Lettre du Cermam

Point de vue

Algérie, la paix à quel prix ?

Référendum sur la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale »

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Le référendum sur la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale », projet du président Abdelaziz Bouteflika, s'est soldé par un taux de participation à la soviétique de 80%, et le oui l'a emporté massivement à plus de 97%, selon les chiffres officiels. Si les principaux partis membres de l'Alliance présidentielle, tels que le Front de Libération Nationale (FLN) et le Rassemblement National Démocratique (RND), saluent cet « événement historique », l'opposition, quant à elle, conteste vivement ce résultat qualifié de « bouffonnerie » et de « mascarade électorale ». Pour le président Bouteflika, la charte constitue une suite logique au référendum sur la « concorde civile » de 1999, qui entraîna la reddition et l'impunité de milliers d'islamistes armés. La Charte prévoit la cessation des poursuites contre les membres des groupes armés qui ne sont pas directement impliqués dans les massacres collectifs et les attentats dans des lieux publics. Elle fait porter la responsabilité des événements au Front Islamique du Salut (FIS), dont elle réitère l'interdiction de toute activité politique. Enfin, le texte prévoit une indemnisation aux « victimes du terrorisme » et aux familles de disparus.

La campagne électorale a été caractérisée par l'absence de débat libre sur le sujet. En effet, les voix des partis d'opposition, des organisations de défense des droits de l'Homme et des familles des victimes du terrorisme, qui rejetaient l'initiative présidentielle, ont été étouffées. Les associations de familles de disparus refusent l'approche officielle de « réconciliation nationale » et réclament « vérité et justice », avant un éventuel pardon. Les organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent, pour leur part, un texte qui, sous couvert de pardon, disculpe les forces de sécurité impliquées dans la disparition, essentiellement entre 1992 et 1998, de milliers de personnes soupçonnées de soutenir les groupes islamistes armés. De nombreux et interminables débats ont eu lieu ces dernières années pour tenter d'élucider les causes et responsabilités dans le conflit algérien. Certains des homicides, enlèvements, viols ou actes de torture perpétrés lors de la guerre civile algérienne furent attribués à des groupes armés, d'autres aux forces de sécurité et aux milices de l'Etat, mais, dans la grande majorité des cas, aucune enquête indépendante n'a eu lieu et les autorités algériennes refusent, aujourd'hui encore, d'enquêter sur ces infractions et de traduire les responsables en justice ; elles veulent visiblement clore définitivement le débat.

Pour Abdelaziz Bouteflika, l'enjeu ne résidait pas tant dans l'issue du référendum que dans le taux de participation. Bouteflika cherche plus particulièrement à cautionner sa politique aux yeux des Algériens et de la communauté internationale et, pourquoi pas, à briguer un troisième mandat présidentiel en 2009, à l'âge de 71 ans. Reste à savoir si la paix et la réconciliation nationale sont possibles sans une solution politique qui inclurait les islamistes, et sans un engagement de l'Etat algérien d'enquêter sur les violences des années 90.

-- Yasmine Chikhi
Département de Sciences politique de l'Université de Genève.
Assistante de recherche stagiaire au CERMAM

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/algerie_la_paix_a_quel_prix/
  • Publié le 1 octobre 2005