Lettre du Cermam

Point de vue

Le nouveau paysage médiatique irakien

Le 9 avril 2003, jour de la chute du régime de Saddam Hussein, cinq journaux diffusaient en première page la propagande du gouvernement et des photos du « grand souverain ». La télévision officielle et les chaînes de radio soutenaient toujours la ligne du Parti, et la station appartenant à Oudaï, le fils aîné de Saddam, occupait les ondes. Deux ans plus tard, la situation est différente : aujourd'hui en Irak, la prolifération des médias devient difficile à maîtriser.

Le nombre des journaux irakiens a dépassé les 260, dont seulement 71 sont autorisés par le syndicat irakien des journalistes. Quant à la télévision, selon un rapport publié dans le Los Angeles Times, 65% des Irakiens ont accès aux antennes satellitaires et peuvent recevoir plusieurs chaînes. Les immeubles du pays sont désormais ornés de receveurs satellites qui marquent la fin de plus de 35 ans de monopole. Le rapport du Los Angeles Times indique qu'il existe à l'heure actuelle plus de 20 chaînes de télévision qui se livrent une rude concurrence pour gagner des spectateurs. Grâce aux excellentes installations de Dubaï Media City, deux importantes chaînes satellites irakiennes, Al-Sharqiya et Al-Fayhaa, diffusent depuis Dubaï. Pour Abdel Satir Jewad, ancien chef du Département des communications a l'Université de Bagdad et rédacteur en chef du Baghdad Mirror, la multiplication des chaînes en Irak est une réaction naturelle à la fin de l'ère Saddam.

La chaîne officielle irakienne financée par les Etats-Unis, Al-Irakiya, bénéficie d'une large audience puisqu'elle peut être suivie par voie hertzienne. Nombre d'Irakiens émettent toutefois des réserves, cette chaîne étant considérée comme pro-américaine et ses programmes, pré-enregistrés à Beyrouth ou au Caire, ne reflétant pas le quotidien des Irakiens.

Une autre chaîne, Al-Sharqiya, fondée par Saad Al-Bazaz, propriétaire du journal Al-Zaman publié à Londres, dispose d'un budget annuel de 30 millions de dollars et dépend des investisseurs locaux et étrangers. Pour la première fois depuis son lancement il y a deux ans, elle diffuse depuis l'Irak sans avoir recours à une transmission satellite. L'objectif d'Al-Sharqiya est de perpétuer une tradition médiatique nationale. La chaîne emploie un personnel irakien et ses émissions sont d'inspiration locale. Depuis ses studios à Dubaï et a Bagdad, Al-Sharqiya s'emploie à couvrir l'actualité de façon indépendante et novatrice.

Quant à Al-Fayhaa, créée par un consortium d'hommes d'affaires irakiens, elle a été critiquée pour son traitement partial de l'actualité ; son budget annuel total est estimé à 3 millions de dollars. Les autres chaînes de télévision disponibles par satellite en Irak sont Al-Furat, Al-Sumeria, Al-Diar, Al-Nahrayn et Al-Rashid. Les Irakiens reçoivent en outre Al-Hurra Irak. Elle couvre principalement l'actualité irakienne avec des programmes diffusés par Al-Hurra, laquelle est financée par les Etats-Unis et leur Transmission Broadcasting Board of Governors, qui finance également Radio Sawa, une station radio diffusée dans les pays arabes et appréciée pour ses clips. Enfin, les chaînes panarabes comme Al-Jazira et Al-Arabiya bénéficient d'une grande audience en Irak.

-- Halla Al Najjar
-- Hasni Abidi

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/le_nouveau_paysage_mediatique/
  • Publié le 1 octobre 2005