Lettre du Cermam

Point de vue

Les réactions des Etats-Unis et de l’Union européenne après les élections et les manifestations iraniennes

Après les élections nationales iraniennes du 12 juin et la réélection au premier tour du président sortant Mahmoud Ahmadinejad avec une avance considérable, de nombreuses manifestations ont éclaté dans plusieurs grandes villes du pays. Les partisans de son principal adversaire, Mir Hossein Moussavi, criaient aux élections truquées. L’Iran s’est donc trouvé propulser au coeur des préoccupations de la communauté internationale. Cependant, les puissances occidentales ont, pour la plupart, plutôt choisi la voie de la prudence en n’exprimant pas publiquement d’avis tranchés et en ne donnant pas le sentiment de vouloir se mêler des affaires internes iraniennes. Certaines craignaient, avant tout, de voir leurs relations avec ce pays, déjà souvent compliquées, se rompre définitivement.

Trois manières de réagir

Il est possible de diviser les réactions de la communauté internationale en trois groupes. Certains pays, tels que la Chine et le Russie ont accepté le résultat officiel de ces élections et s’en sont réjouis. D’autres, comme la France ou l’Allemagne, ont officiellement exprimé leurs doutes et leurs inquiétudes et condamné ces résultats qu’ils jugent manipulés. Et finalement, à l’instar des Etats-Unis ou de l’Angleterre, il y a des pays qui restent très prudents parce qu’ils auraient beaucoup à perdre si leurs relations avec l’Iran venaient à être rompues. Ils se contentent d’émettre uniquement quelques doutes.


La préoccupation nucléaire américaine

Aux Etats-Unis, le président Obama a choisi la voie de la prudence. Bien qu’il souhaitait réagir face à la situation iranienne, il n’a pas remis en cause le régime et a souligné son respect pour la souveraineté nationale. Il s’est cependant déclaré inquiet face aux violences avec lesquelles les forces de l’ordre iraniennes ont réprimé les manifestations. Mais ne souhaitant pas se mêler des affaires intérieures de ce pays, il ne s’est pas prononcé sur une possible fraude électorale. Il a déclaré qu’ « il ne serait pas productif étant donné l'histoire des relations entre les Etats-Unis et l’Iran que le président américain paraisse se mêler des élections iraniennes ». Il a cependant ajouté que ce serait « une erreur de rester silencieux ». Puis il a conclu : « Je soutiens fortement ce principe universel qui veut qu'on écoute la voix du peuple et non qu'on la réprime ».
Suite aux critiques et aux accusations de passivité émises par ses adversaires politiques américains, Barack Obama a cependant choisi d’employer un ton un peu plus dur. « I'm very concerned, based on some of the tenor and tone of the statements that have been made, that the government of Iran recognize that the world is watching » a-t-il déclaré sur CBS News.
Mais les Etats-Unis restent avant tout très préoccupés par le programme nucléaire iranien. Ils souhaitent savoir si le pays va se tenir à ses obligations internationales concernant le problème nucléaire, mais également le terrorisme international. Pour cette raison, les dirigeants américains veulent poursuivre leurs relations diplomatiques et établir un dialogue avec l’Iran. Une condamnation officielle des résultats risquerait d’empêcher la construction d’une relation entre les deux pays. Si la contestation parvient à être réprimée, une hypothèse qui reste plausible, les Etats-Unis devront donc faire face aux mêmes interlocuteurs que par le passé. Il serait contre-productif de condamner officiellement ces actes.


Des dirigeants européens un peu moins réservés

Quant aux dirigeants européens, ils semblent afficher une inquiétude similaire face à ces violences. Ils ont, en majorité, rapidement condamné les répressions et contesté la légitimité de la réélection du président iranien. Le lundi 15 juin, lors d’une réunion au Luxembourg, les ministres des affaires étrangères des pays membres ont regretté et condamné l’usage d’une violence évitable des forces de l’ordre en réponse à des manifestations pacifiques. Les vingt-sept ont également exprimé quelques préoccupations face au déroulement et au résultat de cette élection contestée. Le langage employé reste cependant celui de la diplomatie, bien que la chancelière allemande, Angela Merkel, ait déclaré : « l'Allemagne est aux côtés de celles et ceux qui, en Iran, veulent faire usage de leur droit à s'exprimer et à se réunir librement ». Elle a ensuite ajouté : « Les droits de l'homme et du citoyen doivent être pleinement respectés, et cela vaut aussi pour l'Iran » . Quant au président français, il a vivement dénoncé le scrutin en expliquant que « l’ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction des autorités iraniennes » . Cependant, Nicolas Sarkozy a également admis qu’il n’avait pas l’intention de se mêler des affaires intérieures de ce pays.
Cette différence de ton entre la France et les Etats-Unis s’explique selon Azadé Kian-Thiébaut, professeur à l’université Paris VII, par le fait que «la France a moins d'intérêts que les Etats-Unis en Iran. Obama ne peut pas se permettre d'adopter une attitude très dure. Il a choisi une ligne, celle du dialogue avec Téhéran, et il doit s'y tenir en restant très précautionneux. Les Etats-Unis ont besoin de l'Iran, notamment dans un rôle de stabilisateur par rapport à l'Afghanistan et l'Irak, mais aussi sur le dossier nucléaire». Obama ne peut donc pas se permettre d’employer un tel ton et se doit de rester prudent dans ses déclarations.
A l’instar des Etats-Unis, l’Union européenne a elle aussi des intérêts à entretenir de bonnes relations avec l’Iran. Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, bien qu’il juge « intolérable » l’utilisation de la violence par les autorités iraniennes et leur demande de prouver la régularité des élections, explique que « l’Europe a tout intérêt à coopérer avec l’Iran » et donc peu à contrarier les autorités du pays en se mêlant de leur politique.

A l’exception de quelques personnalités politiques, telles que Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel, le langage employé par les politiciens des pays européens reste, à l’instar des termes utilisés par le président américain, très réservé et diplomatique. Cette retenue contraste cependant totalement avec les moyens utilisés par les dirigeants iraniens qui eux, ne semblent avoir aucune réserve à emprisonner des manifestants et à tirer sur d’autres.

Eugénie Bron
Assistante de recherche

Sources
Landler, Mark, « Obama Resists Thougher Stand », in The New York Times, 20 juin 2009, p. 1.
Lesnes, Corine, « Barack Obama s’efforce de ne pas condamner sévèrement le régime iranien », in Le Monde, 18 juin 2009, p. 6.
Mevel, Jean-Jacques, « Les Européens coordonnent leur réponse aux mollahs. Alors que le ton montre avec Téhéran, les vingt-sept pourraient convoquer tous les ambassadeurs iraniens en poste dans l’UE», in Le Figaro, 23 juin 2009, p. 7.
Rousselin, Pierre, « Iran : la France en pointe », in Le Figaro, 17 juin 2009, p. 15.
Semo, Marc, « Indignation ou prudence en Occident », in Libération, 19 juin 2009, p. 4.
http://www.liberation.fr/monde/0101574909-l-iran-a-besoin-des-etats-unis-et-vice-versa

http://www.rtbf.be/info/monde/iran-lambassade-de-belgique-a-teheran-naccueille-pas-de-manifestants-119083

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/les_reactions_des_etatsunis_et/
  • Publié le 27 juillet 2009