Lettre du Cermam

Point de vue

Conseil des droits de l’homme de l’ONU

Peut mieux faire!

Le débat sur le futur Conseil des droits de l’homme (CDH) et sur les réserves américaines quant à son efficacité n’est pas sans fondement. Faut-il se réjouir de sa création, saluée presque unanimement, ou s’opposer à cette nouvelle structure onusienne? Il n’est pas bon d’être trop euphorique quand il s’agit d’un dossier aussi délicat que celui des droits humains. C’est le soulagement qui semblait dominer lors de l’enterrement de l’ancienne Commission des droits de l’homme l’été dernier à Genève. À entendre les oraisons funèbres qui lui étaient réservées, on pouvait croire que sa fin était synonyme d’une nouvelle ère pour le respect des droits humains. Et pourtant ceux-là même qui sont aujourd’hui les promoteurs du nouveau CDH ne tarissaient pas d’éloges à l’égard de la défunte, qualifiée entre autres de « conscience morale de l’humanité ». Aujourd’hui, on en sait un peu plus sur cette conscience bafouée et sur la déliquescence de « l’humanité ». La commission dissoute a rempli pendant des années son rôle de chambre d’enregistrement des doléances, ô combien justifiées, des victimes, et des réponses hypocrites des États responsables, et cela surtout sous le regard complice d’une ONU désarmée. Combien de résolutions, faisant suite à des mois d’investigations et de témoignages ont été balayées d’un revers de main ! Combien de témoins directs de tortures et de massacres ont été interdits de comparaître devant la Commission ! Combien de marchandages entre ennemis des droits de l’homme et plusieurs pays européens membres pour épargner aux bourreaux une hypothétique condamnation ! La situation des droits humains dans le monde arabe, en Afrique et en Asie a grandement souffert d’une dualité dans le discours de certains pays, qui affichent aujourd’hui leur enthousiasme pour le nouveau CDH. Observer et dénoncer les atteintes aux droits de l’homme implique un sens élevé des responsabilités. Un État qui donne la priorité à son souci de prospérité économique et de bons rapports avec des clients et partenaires commerciaux peut de moins en moins s’ériger en maître de classe en matière de droits humains. Ce n’est pas l’Arabie Saoudite, qui dispose de la première réserve pétrolière au monde, ni le Pakistan, puissance nucléaire et allié opportuniste de Washington dans sa « lutte contre le terrorisme », qui risquent d’être inquiétés par quelque condamnation que ce soit. Quant à la procédure d’évaluation périodique qui est prévue, je me demande qui évalue qui et sur quelles bases ? Si, aujourd’hui, un journaliste doit patienter trois ans pour pouvoir se rendre à Riyad, qu’en sera-t-il pour un rapporteur du futur conseil ? Le drame dans le noble combat pour les droits humains, c’est quand le combat devient un fonds de commerce et les droits fondamentaux un mirage. Les personnes opprimées qui ont des attentes considérables à l’égard du CDH méritent une réponse sincère, méritent que celui-ci leur dise : « Ne comptez pas trop sur nous et cherchez ailleurs des outils plus efficaces pour que l’on ne torture plus ». J’espère que ce conseil des droits humains encore virtuel n’adoptera pas des sanctions virtuelles contre des exactions qui, hélas, ne sont pas virtuelles. Certains de ses membres élus semblent être inspirés par l’idée de « tout changer pour que rien ne change ».

-- Hasni Abidi
Directeur du CERMAM

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/conseil_des_droits_de_lhomme_d/
  • Publié le 18 mai 2006