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Les défis du développement technologique pour les pays en développement
Le développement technologique trouve sa source dans la primauté de l’effort national de la Recherche & Développement (R&D). L’absence de cet effort dans les pays en développement explique la dépendance de ces derniers vis- a - vis de l’extérieur. Cette dépendance accentue leur retard technologique et entrave leur développement économique et social. Dans ces conditions, la mise en oeuvre de politiques technologiques nationales doit être considérée en tant que condition nécessaire menant ces pays vers la voie de la croissance. Cette mise en œuvre implique de faire face à plusieurs limites qui représentent les vrais défis du développement technologique de ces pays.
Si on veut identifier les défis du développement technologique, on pourra dire que le principal est celui de la conception et de la mise à niveau d’une politique technologique axée sur une stratégie globale et des objectifs ciblés.
Un vrai développement technologique est inconcevable sans une réelle politique dans ce domaine. Dans ce contexte, la mise à niveau de cette politique implique la mise à niveau des autres politiques à savoir celle de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, la politique économique, financière, fiscale et étrangère. Ceci dit, la mise à niveau de la politique technologique s’inscrit dans le cadre de la mise à niveau de la politique globale. En effet, il ressort que les limites réglementaires, institutionnelles et financières à l’investissement en technologie et à la recherche scientifique dans les pays en développement PED représentent les vrais défis de leur développement technologique.
1) Les défis réglementaires :
Au moment ou l’investissement immatériel continue à occuper une place de plus en plus grande dans les stratégies économiques des pays développés, il est complètement absent dans celle des PED. Pourtant l’amélioration de la compétitivité internationale de leurs économies et les enjeux imposés par la mondialisation et la régionalisation, exigent la mise en place de mesures juridiques incitatives à ce genre d’investissement.
Le rapport de la CNUCED sur l’investissement dans le monde en 2005 montre bien que les flux de l’investissement direct étranger, surtout en technologie, s’orientent beaucoup plus vers les pays développés et, la répartition de ces flux au Sud favorise plus les pays d’Asie du Sud - Est. Tandis que la part des autres pays, particulièrement ceux africains reste faible à cause de plusieurs limites et insuffisances de caractère réglementaire. Dans ce sens, on note la multiplicité des intervenants dans la promotion des investissements. De plus on souligne aussi l’insuffisance des infrastructures d’accueil et des équipements nécessaires, la lenteur des services administratifs liés à l’investissement et le décalage entre la promulgation des textes et leur mise en application. Dans le même sillage, force est de constater que les systèmes financiers et bancaires ne favorisent pas l’investissement car il n’y a pas de crédit off-shore ou de liberté de change.
Une autre limite entrave l’investissement en technologie dans les PED. Il s’agit du droit de la propriété intellectuelle. Alors, ces derniers, ne peuvent acquérir l’investissement en technologie et réaliser la croissance vers une économie fondée sur les technologies et le savoir sans avoir une stratégie accompagnée d’une tendance au renforcement de la protection des droits de la propriété intellectuelle. Cette protection vise à encourager à la fois la création et la diffusion des connaissances. C’est l’Etat qui est appelé à intervenir pour réduire les écarts entre le niveau technologique interne et celui international, en instaurant un cadre réglementaire qui favorise ce genre d’investissement.
Le vide juridique caractérise aussi l’enseignement supérieur, le e-learning et l’enseignement à distance qui constitue, actuellement, un élément fondamental du développement scientifique et technologique. Cette structure représente une garantie du droit de tous à l’éducation et assure l’égalité des chances tout en respectant l’approche genre en ce qui concerne l’accès aux différentes disciplines scientifiques. Cette nouvelle structure représente la solution idéale à plusieurs problèmes de l’enseignement supérieur scientifique et technique puisqu’ elle peut faciliter la généralisation de ce dernier et offrir la possibilité de choisir entre différentes disciplines scientifiques et techniques.
L’absence d’un cadre juridique qui organise les activités de la R & D privées et l’insuffisance des règles juridiques qui organisent la recherche scientifique publique constituent une autre limite au développement technologique de ces pays.
L’amélioration de la compétitivité des entreprises nécessite l’investissement d’une part du capital dans les activités de R&D. Pourtant, plusieurs contraintes entravent les efforts du secteur privé en ce domaine, précisément, l’absence d’accompagnement et de mécanismes d’appui, le coût très élevé de la R&D et le manque de compétences.
La faible contribution du secteur privé à l’effort de R&D est due aussi à plusieurs facteurs, principalement, la déconnexion entre l’entreprise et l’université. Les entreprises ne sont ouvertes aux diplômés de l’enseignement supérieur et préfèrent une main d’œuvre moins chère. L’aspect familial de la structure des entreprises, le choix des employés dans ces pays se fait de la part des entrepreneurs sur des critères de relations familiales et amicales et non sur le critère de la compétence scientifique.
De plus, la dépendance économique et technologique voir même culturelle vis-à-vis de l’extérieur a accentué cette déconnexion entre les compétences scientifiques et les entrepreneurs. Ces derniers font toujours recours à la technologie étrangère au lieu d’investir dans la R&D pour avoir une technologie propre et adéquate aux conditions locales. Pourtant, la non ouverture de l’entreprise aux titulaires de doctorat et les diplômes équivalents, ne caractérise pas seulement les pays en développement, mais on remarque ce problème aussi dans des pays développés en l’occurrence, la France qui est en train de mettre en place des mesures incitatives pour pousser les entreprises à donner plus d’importance à la recherche académique et à la formation par la recherche.
On voit donc que la recherche académique ne pourra contribuer convenablement au développement technologique d’une société que lorsque l’ensemble du monde économique sera convaincu de la qualité spécifique d’une formation par la recherche. En effet ce n’est pas seulement ce monde qui a besoin d’être convaincu de l’importance de la recherche scientifique, les acteurs publics aussi sont appelés à s’intéresser plus à ce domaine vu les limites à leurs activités de Recherche - Développement.
Dans les pays en développement, l’essentiel de la technologie est importé, le plus grand nombre de chercheurs sont au sein de l’université. Dans ces pays, c’est le secteur public qui investit plus dans des domaines de recherche qui touchent à des intérêts planétaires et favorise largement la formation et le développement d’une communauté de recherche vu le coût très élevé de la R&D.
L’absence d’activité de R&D généralisée, soutenue et efficace dans les PED s’explique par la part minime du PIB investie par les Etats en matière de R&D, l’absence d’un milieu social capable de mobiliser les compétences pour le développement de la science et de la technologie et par l’absence d’une main d’œuvre qualifiée pour maîtriser les changements technologiques qui interviennent dans des secteurs vitaux pour l’économie.
D’autres insuffisances entravent le développement de la recherche scientifique publique dans ces pays, principalement, l’insuffisance en matière d’administration de la recherche qui se traduit par l’absence de planification de la recherche, d’évaluation, de l’orientation et du travail en réseau.
La recherche scientifique est entravée aussi par l’insuffisance des mesures d’accompagnement de la recherche à savoir l’accès difficile à l’information scientifique, le manque de support à l’édition scientifique, le matériel scientifique insuffisamment maintenu et l’absence de dispositions telles que les allocations de recherche pour encourager les jeunes chercheurs qui désirent préparer des thèses.
Outre ces obstacles, d’autres limites entravent la recherche scientifique dans certains pays en développement, particulièrement, la dispersion des bureaux d’études et de recherche, la marginalisation de l’enseignement technique, la faible exploitation des résultats de la recherche, l’absence de structures spécialisées dans la collecte et la diffusion des informations scientifiques et techniques et le manque de structures de liaison entre les universités et les entreprises.
En effet, l’effort de la recherche scientifique de ces pays est caractérisé aussi par certaines limites réglementaires concernant principalement, le statut du personnel de la recherche. Ainsi, le chercheur connaît plusieurs difficultés qui limitent son rôle dans le développement technologique et rendent sa mission très pénible, surtout, l’accès difficile à la documentation. Les bibliothèques universitaires ne disposent ni de la documentation nécessaire pour la recherche ni des spécialistes dans les sciences informationnelles et la procédure de l’acquisition des ouvrages et des périodiques est compliquée. L’absence de culture de brevet et de protection de la propriété intellectuelle contribue également à minorer le statut du chercheur en l’absence d’une reconnaissance de son apport.
Dans ce sens, on note aussi l’absence de communautés scientifiques dans les pays en développement où les chercheurs sont dispersés en l’absence d’associations, de réseaux efficients pour la construction des débats et la valorisation de la recherche. Une telle situation ne peut que freiner le rôle des chercheurs dans le développement de la société alors que la complexité des problèmes qui se posent appelle de plus en plus la contribution de plusieurs disciplines et la coordination entre elles pour les cerner, les analyser et avancer les solutions possibles dans un cadre pluridisciplinaire. Toutefois, la raison principale qui a engendré cette situation est l’absence d’un statut favorable au personnel de la recherche scientifique ce qui nuit à la recherche et diminue sa rentabilité.
2) Les défis institutionnels :
Le cadre institutionnel ne contribue pas efficacement au développement de la recherche scientifique. La multiplication et la diversité des organismes qui interviennent dans l’organisation du secteur de la recherche scientifique en l’absence de la coordination entre eux, constitue aussi une limite au développement technologique. Ce problème caractérise les relations entre les établissements publics et privés de la recherche scientifique, ainsi que les relations entre les établissements publics comme les universités et les centres de recherches. Cela entrave le développement harmonieux des politiques et des programmes des ministères engagés dans les domaines de la science et de la technologie.
Ainsi, la restructuration des établissements de recherche publics et la rationalisation des moyens humains et financiers disponibles nécessitent une véritable coordination institutionnelle capable de réaliser la synergie nécessaire entre les différents opérateurs institutionnels autour de programmes de recherche bien définis ciblant des objectifs socio-économiques prioritaires.
La déconnexion entre l’université et l’entreprise constitue un autre facteur défavorable à l’essor de la recherche et de l’innovation. Cette déconnexion est l’effet de la fracture entre la vie active et la science et du réflexe de dépendance technologique qui caractérise les PED d’une manière générale.
La politique technologique nécessite, non seulement, un cadre réglementaire et institutionnel mais aussi un cadre financier incitatif et apte de promouvoir progressivement l’innovation technologique et la création d’entreprises innovantes.
3) Les défis financiers :
Le dernier défi du développement technologique est le financement de la recherche scientifique publique qui est encore loin du 1 % le minimum nécessaire pour les pays les moins avancés pour qu’ils puissent atteindre les objectifs du millénaire. Dans ce sens, on note aussi l’absence d’un chapitre consacré à la recherche scientifique dans la loi de finance de plusieurs pays en développement.
Le développement technologique ne peut se réaliser qu’en poursuivant une politique industrielle et financière qui favorisent l’innovation et la R & D. Dans un monde ou la concurrence est forte, l’entreprise industrielle est obligée de renforcer son existence et son progrès. Cela ne peut être réalisable que par la R& D. La recherche de nouveaux procédés et de nouvelles technologies dans le but de réduire les coûts et d’augmenter la productivité du travail, est devenue nécessaire avec l’augmentation du profit, qui implique une production croissante. En ce sens, le développement technologique dépend d’une politique industrielle basée sur l’innovation et la R&D.
Dans les PED, l’industrialisation a été fondée, principalement, sur le transfert de techniques et non sur l’innovation et la R & D sans considérer les conséquences de l’inadaptation de ces dernières aux caractéristiques socio – économiques, à la taille du marché et aux ressources locales des pays d’accueil. Il s’est avéré dans la pratique que cela a entravé le processus d’innovation et l’évolution technologique.
Le rôle très limité des politiques industrielles des PED dans leur développement technologique s’explique par plusieurs facteurs. Les dépenses des entreprises consacrées à la R – D sont les plus faibles au monde dans une phase d’intense compétition internationale. De plus, le niveau des investissements consacrés à la mise au point, à l’acquisition et la diffusion de la technologie par l’industrie dans ces pays sont faibles par rapport aux concurrents et ne répondent pas aux besoins de leurs économies.
Le cloisonnement des mondes industriel et académique et dans une large mesure, des entreprises, peu pressées d'innover en intégrant les capacités locales de la recherche scientifique contribue aussi au choix d’une politique industrielle basée sur le transfert technique et non sur l’innovation.
La structure du tissu industriel des PED constitue une autre limite à la R&D, car elle est caractérisé par la prédominance des petites et moyennes entreprises, par une production à base de main d’œuvre sans qualification, donc peu coûteuse ainsi que par le manque de savoir faire et l’absence d’intérêt pour l’absorption d’expertises et un éloignement sans cesse croissant des activités de recherche qui seules peuvent garantir l’amélioration et la croissance de la production des biens et des services.
Les pays qui adoptent une telle politique ne peuvent pas dominer la compétitivité de plus en plus grande engendrée par l’interdépendance de plus en plus forte entre les économies et l’accroissement des échanges entre les nations. Seuls peuvent la dominer ceux qui possèdent la haute technologie et les ressources humaines qualifiés. Ainsi, les PED sont appelés à moderniser leurs politiques industrielles de manière qu’elles puissent jouer un rôle plus efficace dans l’effort local de la R&D. Cette finalité, exige aussi l’ancrage du rôle de la politique fiscale qui constitue une autre limite à la relance d’une activité de R&D apte d’avoir des retombées technologiques bénéfiques sur le développement durable de ces pays.
La politique fiscale joue un rôle très important dans le développement économique et technologique vu ses implications sur l’innovation technologique et la R & D au sein des entreprises. Pourtant dans les PED, le rôle de cette politique dans le financement de ce domaine reste peu significatif.
On reproche aux systèmes fiscaux de ces pays la faible stabilité de leurs arsenaux incitatifs qui peuvent garantir une meilleure visibilité pour l’investisseur, sans oublier le fait de renforcer leur caractère de levier de la croissance économique. Dans ce sens, on constate dans certains pays en développement l’absence d’une documentation appropriée, claire et simple, dans différentes langues, disponible auprès des sous directions régionales des impôts ne facilite pas la communication en direction des investisseurs. De plus, il y a le problème de la déconnexion entre la politique fiscale et les autres politiques économiques (monétaire, budgétaire, financière, sectorielle et sociale).
Les problèmes de financement pèsent lourdement sur le développement économique et social des PED et sur l’amélioration de leur compétitivité. Cette situation s’explique par l’absence de partenariat financier entre le secteur public et privé alors que la recherche scientifique et l’innovation technologique sont devenues, de manière indissociable, l’affaire de l’entreprise, des universités et des pouvoirs publics et de la conjugaison de leurs efforts. Dans les PED, les problèmes relatifs au financement de la R & D se posent d’une manière plus prononcée qu’auparavant. Cela est dû en premier lieu, à l’émergence du rôle de la science et de la technologie dans le développement durable des nations et l’importance de l’investissement immatériel qui se heurte à la l’insuffisance des moyens financiers alloués à ce domaine. En second, lieu, la faible participation du secteur privé au financement des activités jugées de haut risque et l’absence d’un programme d’aide publique à la R&D privée.
On constate que dans les pays développés, la R&D bénéficie largement de l’aide publique. Par contre, dans les PED, ce domaine est freiné, non seulement, par les dépenses limitées allouées à la R&D (actuellement, les dépenses publiques de la R&D dans les pays arabes, par exemple, ne dépassent pas 0,2% du PNB, la plus grande part couvrant uniquement les salaires) mais aussi par une faible recherche fondamentale et par l’absence quasi-totale de la recherche avancée dans les domaines tels que les technologies de l’information et la biologie moléculaire.
La conférence des Nations Unies sur la science et la technique au service du développement a fait largement écho au rôle stratégique des politiques technologiques dans le processus de développement économique d’une manière générale, et particulièrement pour la consolidation de la compétitivité du secteur productif tout en insistant sur la nécessité pour les PPED de se doter de ces politiques en considérant les objectifs nationaux de développement. A cet égard, les PED doivent comprendre que c’est le moment d’avoir des technologies appropriées, convenables et qui répondent à leurs besoins économiques et sociaux en considérant les problèmes de l’inadaptation des techniques transférées. Cela ne peut être réalisé que par le financement de la R&D. Les dépenses restreintes consacrées à la recherche dans ces pays peuvent remettre en cause les résultats de la recherche, sachant que la grande part des activités de recherche se fait dans des universités sous forme de thèses de doctorat qui ne bénéficient d’aucun financement public. Dans la même optique, les dépenses limitées consacrées à la R & D privée ne permet pas l’obtention de bons résultats en considérant le coût très élevé des activités de R & D et le risque de ne pas avoir les résultats désirés. Tout cela peut engendrer un décalage entre les besoins économiques et les besoins sociaux des pays en développement, ce qui favorise la dépendance de ces dernier vis – à vis de l’extérieur.
En définitive, le développement technologique des pays en développement exige la prise en compte de trois niveaux, trois dimensions : les politiques, les moyens et les méthodes.
Concernant les politiques, les Etats dans toutes leurs composantes, doivent s’engager sur la base de programmes et d’objectifs clairs et bien déterminés. Je veux dire par là (volontarisme politique). Dans les pays en développement, les gouvernements, les parlements, les sociétés civiles et politiques, doivent tous réaliser les politiques technologiques et doivent savoir surtout qu’il s’agit d’une priorité stratégique locale dans une mondialisation de plus en plus exigeante. Ceci à l’instar des grands pays développés.
Relativement aux moyens, comme le développement est une problématique globale, qui nécessite une mobilisation totale de tous les moyens et de toutes les ressources dont disposé une nation, donc pour mettre en œuvre un développement technologique, il est impératif de tout focaliser pour réaliser cet objectif (moyens matériels, financiers, humains et autres).
Enfin pour ce qui concerne les méthodes, une coordination, une concertation, une spécialisation dans la réalisation des objectifs du développement technologique sont fondamentales dans le sens de la rationalisation de la gouvernance technologique. Les méthodes à ce titre, veulent dire aussi, et tout simplement, que chaque acteur et chaque secteur qui concourt au développement technologique est situé dans une logique globale et impérativement collective et concertée.
Fatima ROUMATE
Chercheuse en Droit Economique International et Européen
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/research/les_defis_du_developpement_tec_1/
- Publié le 20 décembre 2007
