Point de vue
Conférence Durban II à Genève : quels enjeux ?

Du 20 au 24 avril 2009, Genève a accueilli la « Conférence d’examen de Durban », appelée aussi Durban II. Ce sommet avait pour but d’évaluer si les objectifs fixés en 2001 lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, tenue à Durban (Afrique du Sud), ont été atteints, et d’examiner les progrès réalisés depuis. Cette première Conférence, organisée symboliquement dans un pays qui venait de rompre avec le régime de l’Apartheid, avait débouché sur la Déclaration et le Programme d’action de Durban (DDPA) visant à lutter contre toutes formes de racisme encore présentes au XXIe siècle. Bien que non contraignante juridiquement, cette Déclaration revêtait une grande portée morale, et c’est pourquoi il importait qu’elle fût signée par de nombreux pays. Cependant Durban I avait été marquée par la polémique : des propos virulents avaient été tenus contre Israël dans le cadre du forum des ONG organisé en marge du sommet. Les participants s’étaient alors divisés sur la question de savoir s’il fallait ou non mentionner dans le rapport final le sionisme comme une forme de racisme. Les Etats-Unis et Israël étaient d’ailleurs partis en claquant la porte, faisant dire à beaucoup que ce sommet, achevé dans la confusion, était un échec. Quelques jours après la fin de Durban I, les Etats-Unis étaient le théâtre des attentats du 11 septembre 2001 qui, entre autres conséquences, ont suscité de nouvelles formes de racisme.

Les absents
La Conférence Durban II a réuni plus d’une centaine d’Etats, 470 ONG et 50 ministres, pour un total de 4800 personnes. Quatre pays européens (Allemagne, Italie, Pays-Bas, Pologne), ainsi que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Israël (qui, convaincu que Durban II ne serait que le prolongement de Durban I, a appelé à son boycott), ont décidé de ne pas y participer.
Certes, le discours annoncé du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, pouvait susciter des craintes, mais ces désistements peuvent surprendre. Le projet de déclaration finale ne contenait aucun passage relatif à la diffamation religieuse que de nombreux Européens auraient considéré comme contraire à la liberté d’expression, ni à la question du conflit israélo-palestinien. Lors des négociations pour la rédaction de ce document, qui est une base de discussion, les demandes des différents pays ont été prises en compte. Le texte a d’ailleurs été réduit de soixante pages à dix-sept, dans le but de contenter le plus grand nombre possible de pays en évitant les sujets polémiques. Mais les membres de l’Union européenne n’ont pas réussi à s’entendre sur une position commune dans cette conférence. La France, la Belgique et le Royaume-Uni y participent, mais à différents niveaux de représentation. Ces pays acceptent le projet final de déclaration, qui respecte les lignes qu’ils s’étaient fixés. La République tchèque, elle, a annoncé son retrait plus tard, à la suite du discours d’Ahmadinejad.
Comme la France et le Royaume-Uni, la Suisse a finalement choisi d’être représentée à Durban II par un diplomate et non par sa ministre des Affaires étrangères. Après une longue hésitation, Micheline Calmy-Rey a préféré ne pas se déplacer à Genève, cédant sa place à l’ambassadeur Dante Martinelli. Dans une interview à TV5, elle déclarait encore son incertitude, la veille de l’ouverture du sommet : « J'hésite parce que je ne voudrais pas participer à un dérapage sur un sujet aussi sérieux que le racisme et l'antisémitisme » .
Quant aux Etats-Unis, ils avaient d’abord annoncé leur présence à Genève. Cependant Barack Obama ne souhaitait certainement pas risquer de perdre la sympathie de l’électorat pro-israélien. Obama a justifié son refus par le risque de voir cette conférence se transformer, à l’instar de Durban I, en un procès d’Israël et de l’Occident, avec une déclaration finale truffée de passages inacceptables.
La polémique créée par Ahmadinejad
En ouverture de la Conférence contre le racisme, le président iranien a créé une polémique par son discours émaillé de propos haineux contre Israël. Débuté sur un ton plutôt léger, faisant référence aux différentes religions, le discours s’est rapidement transformé en une critique virulente contre les pays occidentaux, puis, comme beaucoup le redoutaient, contre Israël. Il a défini ce pays comme étant le plus cruel et le plus raciste. De nombreuses personnes, notamment les représentants des pays de l’Union européenne, ont d’ailleurs rapidement quitté la salle après qu’Ahmadinejad ait dit qu’Israël avait été créé sous prétexte des épreuves vécues par les juifs lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il a déclaré que les Alliés avaient « eu recours à l'agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive. Ils ont envoyé des migrants d'Europe, des Etats-Unis et du monde de l'Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée » . Il a ensuite affirmé que le Conseil de Sécurité de l’ONU avait apporté son aide pour stabiliser ce « régime d’occupation » pendant ces soixante dernières années, lui donnant ainsi le droit de « continuer ses crimes ». Bien que prévisible, ce dérapage du président iranien a créé un profond malaise. La Conférence a donc très mal commencé.
Les réactions ne se sont pas fait attendre dans la presse internationale. La plupart des quotidiens israéliens ont condamné l’attitude et les propos du président iranien, en reproduisant de larges extraits du discours dans leurs colonnes. Ils ont également critiqué les pays (parmi lesquels la Suisse) dont les représentants n’ont pas quitté la salle lors de ce discours polémique. Ils regrettent également que cette conférence ait eu lieu à la même période que la commémoration de l’Holocauste. Le président Peres s’est dit blessé par l’invitation à la tribune du président iranien le jour même de cette commémoration. Quant à Elie Wiesel il a défini cette invitation comme «une honte pour les Nations unies, pour la diplomatie mondiale et pour l’humanité tout entière ». Il s’est également déclaré scandalisé par la reprise des mêmes accusations que lors de la première Conférence de Durban. « C’est [Ahmadinejad] qui a donné le ton avec son discours d’ouverture. C’était une erreur de la part des Nations unies » de l’inviter à la Conférence . Pour sa part, Benjamin Netanyahou a déclaré : «Au moment où nous nous apprêtons à commémorer les victimes de la Shoah, une conférence qui prétend lutter contre le racisme accueille un raciste et un négationniste de la Shoah qui ne cache pas son intention de rayer Israël de la carte ». Puis il a publiquement félicité « les pays qui ont décidé de boycotter ce festival de haine » .
La rencontre au nom de la neutralité entre le président suisse Hans-Rudolf Merz et le président iranien a elle aussi été vivement critiquée par la presse israélienne. En protestation à cette rencontre, ainsi qu’à l’invitation de Mahmoud Ahmadinejad, Israël avait d’ailleurs déjà décidé de rappeler son ambassadeur en Suisse.
Le Temps, « Enjeux et petits jeux », lundi 20 avril 2009
Le Temps, « De Durban I à Durban II », mercredi 18 mars 2009
Le Temps, « A Genève, l’Iran prend en otage la Conférence sur le racisme », mardi 21 avril 2009
Haaretz, « EU national walk out as Iran adresses Durban II », mardi 21 avril 2009
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/conference_durban_ii_a_geneve/
- Publié le 29 avril 2009
