attitude, ses actions prises, et ses qualités de leaders lors des affrontements dans le camp de Nahr al-Bared en 2007. Parallèlement, il gagna le soutient de beaucoup lorsqu’en 2005, il refusa d’agir et d’impliquer l’armée pour réprimer les manifestations anti-syriennes qui suivirent l’assassinat de Hariri, contribuant ainsi au retrait des troupes Syriennes du Liban.
Certains affirment que malgré tout, Sleimane maintient de forts liens avec la Syrie et le Hezbollah. D’autres au contraire prétendent que, parallèlement à l’influence décroissante de la Syrie au Liban, Sleimane se distance de plus en plus du régime de Assad et le voient comme une forte personnalité, qui pourrait éventuellement créer un lien, aujourd’hui inexistant, entre la majorité et l’opposition.
Dalia Bahous
Assistante de Recherche
Lien permanent vers cet article (permalink)
- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/portrait/liban_michel_sleimane_le_gener/
- Publié le 10 juin 2008
