Lettre du Cermam

Point de vue

Abdullah Gül : successeur d’Atatürk

Pour la première fois dans l’histoire de la Turquie qu’un homme politique issu du mouvement islamiste accède à la présidence da la Turquie. C’est une grande victoire pour le parti AKP en dépit de l’hostilité du courant kémaliste. La première candidature d’Abdullah Gül avait déclenché une crise politique couronnée d’immenses manifestations de défense de la laïcité sous le regard bienveillant de la Grande Muette.

Abdullah Gül, 56 ans, chef de la diplomatie turque, est né à Kayseri, fief conservateur situé en Anatolie centrale. Il a étudié l’économie à Istanbul, puis à Londres, avant de partir à Djedda en Arabie Saoudite où, entre 1983 et 1991, il a travaillé à la Banque de développement islamique. De retour en Turquie, il investit le champ politique et devient un membre important du Refah, (le parti de la prospérité) de Necmettin Erbakan, chef historique de l’islamisme politique turc. Quand Erbakan fut nommé Premier ministre en 1996, Gül a été désigné ministre d’État et porte-parole du gouvernement. Mais l’armée a brutalement mis fin aux délices du pouvoir et Abdullah Gül fut son parti fut radié dudit pouvoir en 1997. La fin de sa formation politique, en 1998, pour « activités anti-laïques » n’a pas découragé ce dernier. Il devient à nouveau membre d’un autre parti : le parti de la vertu (Fazilet), interdit peu de temps après.

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Trois ans plus tard, Abdullah Gül et Recep Tayyip Erdogan, alors maire islamiste du Grand Istanbul, décident de former un nouveau mouvement en tirant les leçons de cet échec et de l’impossibilité de défier ouvertement l’État et l’armée. L’AKP (le Parti de la justice et du développement) se pose ainsi comme conservateur sur le plan des mœurs mais libéral en économie et surtout proeuropéen. Dans le discours, le référent religieux n’est plus dominant.

Après la victoire de l’AKP, lors des élections législatives du 22 juillet 2007, Gül est adulé par une grande partie de la population. Mais l’exercice du pouvoir s’avère difficile pour ce dernier. Les militaires, la bureaucratie et la bourgeoisie laïques redoutent la mise en oeuvre d’un agenda islamiste caché. Une méfiance s’installe entre les deux camps.

Gül a confirmé son attachement à la séparation entre l’État et la religion et affirmé l’impartialité dans la fonction suprême. Des grands de ce monde sont désormais devant le nouveau président. Il tient à rassurer ceux qui voient en lui une menace pour la laïcité, à poursuivre les réformes démocratiques en Turquie, à accélérer le projet d’une nouvelle Constitution, l’adhésion à l’Union européenne et à consolider les relations avec les Américains, notamment à propos de la question de l’intervention militaire turque au nord de l’Irak. Force est de constater que La Turque de Gül est attendue dans des questions inhérentes à sa candidature européenne à savoir, le respect des droits de l'homme, la reconnaissance du génocide des Arméniens et son litige avec Chypre sans oublier la question qui fâche, les droits des kurdes.
Le mérite de Gül est sans doute de réussir sa propre mutation et celle de son parti sans renoncer au programme qui a fait la gloire de son parti. Mais l’Europe saura-t-elle vaincre son hésitation et donner des gages à la candidature turque, ce qui permettrait peut-être de renvoyer définitivement les militaires dans leurs casernes ?

Hasni Abidi , Directeur du Cermam
Ahmed Al-Shikaki , Chercheur au Cermam

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  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/abdullah_guel_successeur_datat_1/
  • Publié le 30 août 2007