Point de vue
Les élections libanaises
Dimanche 7 juin, les Libanais se sont rendus aux urnes pour élire leurs nouveaux députés. Placé sous haute surveillance, avec 50 000 policiers et militaires déployés dans tout le pays pour parer à tout problème, 2000 observateurs nationaux et 250 observateurs internationaux, cette élection s’est déroulée sans incidents notables. Mais à l’instar de l’ancien président américain Jimmy Carter, beaucoup craignaient des dérapages après l’annonce des résultats. «Je n’ai pas d’inquiétudes concernant les élections. Notre souci est que les Libanais acceptent le résultat»1.

Le parlement libanais est composé de 128 sièges, qui sont répartis entre chrétiens et musulmans selon leurs poids démographiques dans chacune de 26 circonscriptions. Les électeurs devaient donc choisir 128 représentants parmi les 587 candidats à ces postes. Le mandat est de quatre ans. Le parlement était dominé jusqu’à présent par la majorité du « 14 mars » soutenue par l’Occident et considérée par ses adversaires comme étant pro-américaine. Cette alliance, baptisée ainsi à la suite de la mort de Rafic Hariri, ancien premier ministre assassiné le 14 février 2005, est emmenée par son fils, Saad Hariri et Walid Joumblatt. Elle regroupe les personnalités et les mouvements politiques qui ont participé à la Révolution du Cèdre suite à cet assassinat. L’appellation de cette alliance fait référence à la date de la grande manifestation qui a eu lieu à Beyrouth le 14 mars 2005 et à laquelle 1,3 millions de Libanais, qui demandaient à la fois le retrait des troupes syriennes et la lumière sur l’assassinat de Rafic Hariri, ont pris part.
Face à l’alliance du « 14 mars » se trouve l’opposition du « 8 mars », qualifiée de pro-syrienne. Le Hezbollah de Hassan Nasrallah, le mouvement chiite Amal, ainsi que le mouvement chrétien Courant patriotique libre, emmené par la général Michel Aoun composent ce groupe.
Une élection importante.
L’enjeu de ce scrutin était considérable. L’Europe et l’Amérique étaient inquiètes face à possible victoire du Hezbollah. Les USA le considèrent d’ailleurs comme une organisation terroriste. Le vice-président américain, Joe Biden, avait appelé à ne pas voter pour ce parti chiite et avait menacé de couper l’aide au Liban en cas de victoire.
La participation au scrutin a été importante. 54,08 % des 3,2 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes. C’est un record. Un tel taux n’avait plus été atteint depuis vingt ans. Comme la loi libanaise n’accorde pas le droit de voter depuis l’étranger, de nombreux libanais exilés sont rentrés au pays pour pouvoir participer au vote.
La victoire est revenue au camp anti-syrien, soit l’ « Alliance du 14 mars » qui a obtenu 71 des 128 sièges, alors que ses opposants n’en ont obtenus que 57. Bien que très ancré dans la société libanaise, le Hezbollah n’a pas réussi à obtenir de nouvelles voix. Comme l’affirme Karam Karam, politologue et chercheur au Lebanese Center for Policy Studies, « le Hezbollah reste fort dans son terrain de prédilection, mais il n’a pas réussi à progresser. Surtout, son allié, le chrétien Michel Aoun, qui a certes remporté une victoire symbolique dans le fief du patriarcat maronite, n’a pas apporté le soutien espéré avec son Courant patriotique libre»2.

Bien que ces résultats semblent montrer clairement l’opinion de la population, il est cependant difficile à concevoir que le pays puisse être gouverné par un seul camp à l’exclusion totale de l’autre. La constitution d’un gouvernement sera donc un exercice périlleux. Si le mouvement catholique de Michel Aoun a déclaré qu’il respectait les résultats et qu’il acceptait de travailler avec la coalition du « 14 mars » dans le but de former un gouvernement d’union nationale ; par contre, le Hezbollah préfère poursuivre le bras de fer qui dure depuis quatre ans entre les deux camps. L’un des enjeux auquel devra faire face le nouveau gouvernement est la question du désarmement du Hezbollah. Le parti chiite considère ce désarmement comme un sujet non-discutable. Le député Mohammad Raad a annoncé lundi, « il faut que la majorité s’engage à ce que la « Résistance » soit un sujet non négociable, (à considérer) que ses armes sont légitimes et qu’Israël est un ennemi »3.
Une autre question à laquelle le Liban devra faire face est la proximité de certains politiciens avec la Syrie. Ce pays continuerait d’armer les camps palestiniens au Liban. De plus, la lumière devra être faite concernant l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafic Hariri.
Eugénie Bron
Assistante de recherche
1.AFP, « Participation massive aux élections », in Le Temps, dimanche 7 juin 2009, URL : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/660ccb66-5337-11de-8fb1-927b96db7bba/Participation_massive_aux_%C3%A9lections, consulté le 09/06/09.
2.Bussard, Stéphane , « Victoire des pro-occidentaux au Liban », in Le Temps, mardi 9 juin 2009, URL : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d6344f4c-546b-11de-b489-2b8c406421c2%7C0, consulté le 09/06/09.
3.AFP et Le Temps, « Le Hezbollah perd les élections mais ne veut pas perdre les armes », in Le Temps, lundi 8 juin 2009, URL : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/dd472190-5413-11de-b489-2b8c406421c2/Le_Hezbollah_perd_les_%C3%A9lections_mais_ne_veut_pas_perdre_les_armes, consulté le 09/06/09.
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- Publié le 9 juin 2009
