Lettre du Cermam

Recherches en cours

La migration irakienne : un défi pour la région

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Samia Qumri MA International Affairs from the Lebanese American University in Beirut,
Jordanian independent researcher on Iraqi issues.


Les guerres et conflits qui ont ravagé le monde arabe au cours de ces deux dernières décennies ont provoqué plusieurs vagues de migration forcée, engendrant autant de défis pour les pays destinataires que pour les pays d’origine. Ainsi, l’Irak a subi la guerre Iran-Irak, la première Guerre du Golfe de 1990 et enfin la guerre d’invasion américaine de 2003 ; aujourd’hui, la crise de migration forcée irakienne atteint un niveau menaçant puisqu’elle touche plus d’un million de personnes. Et même si les pays frontaliers et les organisations humanitaires accueillent ces réfugiés et leur offrent protection et assistance, ce phénomène reste un fardeau que la communauté internationale devrait soulager en prolongeant son soutien financier.

C’est là que se situe la nécessité de cette thèse. L’objet d’étude de ce travail est la migration forcée irakienne en Jordanie. Ce pays, qui recueillait les réfugiés palestiniens en 1948, reçoit aujourd’hui la plupart des réfugiés irakiens. Ces derniers étaient déjà considérés comme un enjeu central lors de la guerre Iran-Irak de 1980.

De nos jours, il existe peu d’études sur la migration irakienne; il manque surtout une comparaison entre les vagues migratoires induites par la Guerre du Golfe et celles qui sont induites par l’invasion américaine de 2003. D’où la question au centre de ce travail: comment la Jordanie a-t-elle réagi et répondu au défi que représente la migration forcée irakienne ?

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Cette question en entraîne d’autres, également intéressantes. Quelles sont les structures de vie mises en place par les autorités pour ces migrants ? Quels sont les défis posés par ce phénomène aux sociétés locales, surtout après les bombardements du 9 novembre 2005 à Amman ? Comment la communauté internationale a-t-elle partagé ou non, la responsabilité de s’occuper des migrants ? Et quelles sont les conséquences de cette migration forcée sur la politique jordanienne ?

Il existe une tension entre le maintien de la sécurité interne d’un pays (ici, la Jordanie) et le droit que possèdent les étrangers à l’asile et à la protection (ici, les Irakiens). D’où le besoin d’avoir une approche commune entre politiciens, académiciens, communauté internationale et pays occidentaux, dans le but de soulager les tensions dans les pays destinataires et de partager les responsabilités des différentes vagues migratoires. Selon le droit international, il revient aux pays destinataires d’ouvrir leurs frontières et d’accueillir les étrangers fuyant un danger dans leur pays. Pourtant, certains pays ont des structures socio-économiques limitées et ne peuvent accueillir un nombre important de personnes. Dès lors, la responsabilité revient à la communauté internationale.

La Jordanie a de faibles ressources naturelles et ses facteurs géographiques, sociaux et politiques font en sorte que la population irakienne n’a qu’un accès restreint aux ressources et aux services. En raison de ces capacités limitées, la Jordanie ne peut accueillir davantage d’habitants sur son territoire ; c’est l’une des raisons pour lesquelles elle n’a pas signé la Convention des réfugiés de 1951, ni le protocole de 1967. Un mémorandum a été signé avec l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) qui stipule qu’il revient à celui-ci de fournir l’assistance humanitaire et la protection aux réfugiés non palestiniens, les Palestiniens étant sous mandat du UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient).

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À travers ce travail, j’ai été amené à croire que la Jordanie a adopté une politique semi-protectionniste à l’égard des migrants irakiens. Ce qui retentit sur ses politiques régionales et mondiales, notamment le respect de ses accords internationaux.

Cette étude vise aussi à créer une base de données pour des recherches et analyses futures. Recueillir les données a été un défi, dû à la sécurité accrue en Jordanie ainsi qu’à la nature sensible des données. Les migrants irakiens pèsent lourd sur les secteurs énergétiques et hydrauliques de la Jordanie, qui doit importer 98% de ses besoins énergétiques et figure sur la liste des dix pays les plus pauvres en eau. En revanche, la croissance économique s’y est élevée à 7% en 2005, dont trois quarts provenaient d’investissement irakien.

L’enjeu de la migration forcée est compliqué, les gouvernements des pays, destinataires ont du mal à adapter et à ajuster leurs politiques. À travers le temps, la Jordanie reste un asile pour les migrants forcés irakiens. Mais l’opinion publique à leur égard se dégrade lentement depuis 2003, passant de la sympathie à l’insatisfaction. Des changements se sont produits aux niveaux local, social, économique, notamment à l’égard du prix de l’immobilier et de l’augmentation du coût de la vie. À cela s’ajoutent d’autres tensions entre le gouvernement jordanien, désireux de contrôler l’impact des migrants, et l’UNHCR, déterminé à faire respecter la protection des réfugiés. La communauté internationale et les Etats occidentaux doivent intervenir pour identifier les causes originelles et résoudre ensemble ces problèmes. Quant à la Jordanie, elle doit viser à assurer sa protection domestique et à fortifier l’unité nationale, afin de créer un pays plus fort.


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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/research/la_migration_irakienne_un_defi/
  • Publié le 28 septembre 2007