Lettre du Cermam

Point de vue

Bagdad sans les Américains, du jamais vu depuis Saddam !

Les forces d’occupation se redéploient hors des villes irakiennes. C’est le plus grand défi depuis 2003, explique le chercheur Hasni Abidi.
Moment d’émotion hier matin à Bagdad. Le drapeau irakien est solennellement hissé sur l’ancien Ministère de la défense de Saddam Hussein, occupé depuis 2003 par les Américains. A Bagdad, leurs 86 positions sont désormais aux mains de l’armée du nouvel Irak. Partout dans le pays, les 131 000 GI se redéploient hors des villes. En attendant de s’en aller à la fin 2011. Les militaires irakiens sont-ils à la hauteur? Le défi est énorme, selon Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam).


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Les Irakiens sont-ils heureux de ce retrait américain?
Certains s’en réjouissent, minimisant la recrudescence d’attentats. Mais beaucoup sont inquiets, ils se demandent si l’armée irakienne sera à la hauteur. Les opérations de maintien de la paix ont toujours été menées par les Américains. Par ailleurs, bien des sunnites considèrent que les militaires irakiens sont davantage au service du pouvoir chiite que de leur pays. Ils les croient infiltrés par les combattants de l’Armée du Mahdi (milice du chef radical Moqtada Sadr) et ceux des Brigades Badr du Conseil supérieur islamique d’Irak. Des proches de l’Iran.

Cette suspicion est aggravée par le cas des Sahwa, ces fameux «Comités de l’Eveil» formés d’anciens insurgés sunnites qui se sont alliés avec les Américains pour combattre avec succès Al-Qaida. Haïs par les rebelles irakiens et les djihadistes internationaux, ils ne bénéficient pas pour autant de la confiance du pouvoir. Il n’est pas certain qu’ils puissent intégrer les forces régulières. Voilà un facteur déstabilisateur! Ce retrait américain est clairement le plus grand défi depuis l’invasion.

Quelles sont les forces armées en présence?
L’armée irakienne dispose de 270 000 hommes, la police et la garde nationale en comptent 500 000. Les Sahwa seraient 40 000. Les peshmergas du gouvernement kurde autonome, c’est difficile à dire. Mais en ajoutant les milices chiites, les diverses sociétés de sécurité et les innombrables gardes du corps, il y aurait en Irak un million d’hommes armés. Sans oublier les insurgés.

Pourquoi les insurgés multiplient-ils les attentats alors que les Américains se retirent?
Les insurgés disent que les Américains ne font que se déplacer hors des villes. Et que les élites politiques sont à la botte de Washington. Tous les soirs à la télévision, le gouvernement dit avoir vaincu le terrorisme. Les rebelles prouvent le contraire. Mais c’est vrai, ils ne font que saboter, ils n’ont pas de projet. A croire qu’ils servent les intérêts des opposants politiques irakiens qui veulent démolir le bilan du premier ministre avant les élections de décembre. Ou les intérêts de Téhéran, qui préfère voir les Américains embourbés.

ANDRÉS ALLEMAND, La Tribune de Genève

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/bagdad_sans_les_americains_du/
  • Publié le 30 juin 2009