Point de vue
Libye: une opération de blanchiment
Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, décrypte les dividendes politiques pour la Libye.

Le Temps: Quel est le gain politique de cette libération pour le régime du colonel Kadhafi?
Hasni Abidi: C'est une opération de blanchiment. L'équivalent d'une réhabilitation politique de la Libye par l'Europe et la communauté internationale. Kadhafi sauve son régime. On sait aujourd'hui que les infirmières n'étaient pas responsables. Cette contamination était le résultat de la faillite du système de santé, de la faillite du système politique libyen. Or il est parvenu à manœuvrer habilement en sauvant la face sur le plan intérieur tout en s'ouvrant sur l'extérieur.
Alors qu'il était encore un paria il y a peu, son pays est aujourd'hui convoité. C'était le dernier contentieux bloquant une normalisation de ses relations avec le monde. C'est une opération de relations publiques très réussie. C'est également vrai pour l'Europe. Blair, Prodi et Sarkozy sont allés ou vont aller à Tripoli. Il y a une convergence d'intérêts.
- Quelles seront les conséquences de cette réhabilitation?
- L'intérêt des multinationales pour la Libye n'est pas nouveau. Depuis l'aveu de ses programmes d'armements secrets et la reconnaissance de responsabilité dans les attentats contre des avions à la fin des années 1980 (Lockerbie et le DC-10 d'UTA), la porte s'était entrouverte, mais la normalisation butait sur la question de ces infirmières. A présent, les sociétés étrangères poussent un ouf de soulagement. Elles peuvent s'engager sans mauvaise conscience. Tout va s'accélérer. La Libye est riche en gaz et en pétrole. Tout est à construire au niveau des infrastructures et des services. C'est un marché vierge, à prendre.
- Pourquoi Kadhafi offre-t-il ce succès diplomatique à Nicolas Sarkozy?
- Kadhafi observe la politique internationale. Il voit un Nicolas Sarkozy qui bouge beaucoup, volontariste, qui cultive le résultat sans agiter les grands principes des droits de l'homme. Blair était sur le départ lorsqu'il l'a rencontré il y a quelques semaines. Les autres leaders européens sont moins profilés et Kadhafi se méfie de la machine européenne. Sarkozy était l'homme de la situation, l'homme nouveau, le mieux profilé pour personnaliser l'accord et donner à cette réhabilitation le plus d'écho possible. Ce qui comptait ce n'était pas l'argent - la Libye n'en manque pas - mais la visibilité politique.
Frédéric Koller
Mercredi 25 juillet 2007
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/libye_une_operation_de_blanchi_1/
- Publié le 25 juillet 2007
