Lettre du Cermam

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Les élections en Mauritanie, au risque du local

Les élections pluralistes en République Islamique de Mauritanie sont un phénomène récent. Le colonel Maaouya Sid Ahmed Ould Taya a en effet initié le processus démocratique en 1991 sous la pression internationale, en particulier celle de l’ancienne métropole. Ce processus était d’abord conçu pour “ recycler ” un pouvoir déconsidéré par le soutien hasardeux à l’Irak durant la crise du Golfe, et surtout par les événements de 1989, crise mauritano-sénégalaise qui a conduit le pouvoir mauritanien à des violences contre les ressortissants Sénégalais mais qui s’est étendue à toute la communauté négro-mauritanienne.

Nous tenterons de comprendre le choc entre une société et des modes d’organisations politiques exogènes ; une société où le rôle du chef est éminent et où le vote n’est pas individuel mais communautaire. Société multi-ethnique, la Mauritanie est aussi une société segmentaire qui a été regroupée très tardivement par le colonisateur français. Face à des populations en majorité nomades, qui n’avaient jamais été rassemblées auparavant par un même pouvoir politique, l’Etat indépendant aura, comme premier objectif, d’unifier son territoire par un hyper centralisme. En d’autres termes, le pouvoir tentera de donner une dimension nationale à cet espace pétri d’enjeux locaux.
Une anecdote est très révélatrice de ce localisme et du désintérêt du national : Au début des années 80, Mohamed Khouna Ould Haïdallah, en voyage dans un village reculé du Trarza, repartit très fâché parce que la foule l’avait pris pour Mokhtar Ould Daddah, un président déposé par un putsch deux ans plus tôt ! Les élections pluralistes sont concomitantes avec un effort de décentralisation. Cependant, l’Etat craint de perdre son pouvoir.
Les processus électoraux sont révélateurs du factionnalisme de cette société segmentaire, c’est-à-dire de la recomposition perpétuelle des solidarités. Ce phénomène peut s’observer au sein même du l’ancien Parti-Etat (le PRDS) qui peine à imposer ses choix dans ses fédérations, toujours tiraillées entre plusieurs tendances, entre plusieurs réseaux de clientèle.

-- Alain Antil
Chercheur associé à l’Ifri, spécialiste de l’Afrique sahélienne et de l’Afrique de l’Ouest. Il est actuellement chargé de cours à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/research/les_elections_en_mauritanie_au/
  • Publié le 1 août 2006