Lettre du Cermam

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Les « talibans modérés » en Afghanistan ou la nouvelle stratégie de Barack Obama

Les talibans sont en constante évolution, et il n'existe pas de dialogue public et ouvert entre la communauté internationale et les talibans modérés. Cependant, certaines figures de talibans commencent à émerger. Des figures parmi lesquelles les plus connues sont le mollah Qasim Halimi, chef du protocole du mollah Omar, le mollah Wakil Mutawakkil, un ancien ministre des Affaires étrangères des talibans et le mollah Rahmatullah Hashemi, qui enseigne aujourd’hui à l'Université Yale, aux Etats-Unis, dans le Connecticut. Mais être un « taliban modéré » ne se résume pas à manifester une plus grande disponibilité pour entamer un dialogue avec Washington et les membres de l’OTAN, mais plutôt un dialogue avec toutes les composantes de la société afghane. En dépit de l'ambiguïté du régime taliban et les exigences de ses dirigeants, des sources proches de l’Arabie séoudite ont affirmé que Riyad a accueilli des négociations entre certains dirigeants talibans et le gouvernement afghan . Mais de part et d’autre, on a refusé d'identifier ceux qui sont les partisans de la ligne radicale et les modérés au sein des talibans. Ces derniers ne tiennent pas à ce que les tractations soient publiques, car ils sont officiellement opposés au gouvernement du président afghan Hamid Karzaï. La rencontre de la Mecque constitue une évolution favorable dans le processus de pacification de l’Afghanistan. De source saoudienne, le cousin du mollah Omar et son bras droit, le mollah Mouhammad Agha Tayeb, a pris part à ces négociations à la fin du Ramadan de 2008, sous le patronage du Roi Abdallah ben Abdelaziz. Le mollah Qayum, le frère du président Hamid Karzaï, aurait également participé à cette réunion. Le gouvernement afghan soutient le principe des négociations même si il montre son agacement du fait du déroulement des pourparlers hors de Kaboul, ce qui prive Hamid Karzaï d’un bon argument électoral pour les dernières élections présidentielles d’août 2009.

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Les déclarations du président Barack Obama ont donné une impulsion au principe de négociations. Malgré l’absence des principaux chefs talibans, l’exercice est encourageant. Il doit s’accompagner de garanties fondées sur des intérêts communs. L’expérience irakienne en matière de collaboration positive des membres du Conseil de l’éveil, (Majalis el-Sahwa) en témoigne. Il semble que les choses évoluent difficilement vers ce scénario. Mais la convergence d’intérêts pourrait permettre d’aller dans cette direction. La perspective d’un retrait de l'Afghanistan signifierait une réémergence des talibans, inévitable. Il n’est pas exclu que Washington exige du président afghan élu d’élargir son gouvernement à des sensibilités proches des talibans et de courtiser les éléments modérés, afin de leur permettre la création d’un parti politique et de participer aux élections. La priorité américaine demeure, en vertu de cette offre politique, la fin de la guérilla et la domestication de l’opposition armée. Face aux limites de la coalition et du gouvernement Karzaï, les performances militaires des talibans liés à Al-Qaïda ont le mérite, au moins, de réhabiliter d’autres talibans prêts à troquer les armes contre un combat politique. Le président afghan élu est conscient qu’une solution politique en Afghanistan est désormais une revendication populaire. Il sait également que la patience américaine a des limites. C’est pourquoi il doit être prêt à aller plus loin dans la réconciliation. Car la solution ne peut être que politique.


Texte complet publié dans Les Cahiers de l'Orient, n. 96, octobre 2009

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  • http://www.cermam.org/fr/logs/research/les_talibans_moderes_en_afghan/
  • Publié le 27 octobre 2009