Point de vue
Obama : ses cent jours au pouvoir
A peine propulsé à la Maison Blanche, Barack Obama n'a eu de cesse de se démarquer de son prédécesseur.
Message d'ouverture en direction du peuple iranien, retrait d'Irak, fermeture de la prison de Guantanamo, tout a été fait pour marquer la "rupture" avec l'administration précédente.
Le nouveau président américain a fait de sa politique étrangère, et tout particulièrement arabe, une marque fondamentale de ce changement.
Mais comment celui-ci est-il perçu par le monde arabe lui-même après plus de trois mois à la tête des Etats-Unis?
Hasni Abidi, politologue et spécialiste du monde arabe répond à cette question. Il est directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen de Genève.
- JPOST: Barack Obama célèbre aujourd'hui ses 100 jours à la Maison Blanche. L'"Obamania" s'est un peu estompée, il est l'heure de faire un premier bilan des décisions prises par son administration sur le plan international.
Peut-on considérer que l'image des Etats-Unis a véritablement et durablement changé avec son élection ?
- Hasni Abidi: L'image des Etats-Unis a sensiblement changé, dans la mesure où le monde arabe était impatient de voir un changement à la tête de la Maison Blanche, au regard de la gestion de l'administration Bush et de sa guerre contre le terrorisme, entre autres. L'arrivée de Barack Obama est pour le monde arabe un véritable changement. Arrivé au pouvoir, il a annoncé la fermeture de Guantanamo, et un changement de cap concernant l'Irak. Le monde arabe était enthousiaste de voir un président américain nouveau.
- JP. : Comment perçoit le monde arabe cette nouvelle politique d'ouverture envers l'Iran ?
- H. A. : Le président Obama a, contrairement à son prédécesseur, insisté sur des éléments nouveaux au niveau diplomatique. Le premier élément est l'ouverture, et le deuxième, le dialogue. Et ces deux éléments sont désormais les paramètres qui déterminent la politique étrangère américaine, des paramètres qui étaient absents sous Bush. L'ouverture, c'est parler avec des pays que l'ex-administration américaine qualifiait de parties intégrantes de l'"axe du mal," comme la Syrie, ou encore l'Iran.
Mais il faut noter aussi qu'à la fin de l'administration Bush, le rapport de la commission Baker-Hamilton avait été rendu. Et ce rapport du Groupe d'étude sur l'Irak, été établi par une commission indépendante co-présidée par le républicain James Baker et le démocrate Lee Hamilton, préconisait justement de s'ouvrir aux pays voisins de l'Irak si les Etats-Unis voulaient une résolution du conflit. L'ouverture vers la Syrie, et le dialogue avec l'Iran avaient ainsi été recommandés.
- JP. : Comment constate-t-on cette ouverture sur le terrain ?
- H. A. :Aujourd'hui, l'Iran se voit renforcé avec la nouvelle administration, dans la mesure où le spectre de la guerre n'a pas complètement disparu, mais a diminué. On a pu constater ce changement à travers les contacts récents à La Haye entre représentants américains et iraniens, mais surtout à travers ce message vidéo sur internet adressé au peuple iranien. Celui-ci signifie à la fois une volonté d'ouverture, mais aussi une reconnaissance tacite du régime des Mollahs, alors que l'Amérique d'avant Obama demandait un changement de régime en Iran comme préalable à toute discussion, avec l'arrêt du programme nucléaire bien sûr.
- JP. : Le calendrier de retrait d'Irak convient-il au monde arabe ?
- H. A. : Oui. Ce qui est très important dans le monde arabe, c'est la symbolique. Et Barack Obama l'a compris. La présentation d'un calendrier de retrait américain, signifie priver les groupes rebelles et les insurgés d'un argument de taille qui nourrissait cette violence contre les forces américaines, mais aussi contre les forces irakiennes. Le retrait d'Irak est un bon signe pour les Irakiens, mais aussi pr le monde arabe. Et ce, même s'il s'agit d'un retrait "responsable" -comme le qualifient les Américains-, et même s'il pose encore des défis à l'armée irakienne qui n'est pas tout à fait prête. Car la présence américaine est associée à une nouvelle occupation, une occupation américaine d'une terre arabe, d'une terre musulmane. Et cette occupation de l'Irak est d'ailleurs mal perçue par les Iraniens aussi. Ceux-ci disent même avoir un nouveau voisin qui s'appelle les Etat-Unis, avec une présence de 150 000 soldats.
- JP. : Comment est perçu, par contre, le renfort des troupes en Afghanistan?
- H. A. : Le monde arabe et les Afghans eux-mêmes sont sceptiques à l'idée de voir le renfort des troupes constituer une approche pour mettre fin à Al-Qaïda et aux Talibans, dans la mesure où l'on a pu constater que l'approche sécuritaire et militaire adoptée par l'Alliance atlantique jusqu'à ce jour a échoué. Renforcer la présence américaine en Afghanistan ou même celle de l'Alliance atlantique, n'est pas la clé du problème.
Au contraire, c'est plutôt la présence étrangère qui est une composante du problème. Il faut songer d'abord à associer l'approche sécuritaire et militaire à une approche politique importante. Il faut s'associer et dialoguer avec les pays voisins. C'est un peu le cas désormais puisque les Américains et les Iraniens veulent discuter de l'Afghanistan ensemble, les Américains veulent le soutien de l'Iran sur ce dossier aujourd'hui. Et l'approche politique consisterait à essayer d'isoler les éléments les plus radicaux des Talibans, et dialoguer avec les éléments modérés. Il faut faire un peu la séparation entre Al-Qaïda et les Talibans, c'est très important. Et il faut aussi rassurer les Afghans en leur disant que la présence de l'Alliance atlantique est une provisoire. Mais cette question ne trouvera de réponse que le jour où les Nations Unies donneront une dimension onusienne internationale et multilatérale à ce dossier. L'Alliance atlantique seule est mal perçue par les Afghans, elle est perçue comme une guerre contre l'Islam, comme une nouvelle croisade contre le monde musulman.
- JP. : Quel est et quel sera selon vous le rôle de Barack Obama concernant le conflit israélo-palestinien ?
- H. A. : Le président Barack Obama est toujours à la recherche d'une stratégie pour le Moyen-Orient. Il a des tendances, des nouvelles orientations, mais pas de véritable stratégie. Il est trop tôt pour en définir les contours. Concernant la guerre israélienne de Gaza de décembre dernier, elle a montré aux Arabes, hélas, que Barack Obama a brillé par son absence pendant cette période de transition, de transfert de pouvoir. Et ceux-ci, avec les Palestiniens en premier lieu, ont mal perçu cette inaction. Barack Obama n'a pas voulu brûler ses chances de médiation. Le dossier israélo-palestinien n'est pas une priorité aujourd'hui pour le nouveau président américain. Il doit d'abord faire face à des problèmes économiques internes, et il y a déjà le dossier irakien. Officiellement, il est pour la solution de deux Etats vivant côte-à-côte, mais avec les changements sur le terrain, c'est-à-dire avec le nouveau gouvernement israélien qui est beaucoup plus à droite, les choses se compliquent. Ce dossier sera le plus délicat à gérer pour la nouvelle administration dans le monde arabe. Or la question israélo-palestinienne relève d'une sorte de monopole américain. L'Union européenne n'a pas vraiment de marge de manoeuvre à ce sujet. Le monde arabe ne peut qu'affirmer son soutien inconditionnel à la paix et aux droits des Palestiniens d'avoir un Etat. Mais au-delà des paroles, c'est une autre affaire.
Propos recueillis par Sophie Bélaïch
Jerusalem Post, édition française
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/obama_ses_cent_jours_au_pouvoi_1/
- Publié le 4 mai 2009
