Lettre du Cermam

Point de vue

Obama face au monde arabe

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À peine arrivé à la Maison-Blanche, le 44ème président des Etats-Unis d'Amérique multiplie les décrets pour se démarquer de son prédécesseur dans ses relations avec le monde arabe : retrait d'Irak, fermeture de Guantanamo, abandon des tortures, paix au Moyen-Orient. Barack Obama veut rompre avec l'administration Bush par sa volonté de redonner une place de choix à la diplomatie dans la gestion des conflits. Il s'efforce en particulier de rétablir la réputation des Etats-Unis en ce qui concerne le traitement des terroristes présumés. Que peut-on dire sur la stratégie d’Obama ? Va-t-elle permettre une réorientation positive de la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient ?

S'agissant de l'Irak en premier lieu, le nouveau Président a promis, pendant sa campagne, de « mettre fin à la guerre et ramener au pays toutes les unités de combat dans les seize mois ». Une fois élu, il a demandé aux principaux responsables de l'armée de « prévoir de nouveaux plans afin de procéder à un retrait militaire responsable ». Même si son discours est moins virulent que celui de sa campagne présidentielle, Obama a toujours pour objectif d'accélérer le retrait des troupes. Le général Raymond T. Odierno, commandant en chef des forces américaines en Irak, a élaboré un plan prévoyant de retrait mesuré, mais qui envisage malgré tout le départ de l'essentiel des effectifs vers la fin de 2011. Dans le cadre d'un accord approuvé par le Parlement irakien, les Etats-Unis se sont d'ailleurs engagés à retirer toutes leurs forces à cette date [1].

Ensuite, pour ce qui est de Guantanamo, dont les prisonniers sont détenus pour leurs liens supposés avec le terrorisme, sans inculpation ni jugement et surtout sans qu'ils bénéficient du statut de prisonnier de guerre, Obama a ordonné sa fermeture dans un délai d'un an minimum. En effet, a peine entré en fonctions, le président américain a signé un décret à cet effet et interdit les procédés musclés de la CIA, comme les menaces, les simulacres de noyade ou encore la torture pure et simple. Il a décidé que les 245 personnes encore détenues sur la base étasunienne à Cuba seraient enfin placés sous la protection des Conventions de Genève. Cette décision a été applaudie par les défendeurs de droits de l'Homme. « Nous sommes heureux de voir que Barack Obama a tenu parole. Cela dit, son administration est maintenant confrontée à un véritable casse-tête juridique », note Eric Sottas, qui dirige à Genève l'Organisation mondiale contre la torture [2].

Moins d'une semaine après son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama s'est exprimé au sujet de l'Iran. « Si des pays comme l'Iran sont disposés à desserrer le poing, ils trouveront une main tendue de notre part » [3], a-t-il déclaré dans sa toute première interview accordée à un média du monde musulman. Susan Rice, la nouvelle ambassadrice américaine auprès des Nations Unies, s'est dire favorable à des pourparlers directs avec l'Iran. Cependant, tout en s'affichant comme favorable au dialogue avec l'Iran, le nouveau gouvernement américain a toujours pour ambition sous-jacente demeure de contrôler les tentations nucléaires de Téhéran.

Enfin, les priorités de la Maison-Blanche en matière de sécurité vont désormais vers l'Afghanistan et la présence d'Al-Qaïda dans l'ouest du Pakistan. C'est pourquoi Obama prône le renforcement de la présence américaine en Afghanistan et maintient que les Etats-Unis ont toujours pour principal ennemi le terrorisme tel qu'il est incarné par l'organisation Al-Qaïda d'Oussama ben Laden. Il espère obtenir le succès qui a fait défaut au gouvernement Bush, qui s'était concentré pendant des années sur l'Irak, ce qui avait limité les capacités de déploiement de troupes en Afghanistan. C'est Richard Holbrooke, l'artisan de l'accord de paix de Dayton qui a mis fin à la guerre en ex-Yougoslavie, qui a été nommé par Barack Obama pour le représenter en Afghanistan. Holbrooke s'est engagé à assurer une meilleure coordination entre les armées étrangères et a souligné l'impossibilité de régler la question afghane sans le Pakistan, tant ces deux pays sont liés.

De plus, le Proche-Orient demeure au centre des préoccupations américaines même si, pendant la période de transition qui a précédé son entrée à la Maison-Blanche, Obama s'est abstenu sur les événements de Gaza. Toutefois, l'un de ses premiers actes en tant que président a été d'appeler les dirigeants d'Israël, d'Egypte, de Jordanie et de l'Autorité palestinienne à discuter d'un moyen de garantir le respect du cessez-le-feu israélo-palestinien [4]. Pour cette question, Obama a nommé George Mitchell, 75 ans, qui a affirmé que « les conflits insolubles n'existent pas ». Cet ancien sénateur a joué un rôle crucial dans le processus de paix en Irlande du nord, en 1998, entre catholiques indépendantistes et protestants. Il s'est déjà penché sur la situation au Proche-Orient. En 2001, peu après le déclenchement de la deuxième Intifada, il a présidé une commission sur l'origine des violences dans les Territoires palestiniens et en Israël. Il avait préconisé le gel des colonies juives, ainsi qu'une meilleure politique de lutte contre la violence de la part de l'Autorité palestinienne. Le but, à l'époque, était de faire cesser les violences entre Israéliens et Palestiniens.

Les deux diplomates nommés pour l'Afghanistan et le Proche-Orient semblent donc réputés pour leur efficacité. Ces deux nominations, intervenant dès les premiers jours de la présidence Obama, soulignent clairement que ces dossiers sont prioritaires pour la nouvelle administration américaine.

Il est clair que la nouvelle administration américaine s'efforce de mettre un terme à l'ère Bush et à son mépris du droit. Barack Obama paraît déterminé à en finir avec les excès commis par son prédécesseur dans sa guerre contre le terrorisme. Il souhaite discuter avec l'Iran et relancer processus de paix israélo-palestinien, il semble vouloir améliorer les relations avec les pays arabes et laisser une marque positive dans la région du Moyen-Orient.

Veronica Pinto
Assistante de Recherche


[1] « Obama a décidé de faire vite et bien » in www.courierinternational.com
[2] idem
[3] Al-Arabiya, le 26.01.09
[4] « Obama a décidé de faire vite et bien » in www.courierinternational.com

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  • Publié le 24 février 2009