Point de vue
« La politique de terre brûlée ne peut que profiter au Hamas »
Le Hamas pouvait laisser expirer la trêve sans réagir, pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?
Si la trêve offrait une relative sécurité aux Israéliens, en revanche, elle n’apportait rien aux habitants de Gaza. Du fait de la poursuite du blocus, leur vie ne s’était pas améliorée. Même s’il y a eu débat entre modérés et radicaux au sein de l’organisation, au final, le Hamas n’a pas vu l’intérêt de poursuivre cette trêve, d’autant que renouer avec des tirs de roquettes sur Israël pouvait lui faire marquer des points vis-à-vis de la population locale et de l’opinion publique arabe : le Hamas montre ainsi que c’est bien lui qui se bat pour les droits des Palestiniens. De ce point de vue, il a réussi... En outre, cette stratégie lui permet d’obtenir une certaine reconnaissance de la part du Fatah, dont est issu l’actuel président palestinien Mahmoud Abbas. Son mandat expire officiellement en janvier 2009. Le Hamas se positionne donc également pour le prochain scrutin présidentiel, dont la date n’est pas fixée. Bref, cette politique de terre brûlée ne peut que profiter au Hamas.
On parle désormais d’une offensive terrestre de la part d’Israël, qu’en pensez-vous ?
Le Hamas a clairement sous-estimé la réaction d’Israël dans cette affaire, qui s’inscrit dans le contexte électoral israélien. Admiratif du Hezbollah, le Hamas suivrait l’exemple du Sud Liban en 2006, en cherchant à attirer les soldats israéliens à l’intérieur de la bande de Gaza. Ce qui est sûr, c’est que l’armée israélienne ne pourrait pas tenir très longtemps : une occupation serait trop coûteuse d’un point de vue humain, ainsi qu’au niveau international. En fait, Israël ne cherche pas à occuper la bande de Gaza mais à créer une nouvelle géographie politique, celle du fait accompli. En profitant de la vacance de pouvoir à Washington actuellement, l’Etat hébreu peut espérer poursuivre l’idée de deux Etats, dont un palestinien, mais aux conditions d’Israël.….
Peut-on voir un espoir du côté européen ?
Non ! Au-delà d’un rôle humanitaire, l’Union européenne continuera de jouer son rôle de bailleur de fonds, mais elle n’a pas dans ses ambitions de jouer les intermédiaires pour la paix dans la région. Si des pays comme la Turquie ou l’Egypte pourraient tenter quelque chose, je suis pessimiste et j’envisage en fait une escalade de la violence.
Hasni Abidi, directeur du centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen à Genève
Propos recueillis par Lysiane BAUDU, journaliste. La Tribune. Paris
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/_la_politique_de_terre_brulee/
- Publié le 2 janvier 2009
