Lettre du Cermam

Point de vue

Gaza : Quels Défis?

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Le 19 juin 2008, une trêve était conclue entre l'armée israélienne et le Hamas. Quelques mois plus tard, la mort de sept Palestiniens dans une opération israélienne à Gaza entraînait la reprise des tirs de roquettes vers Israël et mettait ainsi un terme à six mois de calme. En réponse, le 27 décembre, les Israéliens ont bombardé intensivement Gaza et, une semaine plus tard, les chars de Tsahal entraient dans le territoire. Quel est donc l'impact de cette crise sur la région du Moyen-Orient ? Une chose est sûre, l'opinion publique est inquiète de ses conséquences, et c'est pourquoi les manifestations se multiplient à travers le monde pour réclamer un arrêt des combats. Quant à la diplomatie internationale, se retrouve-t-elle une fois de plus impuissante face au conflit israélo-palestinien ?

Pour l'heure, l'offensive israélienne n'a pas mis fin aux tirs palestiniens, raison pour laquelle Israël se dit prêt à mener un « conflit prolongé ». Dan Harel, chef d'état-major adjoint, assure qu'« après l'occupation, il ne restera plus aucun bâtiment du Hamas debout ». Il ajoute : « Nous ne frapperons pas uniquement les terroristes et les lance-roquettes, mais également l'ensemble du gouvernement du Hamas. Nous visons les édifices officiels, les forces de sécurité, et nous ne ferons aucune distinction entre les différentes ramifications du Hamas (…) Nous ne sommes qu'au début de la bataille. Le plus dur est devant nous, car nous voulons changer les règles du jeu ». Le gouvernement israélien refuse de laisser la possibilité d'une relève, comme ce fut le cas en 2006 avec le Hezbollah, au moment de la seconde guerre du Liban. Il s'agit pour Israël de remédier à l'échec qu'il avait alors subi. Nous assistons peut-être à une répétition : l'Etat hébreu était parti en guerre contre le Hezbollah en annonçant d'abord sa volonté d'anéantir son adversaire, puis de lui infliger des dommages sévères, enfin de contenir le danger qu'il représente. L'offensive contre le Hamas commence, pour ce qui est du langage employé, de la même manière.

Israël entame des opérations terrestres qui semblent autrement plus complexe que les attaques aériennes qui ont précédé. Au cours d'une séance spéciale de la Knesset, le ministre de la Défense, Ehud Barak, a d'ailleurs confirmé que l'offensive militaire « n'en est qu'à son début ». Néanmoins, avant d'être expulsés de l'hémicycle, les dix députés arabes israéliens l'ont accusé de « massacrer des Palestiniens dans le cadre de sa campagne électorale ». « Vous dansez sur le sang des Palestiniens innocents et vous me répugnez », a notamment hurlé Ahmed Tibi. Mais à l'exception de ces dix élus, tous les partis d'opposition ont apporté leur soutien au gouvernement et l'ont autorisé à poursuivre l'opération « Plomb durci » [1] . Les motivations politiques de celle-ci ressortent clairement. En effet, avec l'approche des élections, le gouvernement ne veut pas apparaître comme faible et les candidats se sentent obligés, pour convaincre, de montrer qu'ils sont capables de protéger la population.

Le Hamas, de son coté, justifie ses agissements en insistant sur le fait qu'Israël ne respectait aucune des conditions de la trêve. Ainsi, le leader du Hamas réfugié a Damas, Khaled Mechaal, s'est déclaré prêt à accepter un cessez-le-feu si Israël s'engageait à lever le blocus [2] . Or, depuis le déclenchement de l'offensive terrestre, un coup très dur a été porté aux infrastructures du Hamas. La plupart de ses postes de commandement, bases, dépôts d'explosifs ont été détruits, de même que les ateliers de production des roquettes, et les tunnels creusés sous la frontière égyptienne qui permettaient l'approvisionnement en armes. Dans l'immédiat, le Hamas bénéficie néanmoins d'un soutien non négligeable : le Hezbollah. En effet, le chef du mouvement libanais, Hassan Nasrallah, a affirmé qu'il soutenait l'appel lancé par le Hamas aux Palestiniens pour qu'ils engagent une troisième Intifada contre Israël. Si le conflit se prolonge, il est donc possible que le Hezbollah ouvre un autre front au nord [3].

Gaza se retrouve dans une catastrophe humanitaire, car les opérations ont encore dégradé une situation déjà précaire, dans un territoire où s'entassent 1,5 millions d'habitants sur 360 kilomètres carrés. Cette densité de population, l'une des plus fortes au monde, rend toute opération militaire extrêmement risquée et meurtrière, tant pour les soldats que pour les civils [4]. Depuis le 27 décembre dernier, on compte déjà 919 morts, dont plus de 284 enfants, et quelque 4260 blessés, selon un dernier bilan encore provisoire, de source hospitalière. Les agences onusiennes et les organisations humanitaires ont annoncé une crise humanitaire totale dans la bande de Gaza. L'offensive a provoqué de graves pénuries de denrées, de carburant et d'eau courante ainsi que des coupures d'électricité [5].

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Pour l'équilibre régional, le principal risque créé par la situation serait un affaiblissement du front modéré formé par des pays comme l'Egypte et la Jordanie et par le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Le Hamas a l'occasion de faire figure de paladin de la résistance contre Israël et d'exercer son ascendant sur les masses et l'opinion publique arabes. En outre, l'image de l'Iran auprès de celle-ci sort renforcée. Téhéran pourrait être somme toute le vainqueur politique de l'offensive israélienne.

Au niveau international, la diplomatie semble encore piétiner du côté de Washington. Le conflit éclate alors que l'Administration américaine tourne au ralenti, en attendant l'intronisation du président élu. Ainsi, Barack Obama a décidé de rester muet face à l'escalade. Les Etats-Unis n'en restent pas moins les fidèles alliés d'Israël. Comme on pouvait s'y attendre, ils se sont abstenus au Conseil de Sécurité des Nations Unies lors de l'adoption d'une résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat à Gaza.

En revanche, la diplomatie française ne chôme pas. Paris mise sur trois partenaires pour trouver une solution : l'Egypte, la Syrie et la Turquie. Dans un premier temps, Nicolas Sarkozy a convaincu Hosni Moubarak d'ouvrir des négociations sur la sécurisation de la frontière égyptienne avec la bande de Gaza afin obtenir un cessez-le-feu immédiat pour une période limitée, le but étant de permettre l'ouverture de corridors humanitaires et la poursuite des efforts égyptiens en vue d'une trêve permanente. Il préconise aussi une rencontre israélo-palestinienne en Egypte. « Une délégation israélienne rencontrera une délégation égyptienne sans délai pour parler de cette question de sécurité ». Ainsi, le président français a persuadé son homologue égyptien de faire ce premier pas en s'engageant à rendre imperméable la frontière entre l'Egypte et le sud de la bande de Gaza [6] . Dans un deuxième temps, le président français a déclaré : « Je suis convaincu que la Syrie peut apporter une contribution importante dans la recherche d'une solution. Il doit convaincre le Hamas de faire le choix de la raison, de la paix et de la réconciliation [entre Palestiniens] » . Sarkozy compte sur l'aide du président syrien pour faire pression sur Khaled Mechaal à Damas. Bachar el Assad a donné son accord à condition qu'on reparle de l'ouverture des points de passage entre Gaza et Israël : « Nous recherchons maintenant une solution rapide à cette tragédie humaine. Nous sommes convenus avec M. Sarkozy de l'importance d'un cessez-le-feu, du retrait (des forces israéliennes), de la levée du blocus ». Last but not least, la France mise aussi sur la Turquie, un pays musulman qui entretient de bonnes relations avec l'Etat hébreu « Les Turcs peuvent pousser Israël à l'apaisement », souligne Nicolas Sarkozy[7].

Enfin, suite à l'initiative franco-égyptienne et après une journée sanglante au cours de laquelle des civils ont été tués, notamment dans des écoles de l'ONU, Israël a décidé d'interrompre ses bombardements sur Gaza une fois par jour pendant trois heures « pour des raisons humanitaires ». Cette pause a pour but de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire, de permettre à la population de se réapprovisionner et de faciliter le travail des organisations non gouvernementales. Un porte-parole du Hamas a fait savoir que le mouvement ne prévoyait pas de tirer de roquettes sur le territoire israélien pendant cette pause. De fait, les habitants de Gaza se sont rués dans les épiceries et les boulangeries de la ville pour se ravitailler, après 12 jours de réclusion dans leurs logements.

En définitive, ce conflit fait ressortir l'importance de ces acteurs non arabes de la région moyen-orientale que sont l'Iran et la Turquie. En effet, cette crise permet au premier de s'affirmer comme puissance régionale et le second se montre très actif dans les négociations. Pour conclure, je tiens à relever que, même si une percée de la diplomatie semble se dessiner, grâce à l'initiative française, la communauté internationale montre encore une fois son impuissance dans le conflit israélo-palestinien. Pourtant l'urgence est là, il faut absolument arrêter les chars israéliens, imposer un cessez-le-feu et seule une perspective de paix sérieusement soutenue par la communauté internationale pourra le permettre.


Veronica Pinto
Assistante de Recherche

[1] « L'Etat hébreu continue de pilonner Gaza » in Le Temps
[2] « Les raids israéliens sur Gaza montrent leurs limites » in Le Monde
[3] Interview avec Richard Murphy, ex-ambassadeur américain a Damas et a Ryad in La Stampa
[4] « Israël reste sur ses gardes » in Libération
[5] http://www.icrc.org
[6] « Sarkozy pousse Moubarak à faire le premier pas vers Israël » in Le Monde
[7] Idem

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/gaza_quels_defis_1/
  • Publié le 26 janvier 2009