Lettre du Cermam

Recherches en cours

La maternité en Algérie.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, les modèles familiaux en vigueur dans les sociétés arabo-musulmanes ont entamé une mutation, dont les effets sont devenus sensibles en l’espace d’une génération. L’un des modèles touchés par ce phénomène est l’archétype de la famille nombreuse, remplacé par celui d’une famille à deux ou trois enfants. L’Algérie ne fait pas exception. Un tel changement suppose des transformations, aussi bien sur le plan des conditions matérielles d’existence que sur celui des mentalités. La baisse du nombre d’enfants par famille ne résulte pas seulement de l’allongement de la durée des études et de l’âge du mariage, mais aussi d’une réduction délibérée des naissances.

Cette recherche a pour objet d’étude la condition féminine dans la jeune génération algérienne, à Alger et dans ses environs, à partir d’une enquête de terrain (menée en juin et août 2005) portant sur la gestion de la maternité et les représentations que les jeunes femmes ont de leur grossesse et de l’éducation. Le terme de maternité est employé ici à la fois dans le sens de fonction procréatrice, celle qui consiste à donner la vie, et dans celui de rôle maternel, rempli par une femme auprès de son enfant. Le point de vue de la maternité a été privilégié parce qu’il demeure, encore aujourd’hui, le rôle principalement dévolu aux femmes concernées. Ainsi, les détails de la vie quotidienne nous dévoilent à eux seuls les obstacles que le couple, souvent logé chez la belle-famille de l’épouse, doit surmonter dans son existence. Le couple développe des stratégies pour construire son identité sociale. Même s’il parvient à créer un climat d’amour et d’entente, il vit dans une tension permanente à cause du chômage et de la crise du logement. L’une des épreuves qu’il lui faut affronter est cette difficulté de préserver son intimité au sein de la « grande famille », al ‘aila, structure patrilocale en vertu de laquelle la jeune fille quitte le domicile de ses parents au moment de son mariage, tandis que le fils y demeure avec son épouse et ses enfants. Cependant, dans l’Algérie actuelle, le couple est en train de devenir quelque chose de voulu et de construit.

Confronter l’histoire orale avec d’autres sources de connaissance historique permet de mieux comprendre une réalité algérienne contemporaine. Ainsi sommes-nous conduits à nous demander, au moyen de cet outil d’analyse de la maternité, s’il y a rupture ou continuité pour la condition féminine algérienne. En effet, dans un espace géographique bien circonscrit, continuités et ruptures marqueraient le passage au statut de mère. Pour mettre en parallèle les jeunes mères du présent et celles du passé, il nous faut comparer leurs parcours professionnels et familiaux. En quoi les situations, les aspirations et les pratiques relatives à la maternité diffèrent-elles entre hier et aujourd’hui ?

La mère sera envisagée d’abord autour de deux lieux appartenant à un même secteur géographique (selon le découpage administratif) : la maternité et les PMI (Protection maternelle et infantile) des services sanitaires (centres de santé, polycliniques).

Après avoir présenté le terrain d’enquête, j’appréhenderai l’itinéraire de la femme algérienne, de la conception à la naissance de l’enfant, avant d’aborder la question de l'éducation reçue par ce dernier dans son milieu familial. L’éducation sera envisagée selon une définition assez large : on entendra par éducation non seulement les gestes, comportements et paroles transmis à l’enfant au sein de la famille, mais aussi l’enseignement qu’il reçoit à l’école et dans d’autres domaines de la vie sociale (organismes, associations,…).

Du point de vue méthodologique, des techniques d’enquête ethnographique (observations, entretiens semi-dirigés, observation participante) ont donc été appliquées à différents niveaux, depuis la maternité de l’hôpital de Ain Taya (zone semi-urbaine située à 30 km environ d’Alger) jusqu’aux centres de santé publics (Ain Kahla, Surcouf et Bordj Bahri), au sein desquels se trouvent les services de PMI. Des entretiens ont été réalisés avec les soignants, sélectionnés en fonction de leur rôle dans la trajectoire de la maternité (gynécologue, sage-femme, pédiatre). D’autres entretiens, effectués avec des patientes, ont visé à préciser leurs itinéraires familiaux, professionnels et médicaux. Enfin, des entretiens auprès de mères, devenues aujourd’hui grand-mères, ont permis de mettre en parallèle deux générations sur un même objet d’étude.

-- Salima Djebbari
Diplômée en Anthropologie, Université de Paris XIII

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/research/la_maternite_en_algerie/
  • Publié le 26 mai 2006