Lettre du Cermam

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Palestiniens réfugiés en Syrie : la valeur du camp II

À l’origine, lors des évènements de 1948, les camps ne possèdent pas de spécificité politique foncière. Il s’agit de regroupements de réfugiés, dont la taille varie de quelques dizaines à plusieurs milliers de personnes . C’est à la suite de pourparlers et de longues négociations que le camp de réfugiés palestiniens devient une solution de compromis entre l’urgence humanitaire et l’inertie politique du moment. Il s’agit d’installer provisoirement les réfugiés dans les pays d’accueil, en attendant qu’une solution soit trouvée à la question du retour, et de les placer sous la responsabilité d’un organisme, l’UNRWA, créé à cette intention. Au moment où ce dernier entre en fonctions, il dispose d’un programme bien défini, qui comporte trois volets: humanitaire, car il s’agit d’offrir un abri aux réfugiés ; politique, car il faut s’adapter aux conditions des pays d’accueil ; économique, car il s’agit de faire évoluer les camps dans une perspective de développement régional. L’UNRWA reste ferme sur le caractère provisoire du camp et des résidences allouées aux réfugiés ainsi que sur la stricte réglementation régissant la construction, les terrains et leur usage exclusivement résidentiel.

La qualité transitoire des camps est extrêmement importante pour une société dont les membres revendiquent leur droit au retour. Le camp est un abri temporaire, un espace d’adaptation et, par-dessus tout, un lieu de survie. À mesure que le temps passe, le camp vit de nombreuses transformations sociologiques : croissance démographique (de nombreux changements sont dus au fait que les réfugiés tentent de retrouver leur famille ou les habitants de leur village d’origine), augmentation des aptitudes et des qualités de la population, évolution économique .

Le camp devient aussi le lieu de base de la préservation de la culture nationale, de la défense de l’identité palestinienne. Cela ne signifie pas pour autant que les réfugiés vivant en dehors de son enceinte ne soient pas engagés dans cette défense car rien ne les empêche de vivre une transmission de la culture au sein de la famille. Les camps se sont construits autour du sentiment qu’ont les réfugiés de vivre une expérience, une destinée et des intérêts communs. Et il n’est pas exagéré d’affirmer qu’ils ont constitué le cadre de renforcement du nationalisme palestinien .

Le camp n’est donc plus un simple abri. Il prend une importance considérable, il reste un lieu privilégié pour les Palestiniens, un lieu isolé qu’Hana Jaber nomme « la Palestine par défaut ». Il est un endroit aimé et détesté à la fois. Aimé, car il préserve l’identité palestinienne et son indépendance. Il porte en lui l’odeur de la Palestine à travers des détails de la vie quotidienne. Mais il est en même temps le rappel constant de la Nakba et de la situation des réfugiés. Vivre dans un camp implique donc premièrement une conscience sans cesse renouvelée de l’identité palestinienne, puis un contact permanent avec des gens qui partagent le même vécu et les mêmes sentiments. Finalement, c’est une impression durable de différence vis-à-vis de la population du pays hôte, et donc une intégration qui reste volontairement incomplète. Il importe de comprendre les multiples implications de ce que sont devenus les camps si l’on s’intéresse à ceux qui y vivent.

-- Myriam Suard
Candidate au Master en Développement à SOAS, Londres

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/research/palestiniens_refugies_en_syrie/
  • Publié le 13 mars 2007