Lettre du Cermam

Point de vue

Le Gouvernement d'Union… Une Cohésion délicate au Liban

Pour la première fois un gouvernement libanais obtient la confiance des 121 membres du parlement sur 128. Un tel score peut révéler le nouvel ordre d'entente entre les différents partis libanais, une entente qui était largement initié par le contexte régional positif à l'issue du sommet syro-saoudien à Damas. Presque 95℅ de confiance parait être une situation tellement différente pour Hariri qui était nommé premier ministre pour la première fois en Juin par 86 des voix des membres du parlement, cet écart des voix égale à ce qu'on nomme aujourd'hui au Liban l'Entente. Lors de son essai à faire pression à l'opposition pour abdiquer ses demandes en formation du gouvernement, Hariri a résigné, avant d'être renommé en septembre pour une deuxième fois par une faible majorité. Ce qui a complètement renversé l'effet de cette pression, surtout à la suite de la réconciliation syro-saoudienne qui lui a urgé à s'entendre avec le General Aoun, chef du Courant Patriotique Libre CPL pour former le gouvernement.

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Le premier gouvernement du jeune Hariri a un record de plus de quatre mois en voie de composition et plus d'un mois pour la formulation de la déclaration ministérielle. Cette dernière a suscité tant de réservations de la part des alliées de Hariri, surtout les chrétiens de 14 Mars, qui ont fortement refusé la légitimité que la déclaration offre aux armes de la résistance. Un texte trop similaire à celui du gouvernement d'union précédente issue à l'accord de Doha, donne le droit au Liban en tant qu'armée, résistance et peuple de récupérer ses territoires occupés et de se défendre contre n'importe quelle agression. Les Chrétiens de 14 Mars, les phalanges, les forces Libanaises, Boutros Harb, Nayla Tuéni et d'autres membres du parlement ont sévèrement critiqué ce texte, mais l'ont approuvé en fin de compte et ont voté pour la confiance.

Le contexte d'entente que jouit le Liban ces jours ci est le fruit de plusieurs gestes de réconciliations opérées entre les différentes fractions libanaises. La forte polarisation politique entre 8 et 14 Mars qui a régné pendent quatre années n'est plus flagrante, ce qui a engendré tant de soupçonnes à propos du sort de 8 et 14 Mars et s'ils restent toujours cohérents et unifiés. En faite, la sérieuse gifle qu'a reçue le mouvement de 14 Mars s'est générée en premier lieu par l'un de ses forts leaders, Walid Joumblatt. Ce dernier a annoncé après les élections législatives de Juin dernier son repositionnement politique en tant qu'indépendant, favorisant de prendre une distance par rapport à 14 Mars sans s'adhérer complètement non plus à 8 Mars. Une décision contestable plus ou mois attendue du Joumblatt a fortement bouleversé l'équation politique de l'après élections en profit de l'opposition, ce qui a encouragé cette dernière à insister à ses demandes aux postes gouvernementaux. Le repositionnement de Joumblatt, est justifié par lui par les erreurs qu'a commises le 14 Mars lors de son parcours pour la souveraineté et l'indépendance. Il a renouvelé son affiliation à la cause Nationaliste Arabe et a reconnu le droit à la résistance et a profondément regretté ses délibérations avec l'administration Bush pendent les années précédentes.

Une réorientation mal reçue par ses alliés qui insistent que le 14 Mars reste cohérent et unifié, mais pratiquement le mouvement commence à se démanteler. Hariri acte conformément à son nouveau post du premier ministre et son discours commence à être plus modéré. Pour accélérer la formation du gouvernement, il a conduit plusieurs rencontres avec Le General Aoun, El Sayed Hassan Nassrallah et Nabih Berri, étant tous les rivaux d'hier. Et à la suite de chacune de ces rencontres, Hariri était obligé de se réunir avec ses alliés pour justifier son ton modéré. Les phalanges de sa part, se voyant de plus en plus marginalisées par ses alliés musulmans, tendent à se réconcilier avec Les Maradas et le Courant Patriotique Libre CPL. Seules les forces Libanaises ratent les vents modérés qui commencent à dominer la scène et restent fidèles au discours le plus hostile à la Syrie et à 8 Mars.

D'autre coté, l'alliance de 8 Mars commence à connaitre quelques faiblesse, sans être comparer à ce que le 14 Mars témoigne. Le General Aoun s'est aligné avec ses collègues chrétiens et a fermement opposé la proposition de Nabih Berri pour la création de la commission pour l'abolition du confessionnalisme. Une proposition initiée d'abord par le Président de la république dans son discours à la fête de l'armée, et mal reçu par les partis chrétiens qu'ils soient du 14 ou du 8 Mars, et Berri l'a présenté de nouveau au parlement à l'ouverture de ses sessions de cette tour parlementaire. Les chrétiens considèrent qu'une telle initiative peut menacer la position des chrétiens au Liban, et préfèrent abolir le confessionnalisme des âmes avant de l'abolir des textes. De Sa part, Aoun a rencontré le patriarche Maronite Sfair après presque trois ans de compétition et d'hostilité. De même qu'il a pris part d'une rencontre dite historique au palais présidentiel avec Walid Joumblatt pour surmonter l'hostilité historique entre Maronites et Druzes causée par des vagues d'immigration forcée lors de la guerre civile. Mais Slimane Franjeyia, autre figure chrétienne du 8 Mars a préféré de se réconcilier avec le chef des phalanges, Amin Jemayel juste après les élections, et d'adopter un discours plus modéré à l'encontre du Hariri sans faiblir ses liens avec le Hezbollah et le CPL et Amal.

Malgré ce timide repositionnement de quelques partis Libanais et l'abandon du discours extrémiste par les différents leaders, les masses de 14 et 8 Mars restent fidèles à la polarisation d'hier. Les élections étudiantes dans les différentes universités s'opèrent toujours conformément aux alliances du 8 et 14 Mars. Les Masses, surtout celles du 14 Mars, semblent donc incapables d'avaler rapidement le changement d'affiliation de ses leaders. Le rapprochement avec la Syrie est le thème le plus contestable, la crédibilité de 14 Mars se trouve donc de plus en plus érodée, puisqu'il doit mettre à part l'accusation politique contre la Syrie et de se rapprocher avec elle, en attendant le rapport du comité international d'investigation concernant les assassinats en Mars prochain. Le décès du frère du Président Syrien a accéléré les pas des hésitants du 14 Mars qui doivent inévitablement relancer leurs relations avec la Syrie, les visites de consolation ont présenté un prétexte logique pour se rendre à Damas. Quant à la visite de Hariri à Damas cette semaine, elle constitue le premier défie qu'il doit surmonter en tant qu'un homme d'Etat. Un an après la relance des relations Syro-libanaises, la Syrie semble plus forte qu'avant, le président de la république libanais s'est rendu à Damas avant et après sa visite aux Etats-Unis, et ses alliés sont parfaitement représentés au parlement et au gouvernement. Et Hariri est obligé de communiquer avec elle, conforment à la tendance présidentielle et au contexte régional. D'autre part le support offert par l'Ouest à ses alliés Libanais se régresse constamment, ce qui leur oblige de retourner à s'occuper de l'agenda national.

Le nouveau gouvernement doit faire face à plusieurs dossiers clés; les reformes socio-économiques sont les plus urgentes après presque quatre ans de gel politique, et les crises économiques quotidiennement vécu par les citoyens. De même que trouver des solutions pour le problème persistant d'électricité et des réserves d'eaux, en relançant les projets du développement balancé aux différentes régions. Sur le plan politique, le dossier de la résistance est confié au dialogue national sous la tutelle du président pour s'entendre sur une stratégie de défense nationale. Mais apparemment la résistance gardera ses armes et son rôle légalisé par la déclaration ministérielle, puisque l'alternative de la stratégie de défense semble trop loin à atteindre. De même façon, la proposition du président pour activer les textes non appliqués du Taïf tels la création de la commission pour l'abolition du confessionnalisme et la fondation d'un sénat restent loin d'atteindre un consensus national. Les différents partis de la classe politique sont plus ou mois satisfait de leur position acquise en vie politique et ne veulent rien abdiquer. Mais pour assurer leur apparence réformiste, ils peuvent accepter de coopérer avec le président pour réaliser son projet d'Etat fort à travers la restructuration des Forces de sécurité interne et la lutte contre la corruption.

Finalement, le défi le plus important pour ce gouvernement c'est de garder sa cohésion, ce qui exige qu'il évite les projets stratégiques suscitant la divergence. Mais paradoxalement, le président parait être ambitieux de marquer son mandat par des réformes stratégiques, il sera donc obligé de pousser son gouvernement à s'engager en son programme réformiste. Et de la sorte il sera responsable de garantir à la fois sa propre neutralité et la cohésion délicate de son gouvernement.

Rabha Seif Allam
Chercheuse au Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, Le Caire

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  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/le_gouvernement_dunion_une_coh/
  • Publié le 25 janvier 2010