Lettre du Cermam

Point de vue

«Les talibans sont vraiment partagés»

Andrés Allemand
Tribune de Genève
4 octobre 2008

Sept ans après l’offensive internationale qui a renversé le régime taliban, des officiels européens et afghans font état de tractations secrètes en vue de négocier une paix avec… les mêmes talibans (nos éditions de mercredi). Mais ces derniers démentent. Qu’en est-il vraiment? Nous avons posé la question à Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.


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Qui faut-il croire?

Si l’on s’en tient aux déclarations du mollah Omar, les talibans auraient refusé tout contact avec Kaboul tant que les troupes étrangères ne partent pas. Mais cela ne signifie pas grand-chose. Jamais il ne reconnaîtrait des tractations secrètes. Il est en position de force et veut le rester. Le demandeur, c’est le gouvernement afghan, aux abois. Le chef taliban peut se permettre de faire monter les enchères, étant donné les coups récemment infligés aux forces coalisées.

Or, le communiqué taliban émis sur Internet par l’Emirat islamique d’Afghanistan, tout en démentant les pourparlers de paix, affirme qu’on ne peut pas considérer comme représentatifs «quelques anciens dignitaires talibans emprisonnés ou qui se sont rendus» aux Occidentaux. Il confirme ces contacts en les désapprouvant. Manifestement, les divers courants se disputent. On ne sait pas qui va prendre le dessus: les plus radicaux ou les plus pragmatiques.

Les seconds, plus nationalistes, souhaitent capitaliser sur les récents succès de la rébellion, les erreurs des forces coalisées (qui ont tué nombre de civils) et la lassitude de la communauté internationale. Difficile de prédire s’ils vont parvenir à convaincre le mollah Omar. En tout cas, ils ont placé la barre très haut en posant onze conditions, dont le retrait des forces étrangères, l’octroi de ministères clés et l’adoption d’une nouvelle Constitution plus islamique.

Les médias arabes donnent-ils des détails sur la médiation?

Absolument! Le quotidien saoudien Asharq Alawsat, détenu par un membre influent de la famille royale, confirme que des dignitaires religieux talibans viennent d’accomplir à La Mecque le petit pèlerinage et livré les onze conditions posées avant toute négociation. Certains séjournent encore en Arabie saoudite. La délégation est menée par un «Arabe afghan» ayant jadis combattu les Soviétiques. Probablement un Saoudien. Et les canaux du dialogue auraient été ouverts par un cheikh de Grande-Bretagne, très respecté par les talibans mais entretenant des relations avec les frères du défunt commandant Massoud (assassiné par Al-Qaida).

Pourquoi maintenant? Le président afghan a demandé l’aide saoudienne il y a deux ans déjà!

Jamais les forces coalisées n’ont été en si mauvaise posture.

Washington est-il dans le coup?

Difficile d’imaginer les Saoudiens entreprendre de telles démarches sans le feu vert des Etats-Unis. L’armée américaine a appris en Irak que la force ne suffit pas: il a fallu approcher des rebelles sunnites et leur donner des raisons de se retourner contre Al-Qaida.

Mais pourquoi passer par les Saoudiens?

Ils ont les contacts. Ce sont des fonds saoudiens qui financent les madrasas pakistanaises où sont formés les talibans, dont ils avaient reconnu le régime.

Hasni ABIDI
Directeur du CERMAM

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/les_talibans_sont_vraiment_par/
  • Publié le 8 octobre 2008