Lettre du Cermam

Point de vue

Carnage en Irak

Attentats
Une quadruple attaque contre la communauté yezidi a fait plus de 200 morts et 375 blessés au nord du pays. Quant au gouvernement, il traverse une profonde crise.

Le nord-ouest de l’Irak a été le théâtre d’un véritable carnage. Un quadruple attentat au camion piégé a fait plus de 200 morts et 375 blessés à Al-Khataniyah et à Al-Adnaniyah, des villages essentielles peuplés de Yezidis, une minorité religieuse kurde préislamique qui compte quelque 500'000 fidèles, Il s’agit de l’une des attaques les plus meurtrières depuis le déclenchement de la guerre en 2003. Sur le plan politique, le gouvernement « d’union nationale » du premier ministre Nouri al Maliki est en pleine crise. Le point de la situation avec Ahmed Al-Shikaki, chercheur irakien au Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) de Genève.

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Cette région de l’Irak semblait relativement épargnée par les attaques. La guerre s’étend-elle à des zones jusqu’ici moins exposées ?

Des attentats sont actuellement perpétrés sur tout le territoire irakien, en effet. La forte présence de l’armée américaine dans certaines zones de Bagdad pousse les insurgés à commettre des attaques dans des régions moins contrôlées. Ce qui n’empêche pas des attentats presque quotidiens dans la capitale : les insurgés changent régulièrement de tactique.
Mais ces dernières attaques ont clairement visé les Yézidis. Il y a quelques mois, des membres de cette communauté ont tué une jeune fille que voulait se convertir à l’islam pour épouser un musulman. Ce qui a entraîné de nombreux appels à la vengeance, lancés par des groupes jihadistes.

Quelle est la situation des minorités en Irak ?

Tout dépend des zones. Au Kurdistan, par exemple, la situation est encore relativement tranquille. Les Chrétiens y vivent sans trop de problèmes. A Basora, par contre, le contexte est plus délicat. De nombreux Chrétiens et Turkmènes ont déjà dû quitter le pays à la suite des menaces et des attaques dont ils ont été victimes.

Où en est le processus de réconciliation à l’heure où les ministres sunnites ont quitté le gouvernement ?

Il est complètement bloqué. Dans les faits, malgré les pressions, le gouvernement n’a jamais avancé sérieusement sur ce dossier. Et chacun se renvoie la balle. Pour le premier ministre, la réconciliation ne peut se faire qu’avec la participation de tous. Mais les sunnites l’accusent de ne pas les prendre en compte et d’être sectaire. Nouri al Maliki tente désormais de sauver sa coalition avant la publication, à Washington dans un mois, du rapport du commandant des forces américaines en Irak, David Petraeus. Mais jusqu’ici sans succès.
Quant au parlement, actuellement en vacances, il est aussi bloqué. La paralysie affecte notamment la loi sur le pétrole, qui doit définir le partage des revenus.

La reconstruction du pays avance-t-elle ?

L’argent est là, mais rien ne bouge. Avec les problèmes liés à la sécurité comme excuse. Ainsi, les ministres n’utilisent même pas 25% de leurs budgets. Quant aux infrastructures et aux services, ils sont dans un état déplorables.
Les transports ne fonctionnent pas et les habitants de Bagdad sont privés d’électricité et d’eau courante presque toute la journée. Les prix sont, eux, très élevés, à commencer par ceux de l’essence et du gaz.

GUSTAVO KUHN
Tribune de Genève
16 Août 2007

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  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/carnage_en_irak/
  • Publié le 17 août 2007