Point de vue
« Des frustrations qu'il va falloir prendre en compte »
Hasni Abidi, directeur du CERMAM répond aux questions du quotidien Les Echos
Réalisé par Pascal Pogam
: Dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne, des mouvements de contestation se sont également amorcés en Arabie saoudite. Le royaume a-t-il des raisons de s'inquiéter ?
Le retour précipité du roi Abdallah, qui a passé trois mois à l'étranger pour raisons de santé, est en tout cas le signe révélateur d'une grande fébrilité. Il faut dire que, entre son départ pour les Etats-Unis et son retour au pays, le 23 février, le décor a considérablement changé ! Les repères sont totalement brouillés. Le fait qu'Abdallah ait demandé au président américain de soutenir le plus longtemps possible Hosni Moubarak illustre bien la crainte suscitée par les révoltes dans ces pays voisins - et amis. Dans le cas saoudien, cette sensation de flottement se double d'une inquiétude majeure : le régime lui-même est dans une situation délicate. Le roi est âgé et malade. Le prince héritier, Sultan, n'apparaît pas en mesure de lui succéder... Tout cela contribue à alimenter un climat incertain à Riyad.
Les mesures sociales annoncées par le pouvoir sont-elles de nature à calmer le mécontentement populaire ?
C'est une réponse économique à une crise qui n'est pas que cela. La meilleure preuve du malaise ambiant, c'est cette pétition adressée au roi et signée par plus de 300 personnalités - libéraux, femmes, intellectuels -pour réclamer des réformes sur le plan politique et sociétal. Il y a dans le pays le sentiment que la famille royale bloque toute évolution, empêchant l'émergence d'une véritable classe moyenne. L'expression au grand jour de ces frustrations est un phénomène nouveau, que le pouvoir va devoir prendre en compte.
L'envoi de troupes au Bahreïn n'adresse-t-il pas au contraire un signal de grande fermeté ?
C'est un message fort, incontestablement. Adressé à la fois à ceux qui réclament des changements en Arabie saoudite, aux pays occidentaux qui les encouragent et aux manifestants bahreïniens : le plafond d'indulgence a été atteint et, si les contestations devaient se poursuivre, nous n'hésiterions pas à utiliser la force. Cet épisode révèle assez bien les peurs qui travaillent le régime saoudien : tout appel à la réforme est compris par le système comme une remise en question de la famille royale elle-même, et cela est évidemment inacceptable. L'Arabie saoudite ne peut laisser prospérer à ses portes une révolte qui risquerait de déstabiliser l'ensemble de la région.
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/_des_frustrations_quil_va_fall/
- Publié le 7 avril 2011
