Lettre du Cermam

Point de vue

France-Algérie: Un traité d’amitié simplifié

Le président français vient de conclure son voyage officiel en Algérie. M. Nicolas Sarkozy était de visite à Alger du 3 au 5 décembre 2007. Son voyage a été marqué par la signature de contrats évalués à 4,3 milliards d’euros, mais aussi par la condamnation du colonialisme français que le président a qualifié de « profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : Liberté, Egalité et Fraternité. Ce n’était pas exactement l’excuse officielle que les Algériens espéraient mais, pour le ministre de l’Intérieur, M. Nourreddine Yazid Zerhouni, c’est néanmoins « un pas dans la bonne direction».

Cette visite était la deuxième visite officielle du chef de l’Etat français en Algérie depuis son arrivée à la présidence en mai 2007. Il y était déjà venu le 10 juillet 2007 pour exposer son projet d’Union méditerranéenne, qu’il a officiellement dévoilé lors de son voyage officiel au Maroc fin octobre 2007, puis approfondi lors de la Conférence ministérielle de l’Euromed à Lisbonne le 6 novembre. On pouvait s’attendre à ce que ce voyage en Algérie ait pour but de promouvoir ce projet, d’autant qu’au même moment il était adopté par la Commission des Affaires étrangères françaises. Si telle était l’intention, elle passa inaperçue car l’agenda politique fut entièrement dominé par les questions énergétiques.

L’approvisionnement en énergie a toujours été un casse-tête pour l’Europe qui n’a pas assez de ressources énergétiques pour subvenir aux besoins de l’ensemble de sa population. L’Union européenne n’a pas de politique énergétique concrète, et les pays membres sont obligés de se débrouiller seuls. Tel est le cas de la France qui doit importer 95% de sa consommation gazière, dont 25% lui proviennent du géant russe Gazprom. Mais la demande gazière est en hausse, et la France ne veut pas augmenter sa dépendance énergétique par rapport à la Russie qui emploie Gazprom à des fins politiques, notamment vis-à-vis de l’Ukraine. La meilleure alternative serait d’accroître les importations de gaz en provenance de l’Algérie.

L’Algérie est un producteur important de pétrole et de gaz ; 98% de ses revenus d’exportations proviennent d’hydrocarbures. Le pays dispose de la huitième plus grande réserve de gaz au monde, et il est aujourd’hui le quatrième exportateur de gaz naturel liquide (GNL). Il est aussi le quatorzième plus grand producteur de pétrole. Il exporte déjà 8% de son pétrole ainsi que 12% de son gaz vers la France. Et pour cette dernière, il est moins coûteux d’importer du GNL en provenance d’Algérie qu’en provenance du Qatar ou de la Malaisie, les autres grands producteurs de GNL. Le gaz naturel algérien est aussi une bonne affaire puisque la France est reliée à l’Algérie à travers deux gazoducs, l’un passant par l’Italie et l’autre par l’Espagne dont la connexion avec la France devrait être achevée en 2009. L’autre option à considérer serait le projet de gazoduc acheminant le gaz de la Mer caspienne vers l’Europe de l’Est, mais ce projet est encore loin d’être concrétisé. L’Algérie est donc la meilleure option, et depuis que le gouvernement a modifié sa loi sur les hydrocarbures en mars 2005, l’investissement étranger dans le domaine énergétique s’épanouit.

Pourtant, il y a un problème. La France est certes le plus grand partenaire commercial de l’Algérie, mais il est loin d’en être de même en matière énergétique La France n’a qu’une petite part de ce marché qui est dominé par les Américains, les Espagnols, les Italiens et les Chinois. Parmi les 25 plus grands partenariats étrangers en Algérie, seuls deux sont français. Afin de pénétrer davantage le marché énergétique algérien, la France devait offrir aux Algériens ce qu’ils demandent : l’énergie nucléaire civile pour pouvoir affronter l’ère post-hydrocarbures. Mais l’Algérie était déjà en coopération avec la Chine et la Russie ! Elle a même signé un protocole d’accord avec les Etats-Unis en juin 2007. Le lendemain, la France a commencé à négocier et un accord a finalement été signé le 4 décembre 2007. Il porte sur la recherche fondamentale, la recherche appliquée, la formation, la production d’électricité à partir de centrales électro-nucléaires et le développement de l’énergie nucléaire appliquée à l’agriculture, la biologie et les ressources en eau. La France gagne l’accès aux gisements d’uranium algériens.

Le jour même, la France a fait des affaires pour un montant total de 4,3 milliards d’euros. C’est d’abord Gaz de France qui a signé un contrat équivalant à 2,5 milliards d’euros par an avec son homologue algérien Sonatrach afin de prolonger son approvisionnement en GNL jusqu’à en 2019. Total a ensuite signé un contrat avec Sonatrach pour le lancement d’un complexe pétrochimique à Arzew, dont l’investissement français monte à un milliard d’euro. Arzew est le port qui gère 40% des exportations d’hydrocarbures algériens, dont toutes ses exportations de GNL, et le gouvernement algérien avait l’ambition de l’agrandir par la construction d’un complexe pétrochimique, d’une raffinerie et d’une usine de désalinisation. Ce projet devient réalité grâce à l’aide française. Enfin, le groupe Alstom a signé pour construire une centrale à gaz à cycle combiné qui vaut 800 millions d’euros. D’autres contrats moins importants dans les transports et l’audiovisuel ont aussi été signés.

En fin de compte, le voyage de M. Sarkozy en Algérie a été productif puisque la France a pu s’implanter plus profondément dans le marché énergétique algérien en croissance. Les liens entre les deux pays se sont consolidés, d’autant que c’est la première fois que la France signe un accord de ce genre avec un pays en développement.

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Ines Ward
Assistante de recherche stagiaire au CERMAM

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  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/francealgerie_un_traite_damiti_1/
  • Publié le 20 décembre 2007