Lettre du Cermam

Point de vue

L’éternel Bouteflika

bouteflika1.jpg


Abdelaziz Bouteflika préside l'Algérie depuis 1999. Réélu en 2004, il est candidat à l'élection du 9 avril prochain, briguant ainsi un troisième mandat. Nombre d’opposants et d’observateurs estiment que les jeux sont faits d’avance en sa faveur. Que peut-on dire de l’actuel et probablement prochain président de la République algérienne ?

Né le 2 mars 1937 au Maroc dans une famille originaire de l’ouest algérien, Abdelaziz Bouteflika s'est engagé en 1956 dans l'Armée de libération nationale (ALN). A l'indépendance, en 1962, il est député de Tlemcen à la Constituante avant d'être nommé ministre de la Jeunesse et des Sports sous la présidence d'Ahmed Ben Bella (1963-1965). Ecarté du pouvoir à la mort du président Houari Boumediene, en décembre 1978, il quitte toute fonction politique en juillet 1981 et va passer plusieurs années de demi-exil aux Émirats arabes unis, dont il reviendra converti à une certaine forme de libéralisme tempéré.

En tant que président de l’Algérie, il a fait du retour à la paix dans le pays, où plus de 150 000 personnes ont été tuées depuis 1992 dans des violences impliquant des islamistes armés, son principal cheval de bataille. A cet effet, il a organisé notamment deux référendums : le premier en 1999, sur la "Concorde civile", a amené des milliers d'islamistes à déposer les armes ; le second, en 2005, a permis l'adoption d'une "Charte pour la paix et la réconciliation", offrant le pardon aux islamistes restants en échange de leur reddition. Le président a également lancé depuis 2000 deux plans de relance de l'économie, durement touchée par la « décennie noire » des années 90. Abdelaziz Bouteflika annonce que, s’il est réélu, il poursuivra sa politique de réconciliation nationale. En ces temps de crise économique, il a aussi promis un nouveau plan de 150 milliards de dollars pour créer trois millions d’emplois en cinq ans et moderniser les infrastructures de base [1] – la lutte contre le chômage visant à rendre espoir aux jeunes, qui constituent la majorité de la population. Par ailleurs, il prône un rapprochement heureux avec la France, sous l’égide de l'Union méditerranéenne [2]. Dans sa rhétorique, il est passé de l’«Algérie de la dignité» en 1999 à l’«Algérie forte et digne» en 2004 puis à l’«Algérie forte et sereine» en 2009 [3].

La troisième candidature du président Bouteflika était sans aucun doute prévue de longue date car, dès son accession au pouvoir en 1999, il avait exprimé son souhait de réviser la Constitution, laquelle limitait à deux le nombre de mandats présidentiels possibles … jusqu’au 12 novembre dernier. C’est en effet ce jour-là que Bouteflika est parvenu, après un vote du Parlement, à faire abolir la disposition constitutionnelle qui lui aurait interdit de briguer un troisième quinquennat. Désormais, tout président algérien peut être réélu indéfiniment.

A 72 ans, Abdelaziz Bouteflika se présente comme « candidat indépendant » [4]. Il peut d'ores et déjà compter sur une formidable machine électorale, les trois partis membres de l'Alliance présidentielle ayant depuis plusieurs semaines élaboré la campagne de sa réélection et activé notamment leurs puissants réseaux. Au total, une soixantaine d’organisations vont travailler pour le chef de l’Etat. L’argent public est également mis à contribution, depuis les ministères en passant par les wilayas jusqu’aux daïras et aux APC. Sans oublier l’accaparation des médias lourds, notamment la télévision et la radio. La télévision publique n’a de place que pour le président-candidat, dont le portrait géant est placardé dans les principaux espaces publics sur l’ensemble du territoire, sur les murs des grandes artères et même sur les vitres des transports en commun. Ses chances de réélection sont donc considérables, face à des adversaires nettement moins connus et – selon la presse officielle – de moindre envergure.

Le scrutin est dépourvu de véritables rivaux. Bien sur, d’après El Watan, 11 personnes ont déposé un dossier de candidature au Conseil constitutionnel. Parmi elles figure Mouassa Touati, le président du Front national algérien, dont la candidature avait été rejetée en 2004. Issue du parti des travailleurs, Louisa Hanoune, elle, avait déjà été candidate cette année-là et l’est de nouveau en 2009. Néanmoins, il semble qu’à l’exception du tenant du titre, les participants à ces élections ne visent pas vraiment le fauteuil présidentiel. Ils ne seraient en lice que pour des considérations partisanes afin de se positionner sur la scène politique.

Abdelaziz Bouteflika a donc toutes les chances de l’emporter sans encombre. La question qu’on peut alors se poser est la suivante : que fera-t-il de son nouveau mandat ? Il faudrait tenter de convaincre les indifférents de participer massivement à un scrutin qui, hélas, selon la majorité de la population, n’apportera aucun changement. En effet, il n'y a rien de nouveau dans le discours électoral du camp Bouteflika que les Algériens n’aient entendu pendant ces dix dernières années. Cette fois, il faudra être attentif à ce que le président-candidat dira et promettra sur les questions de la démocratie et des libertés, dont on ne peut que constater la sévère régression au cours de ses deux mandats ...

Veronica Pinto
Assistante de recherche


[1] Lenouvelobservateur.com
[2] Lefirgaro.fr
[4] La Tribune d’Algérie du 14.02.2009
[5] Idem

Lien permanent vers cet article (permalink)

  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/lternel_bouteflika_1/
  • Publié le 9 mars 2009