Lettre du Cermam

Medias arabe

Star Academy vue par le monde arabe : l'Académie de Satan

Depuis son lancement, la popularité de l'émission de télévision française « Star Academy » lui a valu plusieurs adaptations. Les Britanniques l'appellent « l'académie de la célébrité » alors que la version arabe a été baptisée sobrement « Al Akademiah » (l'académie). Cependant, nombreux sont ceux qui en Arabie Saoudite ne donnent qu'un seul nom à cette émission de divertissement : « Akademiah Al Shaytan » (l'académie de Satan) ! De cette manière, explique un imam dans un programme islamique de sensibilisation, « elle portera le nom de ses créateurs, les mauvais diables de notre monde ».

Star Academy dans le monde arabe

Dans la plupart des pays, les émissions de télé-réalité font l'objet de vifs débats. Mais c'est dans les États du Golfe que la controverse est la plus âpre. Le ministre de l'Information du Bahreïn, un libéral, a été contraint de démissionner sous la pression des islamistes, suite à la visite des StarAc à Manama. En Arabie Saoudite, Star Academy s'est retrouvée au cœur de la polémique et de plusieurs enregistrements du « Mashayekh Al Sahwa ». Ces cassettes, vendues pour un riyal saoudien, appellent toutes au boycott de ce type d'émission, qui favoriserait « une alliance d'infidèles et de partisans du péché » dans leur mission de « ciblage de la nation ».

De nombreux Saoudiens sont réceptifs à ces appels, bien que ceux-ci ne soient accompagnés d'aucune forme d'argumentation. Mais les arguments sont rarement nécessaires dans la mesure où « les imams ont toujours raison » comme le suggère un adolescent qui écoute « Akademiah Al Shaytan » dans sa voiture américaine Mercury Grand Marquis modèle 2004. Ce jeune, âgé de 18 ans, est convaincu que Star Academy s'inscrit dans une « énorme conspiration planifiée depuis déjà plusieurs années dans le but de dépouiller la jeunesse arabe de toutes ses valeurs ». Il poursuit en expliquant que la teneur de « ce projet est disponible sur un site Web ». L'adolescent saoudien ne sait pas qui est à l'origine de ce « forum » qu'il consulte régulièrement, à l'opposé du site officiel français de Star Academy inaccessible aux internautes saoudiens pour cause de censure (l'Unité de services Internet est sous le contrôle officiel de la Cité Abdelaziz pour les Sciences et la Technologie).

Mais tous les imams ne croient pas à cette théorie du complot. Le chroniqueur saoudien Cheikh Ghazi Al Maglooth estime par exemple que Star Academy est « juste un produit » qui « utilise toutes les combines marketing pour toucher le spectateur, et parler à ses instincts en particulier. » Cet imam n'en exprime pas moins son inquiétude : « Ces émissions TV tuent notre culture et nos traditions en occidentalisant nos sociétés ». Pour certaines des cassettes à grande diffusion, l'« occidentalisation de la société » n'est que partie émergée de l'iceberg, puisque Star Academy fait l'objet de charges plus lourdes, comme celle selon laquelle l'émission est « une raison sous-jacente du terrorisme et de l'extrémisme ». Un prêcheur affirme que les actes de radicalisme se nourrissent de l'extrémisme opposé. Un autre enregistrement appelle au boycott des Etats, des hommes d'affaires et des sociétés qui sponsorisent de telles émissions. Plusieurs émissions de télé-réalité arabes sont produites au Liban et diffusées sur les chaînes libanaises comme LBC et Future. La seule exception en est la version arabe de « Big Brother » qui était produite au Bahreïn, où d'énormes manifestations ont forcé la chaîne MBC à abandonner le projet. Le prince saoudien Al Walid Bin Talal a investi à hauteur de 50% dans LBC. Mais Cheikh Ali Al Shahrani, qui a produit « SARS Academy » affirme que son enregistrement a reçu l'aval du ministère de l'Information. Daprès lui, son enregistrement s'est vendu à plus de 7000 exemplaires, alors que les ventes de « l'Académie de Satan » dans le monde arabe on dépassé le million de copies.

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/press_ar/star_academy_vue_par_le_monde/
  • Publié le 9 septembre 2005