Lettre du Cermam

Point de vue

L'information internationale dans les télévisions nationales

Faut-il abandonner aux grandes chaînes « mondialisées » le traitement de l’information internationale ? Et laisser les télévisions nationales se charger de l’information nationale? Dichotomie facile mais sans fondement. Car les journaux nationaux ont aussi un rôle à jouer dans le traitement des problématiques internationales, ils en ont même le devoir.
Le devoir d’abord d’ouvrir le téléspectateur national au monde. De nos jours – et sans doute pour de très longues années encore –, la télévision nationale constitue le seul et unique médium d’information pour bon nombre de citoyens. Il incombe alors au journal de transcender les frontières qui demeurent dans le quotidien de chacun ; de forcer cet égocentrisme naturel, humain par excellence, à regarder en dehors du cercle de sa propre vie. L’information internationale traitée par une chaîne nationale permet justement de croiser le cercle des événements influant sur les existences nationales avec celui, plus lointain, d’événements sévissant dans le reste du monde. La télévision devient ainsi le chaînon fondamental entre le national et l’extra-national. Littéralement elle permet l’information inter/entre son territoire et ceux qui l’entourent.


C’est l’autre argument : sans télévision nationale ou régionale, pas d’information internationale, puisqu’elles en constituent l’élément de base. Relais de proximité, point d’ancrage, maillon élémentaire du réseau planétaire. Lors d’événements nationaux à portée mondiale, la télévision nationale devient prépondérante comme source d’images et d’informations pour les autres télévisions et notamment les télévisions « mondialisées ». Cette intervention ponctuelle des médias nationaux assure d’ailleurs une certaine régulation du réseau. Qu’adviendrait-il de l’information internationale si elle devenait l’apanage seul de télévisions « mondialisées » ? Imaginons un mastodonte médiatique, omniprésent et prétendument omniscient. Quels ne seraient pas les dangers de dérives, de manipulations, d’intox etc. !
Reste bien sûr la question des moyens : comment une chaîne nationale dont le territoire, l’audience et donc le marché sont restreints par définition peut-elle rivaliser avec les géants de l’information – et en particulier les géants de l’information en continu ? La réponse est simple : elle ne peut pas rivaliser. Pour les événements ou autres items sur-médiatisés, le plus raisonnable reste de construire des sujets didactiques – clairs et synthétiques – à partir des images fournies par les agences et télévisions étrangères : rien ne sert de s’engager dans une course perdue d’avance avec les médias les mieux dotés. En revanche, libre aux rédactions plus modestes de s’inscrire à contre-courant ! Plus qu’une liberté, c’est même leur atout principal: pouvoir s’extraire à bon compte du travail à flux tendus et du temps médiatique, pour s’arrêter sur l’une ou l’autre des faces oubliées de l’actualité internationale – elles ne manquent pas.
Ce n’est pas une gageure que de sauvegarder à tout prix cette vitrine dans une télévision nationale, bien au contraire : c’est une question de survie médiatique pour le média en tant que tel. Evidemment, l’information de proximité forge son identité, sa légitimité, sa valeur ajoutée par rapport aux télévisions étrangères. Mais elle ne se suffit pas à elle-même.
L’information internationale, à l’inverse, permet à la télévision nationale de se démarquer des télévisions autochtones et donc de se maintenir sur un marché interne de plus en plus concurrentiel.

-- Amélie Boguet

Lien permanent vers cet article (permalink)

  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/linformation_internationale_da_1/
  • Publié le 17 juillet 2006