Lettre du Cermam

Point de vue

Elections législatives en Algérie

Presque sans surprise, le Front de Libération Nationale (FLN), parti officiel du chef d’Etat Abdelaziz Bouteflika remporte le plus de sièges, mais perd la majorité absolue au sein de l’Assemblée populaire algérienne. Le Rassemblement National Démocratique de Ahmed Ouyahia prend une bonne part des sièges perdus par le FLN. Le MSP, parti islamiste modéré, collecte 51 sièges, soit 13 de plus que précédemment. Ces trois partis s’étaient regroupés dans l’Alliance présidentielle, qui a remporté la majorité des 389 sièges que compte la chambre basse du Parlement algérien.

Le 17 mai ont eu lieu les élections législatives algériennes qui ont établi un record : celui du le taux de participation le plus bas jamais enregistré (il est officiellement de 35,5%). Ce taux d’abstention est le plus élevé qu’ait connu le pays depuis l’indépendance en 1962. Les Algériens, désireux de changement, semblent avoir perdu la foi en leur système politique. Ce faible taux est aussi vraisemblablement en partie attribuable à l’appel de plusieurs partis, dont le Front des Forces Socialistes (FFS), de boycotter les élections. Les chiffres officieux laissent penser que l’estimation officielle de la participation au vote est deux fois plus élevée que ce qu’elle serait en réalité.

Local de vote en Algérie

Le pouvoir algérien, en revanche, minimise la signification de la faible participation, estimant qu’elle est loin d’être une honte. Il semble faire abstraction du fait que ces chiffres bas sont un signe clair de perte de confiance et de désillusion non seulement envers le système, mais aussi directement envers le président. Celui-ci, afin de garder sa légitimité, sera vraisemblablement invité à opérer des rotations et des changements au sein de ses hauts fonctionnaires.

De nouvelles accusations de fraude sont venues ternir les résultats. En effet, les partis minoritaires, tels que le Front des Forces Socialistes, ne sont pas convaincus de la transparence de l’Alliance présidentielle, qui aurait usé de pressions morales et financières afin de s’assurer de certaines voix. Egalement, le parti islamiste El Islah a été amputé de son chef il y a quelques mois, et sa nouvelle direction ne lui a pas assuré de grands résultats lors des élections législatives.

Certains observateurs affirment que si les chiffres sont manipulés et orientés en faveur du gouvernement en place, c’est parce que les composantes du système restent persuadées que, sans encadrement, la population voterait de manière analogue à ce qu’elle avait fait en 1988. A cette époque avide de changement, les scrutins avaient porté le Front Islamique du Salut au devant de la scène politique algérienne. Les manœuvres du pouvoir algérien montrent ses limites pour faire face à la « menace » islamiste, voyant que l’autoritarisme ne donne pas de bonnes réponses. La discréditation de certains leaders islamistes, comme celle d'Abdallah Djaballah, nuit à la fois aux partis concernés et au pouvoir en place, qui ne dupe pas son peuple.

Le changement tant attendu n’aura pas eu lieu en mai 2007.

-- Marguerite Cornu
Assistante de recherche stagiaire

marg_cermam.jpg

Lien permanent vers cet article (permalink)

  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/elections_legislatives_en_alge_1/
  • Publié le 25 mai 2007